Archives – Les nouvelles du large 2008

Les nouvelles du large : une compilation hebdomadaire des observations de baleines dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

Merci à tous les collaborateurs du réseau d’observation !

Voici tous les bulletins hebdomadaires de 2008. Vous pouvez vous renseigner sur des sujets précis en utilisant la fonction " rechercher " du menu " édition " de votre fureteur (Exemple : recherchez le mot " dauphin " pour savoir où et quand le réseau d’observation a repéré des dauphins).

Consultez les archives des Nouvelles du large des autres années.
Consultez Les nouvelles du large de cette semaine.

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10 janvier 2008, vol. 12 no1

La Gaspésie toujours en vie!

Il n'y a pas de doute, ce qui fait la manchette des Nouvelles du large au retour des Fêtes est que la vie est toujours foisonnante autour de la péninsule gaspésienne, des nouvelles à la fois excitantes et surprenantes!

Les premières mentions que l'on nous a rapportées datent du 6 décembre, dans le secteur de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, au sud de Percé. Loin au large, l'espèce n'a pas été identifiée, mais il s'agit sans contredit de souffles de grands rorquals. Le 7 décembre, rien de moins qu'une dizaine de ces grands souffles ont été vus entre l'Anse-à-Beaufils et Percé. Il a fallu attendre quelques jours, soit jusqu'au 15 et 16 décembre, pour en revoir. Puis depuis le 1er janvier, les souffles s'élèvent quotidiennement au-dessus des eaux en face de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Un deuxième observateur du secteur nous rapporte jusqu'à une quinzaine d'animaux au large des côtes, divisés en trois groupes. Dans la baie de Gaspé, après le calme plat depuis octobre, on rapporte deux rorquals bleus et un rorqual à bosse. Rappelons que l'année dernière, les rorquals bleus ont fréquenté la baie de Gaspé chaque mois de l'année.

Encore le premier janvier, un autre passionné de baleines en quête de vie marine se tenait au bout du cap d'Espoir, toujours en Gaspésie, et il a noté que deux rorquals communs dynamiques sillonnaient les eaux, en plus de quatre autres grands souffles dont celui d'un rorqual bleu. Parmi ces grandes baleines, étonnamment, il a repéré aussi quatre petits rorquals. Il s'agit d'observations tardives, certes, mais pas uniques. L'année dernière, on rapportait que le samedi 6 janvier, un petit rorqual avait été vu à l'anse à la Barque et à l'anse à Yves, dans le secteur des Escoumins et qu'un petit rorqual était dans la baie de Gaspé une semaine plus tôt. En 2002, un petit rorqual avait aussi été vu dans le secteur de Sept-Îles, un 17 janvier. L'absence de glace en Gaspésie et l'abondance de nourriture expliquent probablement ces observations fascinantes que l'on souhaite encore à nos précieux collaborateurs de la région!

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17 janvier 2008, vol. 12 no2

La glace brille… par son absence

« Si la tendance se maintient, ces pinnipèdes n'auront pas de problème de glace cette année, mais on nous dit que les conditions peuvent encore changer du tout au tout »; c'est ce nous rapportions dans le bulletin des Nouvelles du large du 13 décembre dernier. En effet, tout a changé. Depuis le début du mois de janvier, la glace brille par son absence, autant dans l'estuaire que dans le golfe du Saint-Laurent. Qu'à cela ne tienne, les baleines profitent des eaux libres pour déambuler autour de la péninsule gaspésienne.

Ce que les spécialistes en disent En date du 11 janvier, selon le Service canadien des glaces (SCG), la couverture de glace se limitait à 10% de la superficie du golfe quand la moyenne des trente dernières années était d'une superficie de 15% en ce temps de l'hiver. Donc, malgré les prévisions de températures hivernales normales, les glaces du Saint-Laurent accusaient un retard. Un prévisionniste du SCG anticipe une banquise de 40 à 60 centimètres d'épaisseur, à son maximum à la fin février, contre une valeur normale de 50 à 70 centimètres.

La faune et la glace Les observateurs hivernaux sont unanimes; il n'y a pas de glace sur le Saint-Laurent, ni sur la berge, ni au large, ni même dans les havres de bateaux. Nos observateurs gaspésiens s'en réjouissent : depuis le premier décembre, les souffles de baleines abondent au sud de la péninsule; plus d'une quinzaine de souffles ont été rapportés en face de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, hauts et puissants, visibles jusqu'à cinq miles de la côte. Possiblement des rorquals communs et des rorquals bleus, peut-être même le rorqual à bosse qui a été vu la veille de Noël dans la baie de Gaspé puisque notre observateur remarque un souffle plus diffus au travers de ceux à l'allure de chandelle.

Les chasseurs de phoques, eux, ont du fil à retordre avec cette absence de glace : « les phoques du Groenland sont des mammifères de glace… sans elle, les conditions sont plus difficiles, les vagues ne sont pas bloquées et il faut chasser les animaux dans l'eau claire ». Voilà la réalité aux Escoumins, dans l'estuaire du Saint-Laurent, et aux îles de la Madeleine. On nous affirme qu'il y a eu moins de glace cet hiver que l'an dernier, les prises sont peu nombreuses jusqu'ici, et comme l'an dernier, le quota en Haute-Côte-Nord de 400 bêtes ne sera probablement pas atteint. Une grosse mouvée évaluée à 3000-4000 phoques du Groenland tente les chasseurs, mais les animaux évoluent trop au large. Un béluga passait dans leur secteur aux Escoumins encore mardi, sinon, la dernière baleine observée par le chasseur remonte au début du mois de décembre.

Un rôle important Les spécialistes le disent : la glace est un élément important de l'écosystème du Saint-Laurent. Habituellement, elle recouvre l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent autour de la mi-janvier, mais le phénomène tarde de plus en plus.

Ce retard aurait un impact direct sur les conditions climatiques. On explique qu'avec l'absence de glace, il se forme plus de dépressions sur le Saint-Laurent et qu'elles sont plus fortes. L'absence de glace accentue aussi l'érosion des berges. En période hivernale, les vagues peuvent causer d'importants dégâts. La glace joue en quelque sorte un rôle de bouclier pour la côte. L'absence de banquise perturbe aussi la mise bas et la survie des blanchons, notamment aux îles de la Madeleine. Heureusement, les spécialistes du SCG affirment que le temps froid des prochaines semaines devrait entraîner le retour de cette glace.

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24 janvier 2008, vol. 12 no3

Un visiteur mystérieux

Dimanche dernier, un résidant de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, en Gaspésie, a fait une surprenante découverte sur la plage, qu'il s'est empressé de signaler au Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1-877-7baleine). Une baleine d'environ cinq mètres de long, noire de peau, au front globuleux, gisait morte et à moitié ensevelie dans la glace de mer. Le lendemain, l'envoi de clichés numériques a confirmé l'identité de l'espèce : un globicéphale noir. Cette espèce fréquente le Saint-Laurent, mais pendant l'été, et elle est abondante plutôt dans la région de Terre-Neuve. Elle est connue pour sa grande grégarité et ses échouages collectifs. Retrouver l'un de ces animaux en plein hiver sur la côte nord de la péninsule gaspésienne, c'est du jamais vu! Ce mâle serait-il arrivé avec un groupe, ni vu ni connu en cette période où les observateurs se font rares? Était-il au contraire seul et désorienté, alors que sa population passe normalement l'hiver entre les Grands Bancs de Terre-Neuve et la Caroline du Nord? Difficile à dire. Des échantillons de peau, de gras et de muscle ainsi que des dents ont été prélevés par un technicien de Pêches et Océans Canada. Quelques ossements ont été récupérés pour le musée du squelette de l'Île Verte. Le reste de la carcasse repartira avec les prochaines marées et tempêtes ou sera transporté dans un site d'enfouissement. Cet incident, bien documenté, s'ajoute à une banque de données centrale sur les mammifères marins du Saint-Laurent.

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31 janvier 2008, vol. 12 no4

Un visiteur du Nord échoué sur la plage

Il est gris violacé, a de grands yeux noirs, un dos lisse, il est associée aux eaux très froides et on le retrouve surtout en profondeur. Son abondance varie d'une année à l'autre dans le Saint-Laurent; on a dénombré jusqu'à 16 individus par m2 en 2004, et il est parfois quasi absent des eaux de l‘estuaire et du secteur nord-ouest du golfe Saint-Laurent. Cet animal intéresse les chercheurs, puisque avec les changements climatiques, il est de plus en plus présent dans le Saint-Laurent. Dans les derniers jours, on en rapportait plusieurs dizaines échoués sur la plage de Tadoussac, parfois complètement gelés dans la glace, parfois dans l'eau libre des cuvettes laissées par la marée basse. Quelques spécimens ont été récupérés, photographiés puis identifiés : il s'agit sans aucun doute de Themisto libellula, un crustacé qui fait partie du zooplancton et qui fait, à l'âge adulte, jusqu'à quatre centimètres et demi!

Qui est-il donc?

Themisto libellula, ou T. libellula pour les intimes, est considéré comme une nouvelle espèce de zooplancton qui a fait son apparition dans le Saint-Laurent au début des années 1990. Il ne passe plus inaperçu : entre 1994 et 2003, T. libellula représentait entre 2% et 45% de la biomasse du macrozooplancton selon les années. Sa présence est vraisemblablement reliée à l'eau froide du plateau du Labrador qui pénètre dans le golfe du Saint-Laurent pendant l'hiver, jusqu'à l'estuaire. Selon les données récentes des chercheurs, en 2006, Themisto libellula semblait avoir « disparu » du Saint-Laurent, puis en 2007, une centaine d'individus ont été récoltés. Nous sommes quand même bien loin des records de 2004! Les eaux du Labrador pénétraient dans le Saint-Laurent avant l'avènement de T. libellula, mais il est possible que ces eaux ne remontaient pas aussi haut qu'actuellement dans l'estuaire maritime. Il est possible aussi qu'il y ait eu un changement dans la circulation des eaux dans la mer du Labrador qui aurait eu pour effet d'augmenter la présence de T. libellula dans ses eaux.

Qu'en est-il de cet « échouage collectif » du début de semaine rapporté à Tadoussac? Il faut savoir que dans l'estuaire, T. libellula est surtout présent dans la couche d'eau intermédiaire, soit la couche la plus froide. La région de l'estuaire maritime est caractérisée par une importante remontée des eaux profondes, influencée entre autres par la marée qui était vive lors de la pleine lune de la semaine dernière. Ainsi, les forts courants n'ont fait que jeter quelques-uns d'entres eux sur le sable, comme cela arrive souvent avec le krill ou autres espèces de plancton. Un événement qui relance le mystère de ce visiteur du Nord…

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7 février 2008, vol. 12 no5

L'hiver

Le mois de février est au cœur de l'hiver et représente une accalmie pour les observateurs de mammifères marins. Mais tous ont quand même quelque chose à raconter.

À Tadoussac, les pieds enfouis dans la neige, on y voit des oiseaux par centaines dans la baie, jusqu'aux Dunes : garrots d'Islande, garrots à œil d'or, petits garrots, fuligules milouinans, canards noirs, quelques canards colverts, des harles huppés et des grands harles, des guillemots à miroir puis quelques bécasseaux violets. Parfois, une tête de phoque commun ou de phoque du Groenland fait surface, entre les glaces.

Aux Bergeronnes, de la glace, que de la glace, et beaucoup de neige. Tellement de neige, qu'on est trop épuisé à pelleter pour se promener et aller observer! On se réjouit : la blancheur de la neige nettoie le paysage, pour le plaisir des yeux contemplatifs des rapporteurs.

Aux Escoumins, les phoques du Groenland peuplent le paysage. La glace est aussi omniprésente, et elle risque de s'accumuler dans le secteur avec les forts vents annoncés à la fin de la semaine, à en croire les résidants du coin.

En Minganie, la glace est tellement présente que même les phoques communs, qui avaient l'habitude de fréquenter les berges, ne sont plus là. Depuis plus d'un mois, pas de signe de baleine. Une observation toute spéciale à mentionner : trois arlequins plongeurs, soit deux jeunes mâles et une femelle, sont là. Un fait rare selon nos observateurs chevronnés puisque les principales aires d'hivernage de ce canard sont situées sur la côte du Maine.

De l'autre côté, en Gaspésie, dans le secteur de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, on dit « il y a de la glace à la grandeur de la mer… négatif, aucune observation ». Les ornithologues seront quand même intéressés d'apprendre qu'un eider à tête grise, le plus nordique des eiders, à été vu le 6 février au cap d'Espoir. Plus petit que l'eider à duvet, il s'en distingue également par la présence d'une bosse orange vif au-dessus du bec et par sa couronne bleu nacré sur la tête du mâle en période de plumage nuptial. Il hiverne principalement au large de Terre-Neuve, du Labrador et du Groenland. Selon une ancienne légende, l'eider à duvet et l'eider à tête grise appartiendraient à la même espèce; l'eider à tête grise mâle serait un vieil eider à duvet qui, avec l'âge, aurait obtenu cette couronne lui permettant de régner sur ses congénères…

L'hiver n'existe que dans les régions tempérées : c'est donc un privilège de le vivre! Il inspire les peintres, les photographes, les amants de la nature, il est même préféré par certains animaux qui le recherchent constamment. On croit souvent, à tort, qu'il est une saison morte. Pourtant, l'hiver est riche et abondant en neige, en froid, en paysages uniques, et les observations, si rares soient-elles, restent ainsi dignes de mention!

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14 février 2008, vol. 12 no6

De la rareté, du mystère et de la vulnérabilité par centaines dans le Saint-Laurent

Depuis le début de l'année, les courageux qui sillonnent les berges de l'estuaire jusqu'au golfe Saint-Laurent ont pu avoir la chance de s'émerveiller devant une bande de garrots d'Islande, un événement rare au pays puisque ce canard de mer en péril, dont la population de l'Est de l'Amérique du Nord est évaluée à 6 000 individus, est presque entièrement concentrée au Québec, autant en période de nidification qu'en hiver.

Le garrot d'Islande se distingue de son cousin, le garrot à œil d'or, beaucoup plus commun, par la lune blanche qui orne la tête violacée des mâles, par son front plus abrupt et ses ailes ornées de rectangles blancs.

Le Saint-Laurent; endroit de prédilection pour le garrot d'Islande

Le Québec, ou plus précisément le corridor du Saint-Laurent, abrite près de 90 % des garrots d'Islande de l'Est de l'Amérique du Nord en période d'hivernage. L'estuaire constitue à lui seul l'aire d'hivernage d'au moins 50 % de cette population.

Au plus fort de l'hiver, le garrot d'Islande occupe surtout la rive Nord de l'estuaire, l'espèce délaissant alors le littoral de la rive Sud, qui se couvre de glace. Ils y sont plus nombreux entre la fin du mois d'octobre et la fin du mois d'avril. Ils hivernent en grand nombre à Baie-Comeau et à Baie-des-Rochers, où jusqu'à 1000 et 600 garrots d'Islande respectivement ont déjà été recensés par hélicoptère. Plusieurs centaines de garrots d'Islande séjournent aussi à d'autres endroits de l'estuaire, en particulier à Baie-Sainte-Catherine, La Malbaie, cap à l'Aigle, Godbout, Petite-Romaine, Franquelin, baie Mitis et dans le secteur du parc du Bic. D'ailleurs, un observateur en rapporte jusqu'à 350 entre la baie de Tadoussac et les dunes dans les dernières semaines, puis quelques dizaines ici et là jusqu'en Minganie.

Le voile s'est levé; le garrot d'Islande est en péril

Plusieurs études ont été menées sur le garrot d'Islande dans l'Ouest canadien et en Islande, mais on connaissait peu de choses de la population de l'Est jusqu'à dernièrement. Le Service canadien de la faune (SCF) a entrepris des travaux d'inventaire et de recherche sur cette population à la fin des années 1990. La situation de la population de l'Est est maintenant mieux connue; le COSEPAC l'a désignée comme préoccupante en novembre de l'an 2000.

En effet, cette population fait face à diverses menaces : coupe forestière, déversements accidentels d'hydrocarbures, chasse (depuis l'automne 2002, il est interdit de chasser les garrots d'Islande et à œil d'or en certains endroits au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, dans Charlevoix et sur la Côte-Nord) et contamination des sédiments du Saint-Laurent.

On a constaté que la majeure partie des oiseaux se rassemble en quelques sites, ce qui fait la joie des observateurs, mais les rend aussi très vulnérables. Un seul déversement de pétrole pourrait entraîner la mort d'une bonne partie des garrots d'Islande de l'Est du continent. D'ailleurs, le 6 février dernier, les autorités sont devenus inquètes du sort des garrots suite à l'échouage du Finn-Pine survenu au large du quai de Pointe-au-Pic dans Charlevoix, près de la baie de La Malbaie, très fréquentée par le canard. Heureusement, aucun déversement d'hydrocarbure n'a eu lieu.

Une menace bien réelle est aussi l'ensemencement des lacs du Saguenay et de la Côte-Nord. Le garrot d'Islande se reproduit sur les hauts plateaux (à plus de 500 m d'altitude) du Saguenay, de la Côte-Nord et de Charlevoix. Généralement, il fréquente des étangs et de petits lacs de tête où l'absence de poissons favorise le foisonnement des invertébrés dont il se nourrit. Plus de poissons pour les réserves fauniques, les ZEC et les pourvoiries, plus de compétition pour la nourriture, au détriment du garrot d'Islande.

Clin d'œil de Cupidon

La saison des amours débute dès novembre pour le garrot d'Islande. Les parades complexes et accouplements seront fréquents durant tout l'hiver sur le Saint-Laurent; le mâle effectue des mouvements rapides de la tête, qui tourne, bouge à petits coups, est rejetée vers le dos, puis dressée avec le bec pointé au ciel. Il peut aussi effectuer des cercles rapides et agressifs. Inspirant, en ce 14 février!

[Merci à Michel Robert, SCF, pour sa généreuse collaboration]

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21 février 2008, vol. 12 no7

Un puissant mastodonte est entré dans le Saguenay pour la première fois en plus de 30 ans

Le mardi 19 février, il fendait les eaux du Saguenay au soleil couchant, rapide et puissant, sous les yeux ébahis de certains villageois de Tadoussac. Le Louis Stephen St-Laurent faisait sa première visite dans le secteur en plus de 30 ans, et nous pourrons le contempler jusqu'au 11 mars.

En effet, le navire amiral de la Garde côtière canadienne (GCC) a délaissé le Nord canadien et les côtes de Terre-Neuve pour escorter les navires marchands, entre Les Escoumins et le port de Grande-Anse dans le Saguenay. Il remplace l'Amundsen, ce brise-glace de recherche canadien, présentement en mission scientifique en Arctique.

Page d'histoire pour le Louis S. St-Laurent

Le Canada exploite 21 des quelque 110 brise-glace qu'on retrouve dans le monde. Le Louis Stephen St-Laurent (en hommage à l'ancien premier ministre du Canada) est le plus gros et le plus puissant de la flotte canadienne. Il fait près de 120 mètres de long pour 24 mètres de large, se déplace à une vitesse de croisière de 16 nœuds, a déjà brisé de la glace de huit mètres d'épaisseur et est dirigé par 46 membres d'équipage qui ont accès à une dizaine de ponts.

La GCC a vu le jour le 26 janvier 1962; le ministre des Transports de l'époque annonçait que le gouvernement avait décidé que la flotte du ministère, constituée de brise-glace, de navires d'aide à la navigation et d'approvisionnement pour le Grand Nord, s'appellerait désormais la « Garde côtière canadienne ». Pour bien affirmer cette transformation, les navires allaient arborer les couleurs du drapeau canadien, le blanc et le rouge, avec la feuille d'érable figurant sur la cheminée. On fit construire de nouveaux navires, dont le Louis S. St-Laurent, terminé en 1969, et rénové en 1988 et 1993. Le Louis S. St-Laurent a vécu un moment historique le 22 août 1994, alors qu'il était le premier navire nord-américain à atteindre le pôle Nord. Il a aussi été le premier navire au monde à traverser l'océan Arctique et le premier à naviguer autour de l'Amérique du Nord par le pôle Nord.

Les brise-glace du Saint-Laurent

La GCC a déployé cinq de ses navires cet hiver dans le Saint-Laurent; ils ont pour mission d'escorter les navires commerciaux, d'entretenir la fluidité du trafic maritime et d'éviter les inondations. Un bateau est posté à Trois-Rivières, un autre à Québec, c'est le Louis S. St-Laurent qui sera dépêché dans le Saguenay par le bureau des glaces de Québec si un navire marchand en fait la demande, un quatrième brise-glace assiste le traversier Matane-Godbout et assure le trafic maritime entre Les Escoumins et Pointe-des-Monts, puis c'est le Terry Fox qui est attribué au golfe du Saint-Laurent; il est présentement au sud de l'île d'Anticosti.

[Merci à Steven Neatt, surintendant du service de déglaçage, GCC, pour sa généreuse collaboration]
Crédit photo : GCC

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28 février 2008, vol. 12 no8

Un requin du Groenland hissé sur les glaces du Saguenay

Le 1er février dernier, le Saguenay a été le théâtre d'une prise de pêche surprenante! Un gigantesque poisson de plus de 225 kg et de 2,8 mètres de longueur a été hissé sur les glaces du fjord; il ne s'agit pas d'une de ces « histoires de pêche », mais plutôt de celle de deux pêcheurs à Sainte-Rose-du-Nord qui ont travaillé pendant près de deux heures pour sortir du trou de glace un requin du Groenland, le plus grand poisson du Saguenay. Il s'agirait du 29e spécimen de cette espèce capturé dans le Saguenay depuis 1886.

Cette histoire n'est pas sans rappeler celle de 2006, à La Baie, toujours dans le Saguenay; la prise accidentelle d'un requin mâle de trois mètres de longueur et de 230 kg avait valu à la pêcheuse une amende de Pêches et Océans Canada pour « pêche illégale », qui a finalement été retirée considérant plutôt la prise « accidentelle ». Cette fois, les pêcheurs ont remis le requin à l'eau après l'avoir sorti et photographié, un geste qui, selon les spécialistes, serait aussi à interdire par les autorités.

Un requin à protéger

Jeffrey Gallant du Groupe d'étude sur les élasmobranches et le requin du Groenland (GEERG) a statué que même si cette espèce n'est pas considérée comme menacée, la population du Saint-Laurent et du Saguenay est très peu connue. Selon lui, si l'on capture accidentellement un de ces poissons, il est mieux de simplement couper sa ligne pour le laisser regagner les profondeurs. Ce pionnier de la recherche sur les requins du Saint-Laurent affirme que le corps du requin du Groenland s'écrase quand il est en dehors de l'eau et que ses artères vitales ne sont pas faites pour résister aux conditions de pression hors de l'eau. De tirer le géant sur le bord des glaces lui brise les cartilages. Ainsi, il est difficile de croire que le trophée de pêche a regagné vivant son habitat.

Des prises qui valent beaucoup

Il semble que les amateurs de pêche blanche soient unanimes pour dire que le règlement de remise à l'eau obligatoire est insensé. Selon eux, cela représente un « gaspillage de la ressource » puisque ce poisson aurait certainement attiré les curieux en plus de servir à la recherche, comme ce fut le cas en juin 2006 alors que le requin du Groenland pêché en janvier avait fait l'objet d'une nécropsie publique, un événement hautement médiatisé et qui avait révélé de fascinantes informations. Par exemple, les chercheurs ont expliqué que c'était la première fois qu'ils tombaient sur un requin du Groenland avec un estomac aussi rempli, soit avec une masse de 34 kg. On y a identifié des morceaux de phoque, des crustacés, des poissons et même des bouts de filets maillants et de bois. Selon des analyses, le spécimen était un résidant à long terme du Saint-Laurent. Son profil de contamination était similaire à celui de plusieurs espèces de poissons du Saint-Laurent. Différents produits industriels ont été retrouvés en concentrations élevées tels que des BPC et du Mir ex.

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6 mars 2008, vol. 12 no9

Mais où sont-ils, si on ne les voit pas ?

C'est que demandait un observateur posté à Baie-Comeau, en parlant des bélugas du Saint-Laurent. En effet, on dit que les bélugas sont résidants, et qu'ils fréquentent le Saint-Laurent à l'année longue. Mais où exactement?

Rappelons qu'en été, la population se concentre dans l'estuaire entre l'île aux Coudres, Forestville (Haute-Côte-Nord) et l'île du Bic (rive Sud) ainsi que dans le fjord du Saguenay. Sa répartition hivernale n'est pas bien connue; il faut se fier à des signalements occasionnels ainsi qu'à des survols aériens partiels effectués en 1989 et 1990, par l'équipe du GREMM. L'aire de répartition de la population s'étendrait en aval de l'estuaire et dans le golfe, jusqu'à Sept-Îles sur la Côte-Nord, où se trouvait le plupart des individus observés lors d'un survol en 1990. De petits groupes ont aussi été aperçus en amont dans l'estuaire jusqu'à Rivière-du-Loup. Il faut s'attendre à ce que la répartition hivernale varie beaucoup d'une année à l'autre, selon les conditions de glace. Dans le Saint-Laurent, les bélugas semblent préférer la glace libre avec des couverts de 70 % à 90 %.

Au début du printemps, ils peuvent être aperçus au large de la péninsule gaspésienne. Leurs déplacements semblent être liés à la migration du hareng et du capelan.

« Il y en a l'hiver, des bélugas, chez-vous, aux Escoumins? » « Ça dépend s'il y a du capelan! ». C'est ce que répond un chasseur de phoques qui connaît ses affaires! Il rapportait sa dernière observation de béluga à la mi-janvier cette année. Pourtant, en 2007, à partir du 10 février et pour une dizaine de jours consécutifs, il a observé des groupes d'une douzaine de bélugas. À l'époque, les estomacs des phoques étaient remplis de capelan! Cette année, pas de capelan dans leur ventre, mais des crevettes.

La chasse au phoque est arrêtée depuis le 15 février; la femelle est partie faire sa mise bas. Notre chasseur attend le retour des femelles amaigries dans une semaine ou deux, jusqu'au printemps. Une autre histoire à suivre…

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13 mars 2008, vol. 12 no10

Le retour des baleines est imminent

Cette semaine, un assistant de recherche du GREMM, ayant hâte de prendre le large, regardait par la fenêtre les plaques de glaces du fjord du Saguenay dériver, en affirmant « nous devons être sur le point de voir les premiers bélugas. Il faut surveiller! » En effet, dur de le croire avec cette neige incessante, mais les baleines regagneront bientôt leurs quartiers d'été. Chaque espèce a son calendrier… mais la surprise est toujours possible!

À se fier aux archives des bulletins des Nouvelles du large, le retour des bélugas dans leur aire d'été commence à la mi-mars. Il serait même un peu tard par rapport à 2000 et 2002; on en rapportait déjà le 2 mars 2000 dans la baie de Tadoussac et le 5 mars 2002 aux Bergeronnes. Sinon, la fin mars semble la période où l'on commence à les voir plus régulièrement à l'embouchure du Saguenay.

Le petit rorqual annonce le printemps. C'est généralement à la mi-avril qu'il fait ses premières apparitions en Gaspésie et aussi à la tête du chenal Laurentien. Il faudra donc patienter encore quelque temps, à moins que cette année, il nous surprenne plus tôt!

Pour les grands rorquals, leur arrivée concorde avec la fonte des neiges. Selon les observations passées, on aperçoit le rorqual commun surtout à la fin d'avril, et il se fait de plus en plus abondant à partir de la fin mai et ce, pour l'ensemble du Saint-Laurent. Le rorqual bleu, le plus grand de tous, est observé plus régulièrement à partir d'avril, mais l'année 2006 en fut une particulière puisqu'il a été vu chaque mois de l'année. Quant au rorqual à bosse, cette espèce réserve la surprise; selon les années, il a été vu la première fois dans le golfe au mois de mars ou avril, et dans le secteur de Tadoussac, il a même fallu patienter jusqu'à la fin juin avant de pouvoir contempler la gracieuse queue de ce cétacé!

Quoi que l'on en dise, les baleines sont plutôt imprévisibles! Chose certaine, le printemps sera bientôt installé et les baleines regagneront leur aire d'alimentation. À vos jumelles et gardez espoir!

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27 mars 2008, vol. 12 no11

Le printemps est officiellement là!

« On n'y croit pas! » direz-vous à la lecture de cette affirmation, suite à la tempête majeure qui s'est abattue récemment sur le Québec. Mais il y a des signes qui ne trompent pas!

Le printemps

D'abord, la date : 20 mars. Astronomiquement, le printemps commence à l'équinoxe de printemps, lorsque jour et nuit ont des durées égales, et se termine au solstice d'été lorsque le jour atteint sa longueur maximale. L'équinoxe de printemps tombe le 19, 20 ou 21 mars, selon les années.

La débâcle du Saguenay

La Garde côtière canadienne a débuté ses opérations de déglaçage printanier le jeudi 13 mars à 8 h. Ces opérations annuelles ont pour but de dégager de leurs glaces le fjord du Saguenay ainsi que l'entrée des rivières secondaires afin de prévenir les embâcles et les inondations. L'embouchure du Saguenay est maintenant le théâtre d'amoncellement de glace qui dérivent, un paysage grandiose!

Le retour des espèces migratrices

Quoi de plus éloquent que le retour dans le Saint-Laurent des baleines et des oiseaux migrateurs pour annoncer le printemps! Quelques goélands à bec cerclé survolent maintenant la baie de Tadoussac et les rives des Bergeronnes. Le mardi 18, un observateur chevronné nous annonce l'arrivée d'une vingtaine de bernaches cravants, des oiseaux attendus et étroitement associés au printemps! Cette petite bernache des bords de mer n'a pas la joue blanche caractéristique de la bernache du Canada. La disrcète marque blanche rayée de noir sur le cou de l'adulte est caractéristique. Cet oiseau, à peine plus gros qu'un canard, revient de la côte Est des États-Unis et migrera vers l'Arctique où elle nidifiera cet été.

Le 16 mars dernier, un rorqual bleu est rapporté en aval de Sept-Îles : « en safari photos pour les oiseaux d'hiver, j'ai aperçu une bleue à 3 milles nautiques de Sheldrake. Elle se dirigeait tranquillement vers l'est. Des phoques se trouvaient sur les glaces un peu en avant d'elle, ce qui laisse supposer qu'elle utilisait un chenal libre de glace pour ses déplacements. Cela commence bien une saison! ».

À la météo

Les experts annoncent que notre printemps sera décalé par rapport à la normale, en raison de poussées d'air froid en provenance de l'Ouest du Canada. Toute la neige accumulée contribuera aussi à rafraîchir les températures du début de saison.

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3 avril 2008, vol. 12 no12

Des observations énigmatiques

La fin du mois de mars fut une période généreuse en observations énigmatiques pour les adeptes de mammifères marins dans le Saint-Laurent.

D'abord, le dimanche 30 mars, un randonneur longeait la baie de Tadoussac, puis son attention a été attirée par des « morceaux de glace » bien blancs, disparaissant sous la surface à intervalle régulier, et qui se dirigeaient à contre courant vers l'intérieur du fjord du Saguenay au travers des autres morceaux dérivant vers le large! Après une observation attentive, il a compris qu'il assistait au retour d'un petit groupe de 4 à 5 bélugas dans leur quartier d'été, une grande nouvelle attendue par plusieurs riverains de l'estuaire.

Toujours le 30 mars, un fidèle collaborateur nous rapporte ceci : « belle journée ensoleillée, une belle baleine à deux milles de la côte entre Sheldrake et rivière au Tonnerre. Des goélands en quantité survolaient la zone et cette baleine avait un profil de plongée en faible profondeur, ne respirant qu'une ou deux fois avant que nous la perdions pour quelques minutes. Il semble que ce soit un rorqual bleu de par le souffle et la nageoire dorsale très petite, mais il me reste un doute. Quoi qu'il en soit, les baleines sont bien présentes en Minganie ».

Dans le secteur des Bergeronnes, ce sont les phoques qui abondent. Des troupeaux de 200-300 individus ont été rapportés, pendant deux jours consécutifs. Pas évident d'identifier l'espèce ou le nombre exact! Un observateur assidu révèle sa méthode : « pour savoir exactement le nombre de phoques dans le troupeau, il faut compter le nombre d'yeux… puis diviser par deux! »... un truc assez lou « phoque »!

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10 avril 2008, vol. 12 no13

Trafic maritime à l'embouchure du Saguenay

À mesure que le printemps s'installe, le trafic maritime s'intensifie à l'embouchure du Saguenay. Détrompez-vous; il ne s'agit pas de bateaux, ce sont plutôt les animaux qui défilent!

Bélugas au quotidien

Depuis une semaine, il est possible d'observer les bélugas du Saint-Laurent à l'embouchure du Saguenay. Le mardi 8 avril, en après-midi, on est allé jusqu'à rapporter une trentaine d'individus qui déambulaient entre la batture aux Alouettes et la pointe de l'Islet. Un plus petit groupe redescendait le fjord plus tard en soirée.

Une observatrice de Saint-Irénée, dans la région de Charlevoix, a partagé son étonnement, le 3 avril dernier, de voir ces baleines en cette période de l'année; « je ne sais pas si c'est exceptionnel, mais pour nous, c'est la première fois que nous voyons des bélugas si tôt en saison. Nous avons pu en observer trois avec une lunette d'approche : ils sont restés un peu face à notre petite baie avant de partir vers l'anse au Sac et probablement l'île aux Coudres. » Il s'agit en effet d'une mention particulière; selon les archives des Nouvelles du large, des observations de bélugas avaient n'avaient pas été rapportées avant le 7 avril dans ce secteur.

Des oiseaux dignes de mention

Les impressionnants amoncellements de glace ont laissé place ces dernières semaines à une diversité aviaire remarquable. Les bernaches cravants parsèment maintenant les roches en bordure du Saguenay, un grand héron survolait le secteur le midi du 10 avril, et comble de bonheur, les cormorans à aigrettes ont retrouvé leur quartier d'été! À leur retour de l'aire d'hivernage située sur la côte Est américaine jusqu'au golfe du Mexique, les cormorans à aigrettes deviendront omniprésents dans tout le Saint-Laurent.

Le gris plane sur le Saguenay

La présence rare et remarquable d'un eider à tête grise mâle à l'embouchure du Saguenay a charmé plus d'un observateur mardi dernier. Ce canard de mer aux couleurs flamboyantes se trouvait parmi un groupe d'eiders à duvet mâles et femelles, auxquelles il a fait la cour sans retenue par des roucoulements et des hochements de tête. On dit de lui qu'il est spectaculaire en période nuptiale avec son bec avec sa bosse orange bordée de noir, sa tête et son cou d'un bleu-gris tendre et ses joues d'un vert iridescent. Il n'a pu être contemplé que quelques heures; cet oiseau se dirigera en toundra où il nichera cet été.

Au moment où les observateurs quittaient la pointe de l'Islet, une tête sombre a fait surface; un phoque gris, un nouvel arrivant dans le secteur dont l'abondance ne fera qu'augmenter au fil des prochaines semaines.

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17 avril 2008, vol. 12 no14

Il neige sur les baleines du printemps

Après de nouvelles chutes de neige, on a l'impression que l'hiver se prélasse comme un gros chat paresseux impossible à chasser, alors que le printemps, timide, n'arrive pas à s'imposer. C'est peut-être le cas sur la terre ferme, mais la saison printannière suit son cours normal pour les baleines.

En effet, les bélugas qui défilent quotiennement à l'embouchure du Saguenay depuis deux semaines ont été rejoints le 14 avril par le premier petit rorqual de la saison. Dans cette chronique, il y a quelques semaines, nous l'annoncions pour la mi-avril, alors on peut dire qu'il est au rendez-vous! Mais il a bien failli passer incognito : la baleine a respiré une seule fois avant de doubler une pointe la dissimulant au regard de notre observateur.

Les oiseaux marquent aussi l'arrivée progressive du printemps : les macreuses et leur chant lancinant font à nouveau partie du paysage au pied des dunes de Tadoussac. La Gaspésie n'est pas en reste : un passionné d'oiseaux a assisté à un défilé impressionnant pendant une heure devant le cap d'Espoir, près de Percé : 1500 canards marins filaient vers le nord-est, dans un parfait silence, dans un corridor imaginaire situé entre 200 et 500 mètres de la côte. Il a reconnu des macreuses à front blanc, des macreuses noires, des hareldes kakawi et des plongeons catmarin. Deux kilomètres plus loin, des centaines d'alcidés et de fous de Bassan festoyaient.

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1 mai 2008, vol. 12 no15

La tradition du cachalot printanier

Le 30 avril en après-midi, des observateurs côtiers travaillant à l'anse à la Cave, près des Escoumins, ont repéré une baleine au souffle penché, qui a respiré une trentaine de fois avant de plonger, la queue s'élevant bien droite au-dessus des flots. Un cachalot! Ces observateurs chevronnés ont eu le bon réflexe : ils ont immédiatement prévenu l'équipe du GREMM, qui suit la présence de cette espèce dans l'estuaire depuis 1991. Les cachalots en visite dans le secteur ont un patron de déplacement très prévisible; l'assistant de recherche du GREMM savait donc où attendre l'animal après sa plongée d'une trentaine de minutes, et espérait bien prendre sa photo pour l'identifier parmi les 24 cachalots recensés dans l'estuaire. Ils sont tous baptisés avec des noms tirés de l'œuvre d'Hergé : Tryphon, Bianca, Rackam, Tapioca,… Malheureusement, les bateaux sont au sec et le spécimen garde le large, rendant toute photo-identification impossible. Le cachalot a été revu le lendemain devant Les Bergeronnes, mais toujours impossible de le photographier. Le mystère reste entier… pour le moment!

L'heure est aux mouvements migratoires

Les eaux s'agitent au passage des mammifères marins, le ciel se teinte des coloris des volatiles; les animaux partis pour l'hiver reviennent graduellement dans le Saint-Laurent.

De grands voyageurs

Cette semaine, les observateurs assidus rapportent dans le secteur des Escoumins jusqu'à Tadoussac des groupes de bélugas de plus en plus nombreux qui s'associent parfois à coup de douze individus. Des observations de cette baleine sont aussi rapportées dans la région de Charlevoix et de la rive Sud, particulièrement près du quai de Rivière-Ouelle.

Selon un chasseur de phoques des Escoumins, les phoques du Groenland sont partis pour leur migration vers le Nord, mais étaient encore très nombreux il y a deux semaines. Les petits rorquals sont maintenant présents dans l'estuaire; l'un d'eux s'activait vigoureusement près des traversiers dans la soirée du lundi 21 avril, exécutant sept sauts d'alimentation, ventre bien gonflé et profitant donc de l'abondance de nourriture.

Quant aux grands rorquals, on rapportait un rorqual bleu à Cap-des-Rosiers la semaine dernière et un premier rorqual commun dans l'estuaire, au large du cap de Granite près de Tadoussac, le dernier jour d'avril.

…et des plus petits

Quant aux oiseaux, ils ne passent pas inaperçus, tant en nombre qu'en diversité. Voici quelques espèces relevées lors d'une invasion de canards de mer dans le secteur de Tadoussac, survenue le 20 avril (les chiffres sont des estimations et les observateurs se disent bien prudents!) :

  • Hareldes kakawi : défilé constant et impressionnant de couples mais aussi des petits groupes, oiseaux rasant les flots, minimum de 7 000 oiseaux
  • Macreuse noire: 1 600 individus
  • Macreuse à front blanc: 1 000 individus
  • Eider à duvet : 1 300 individus
  • Harle huppé : 200 individus
  • Cormoran à aigrettes : 150 individus
  • Pourquoi migrer ?

    Il y a autant de réponses à cette question qu'il y a d'espèces migratrices. Les migrations sont souvent motivées par le besoin de trouver des aires d'alimentation très productives ou par des stratégies de reproduction. La plupart des grandes baleines dont la migration est bien documentée suivent le modèle du rorqual à bosse. Elles s'alimentent dans les eaux riches des hautes latitudes pendant l'été et se rassemblent dans les eaux tropicales et subtropicales pendant l'hiver pour la reproduction et la mise bas. Pour les oiseaux, l'explication tourne souvent autour de la nourriture; dans les zones tempérées et les régions arctiques de l'hémisphère Nord, la migration est un moyen pour les oiseaux d'exploiter les ressources qui sont abondantes en saison puis d'aller autre part lorsque les ressources deviennent rares et la rudesse du climat se fait sentir.

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    8 mai 2008, vol. 12 no16

    Partir à la rencontre des baleines

    Alors que ces lignes s'écrivent, des bateaux d'excursions sillonnent le fjord du Saguenay et l'estuaire du Saint-Laurent, déjà. Depuis le 2 mai dernier, des touristes embarquent à bord des navires pour vivre un moment unique; partir à la rencontre des baleines. Il s'agit là d'une expérience exceptionnelle : entendre le souffle puissant de ces mastodontes (on a déjà enregistré une vitesse de plus de 700 km/h chez une jeune baleine grise!), voir leur dos fendre l'eau silencieusement alors qu'elles pèsent plus de 100 tonnes… Être témoin d'une tranche de leur vie dans leur habitat naturel est un privilège inégalé et procure souvent des émotions intenses : fascination, émerveillement, curiosité et même parfois une certaine crainte! Souvent, l'envie de devenir des ambassadeurs pour la protection de ces animaux nous envahit puisque l'on protège ce que l'on aime, et qu'une rencontre est souvent l'occasion… d'un coup de foudre!

    Le meilleur moment pour observer les baleines

    Il est difficile de dire quelle est la meilleure période pour observer les baleines. Cela peut varier grandement d'une année à l'autre. On ne sait jamais ce que l'on va voir quand on part en croisière ou lorsque l'on fait de l'observation à partir du rivage. C'est d'ailleurs ce qui différencie une rencontre en milieu naturel d'une visite au zoo! Les baleines commencent à peine à revenir de leur migration; en général plus l'été avance, plus on peut observer différentes espèces de baleines. Les mois d'août, septembre et octobre sont généralement de bons mois, les forts vents d'automne n'ont pas commencé et les brumes estivales se font rares. La météo peut évidemment être capricieuse. C'est la même chose avec les baleines! Ces jours-ci, ce sont les petits rorquals qui charment les visiteurs venant surtout de l'autre côté de l'Atlantique.

    Beau temps, mauvais temps

    Les conditions de température, de vent et d'ensoleillement ont peu d'influence sur le comportement des baleines. Quelles que soient les conditions, celles-ci doivent venir respirer en surface. Par contre, ces mêmes conditions peuvent grandement influencer notre capacité à les repérer! De plus, il se peut que certaines conditions comme la marée, l'arrivée d'un grand banc de proies ou autre influencent le comportement des baleines.

    Il faudra attendre encore jusqu'à la fin juin pour vivre l'aventure d'une rencontre en mer avec les baleines dans le secteur de la Gaspésie. Toutefois, on nous rapporte la présence de quelques rorquals bleus au large de Percé en ce début mai. En espérant que ces animaux mythiques tombent dans l'œil d'un observateur terrestre en quête d'enchantement!

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    15 mai 2008, vol. 12 no17

    Hymne au tricolore!

    Il ne s'agit pas de cette équipe de hockey, bien sûr, mais d'une baleine dont la coloration fait presque autant jaser que le tricolore canadien!

    Le béluga est en effet une baleine bien particulière qui passe par trois stades de couleur dans sa vie et, selon son âge, il porte aussi différentes appellations. À sa naissance, le béluga est brun café au lait, avec le tour des yeux noircis, et on le reconnaît aussi par ses plis fœtaux qui témoignent de sa posture recroquevillée dans l'utérus de la mère; ce stade de « béluga naissant » dure quelques jours. Une fois « déplissé » et tout au long de son premier été, toujours brun, c'est un nouveau-né. À un an, il est gris-bleu; on l'appelle alors « bleuvet ». Le béluga juvénile devient gris, devenant progressivement plus pâle avec les années, jusqu'à devenir tout blanc à l'âge adulte. À l'aube de sa maturité sexuelle, le béluga peut encore être grisâtre. La maturité sexuelle se situe entre 8 et 14 ans pour les femelles et entre 16 et 18 ans pour le mâle.

    On observe en ce moment dans l'estuaire du Saint-Laurent des bélugas blancs et d'autres plus foncés. Sachant que l'accouplement a lieu entre avril et juin, que la gestation dure de 12 à 15 mois et que la mise bas se déroule de juin à septembre, appelons les choses par leur nom! Il s'agit là de bleuvets, de juvéniles ou d'adultes!

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    22 mai 2008, vol. 12 no18

    Des grands dos noirs

    La semaine a été marquée par des observations de grands rorquals, très attendus par les compagnies d'excursion et les touristes. Deux rorquals bleus, un rorqual commun et un petit rorqual ont été aperçus dans la baie de Gaspé. Sur la Côte-Nord, pendant deux journées consécutives, un rorqual bleu a été vu de la terre aux Escoumins ainsi qu'un rorqual commun qui pourrait être Capitaine Crochet, la femelle bien connue de l'estuaire pour son arrivée dès le début de saison. Des petits rorquals croisent devant le cap de Bon-Désir et dans le secteur de Tadoussac où cinq individus ont effectué en même temps des sauts en dehors de l'eau. À quelques encablures de Pointe-des-Monts, la peau blanche de deux bélugas attire l'attention d'un observateur terrestre régulier qui relève le caractère peu fréquent de cette observation à cet endroit. Du côté des oiseaux marins, une cinquantaine de fous de Bassan ont fait lundi après-midi la joie d'un habitant du bord du fleuve aux Bergeronnes.

    En route vers le Grand Nord

    Encore très nombreux, deux visiteurs hivernaux de l'estuaire se font remarquer lors des excursions en mer dans la région de Tadoussac : l'harelde kakawi (un canard marin) et le phoque du Groenland. Pour ces espèces, l'estuaire du Saint-Laurent, c'est le « Sud », l'endroit où elles passent l'hiver, peut-être pas au chaud, mais au moins dans un garde-manger bien garni! L'harelde kakawi serait le canard de mer le plus abondant l'hiver dans notre région, avec plus de 20 000 individus. Elle aura complètement disparu du secteur à la mi-juin, ayant alors regagné la toundra où elle niche. En vol ou sur l'eau, elle est toujours en mouvement et très bavarde. On reconnaît le mâle à sa longue queue pointue. Les habitudes du phoque du Groenland sont semblables : il arrive en décembre, nous quitte en février pour se reproduire dans le golfe et revient au mois de mars, jusqu'au début de l'été. La grande majorité entame alors une migration de quelque 4 000 km en direction du Groenland. Ce phoque se déplace en troupes de plusieurs dizaines d'individus semblant faire bouillonner l'eau par leurs mouvements incessants.

    Une carcasse de cachalot aux Îles-de-la-Madeleine

    La carcasse d'un cachalot a été aperçue le 17 mai par un pêcheur de homard des îles de la Madeleine à partir du quai de Pointe-aux-Loups. À la dérive à environ deux milles au large, son cas a été signalé au Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1877-7BALEINE). Le lendemain, elle s'est échouée dans ce secteur. La taille de cette carcasse en état de décomposition est d'environ 14 mètres. L'Aquarium des Îles à Havre-Aubert projette d'en récupérer le squelette. Des échantillons seront prélevés pour les chercheurs du GREMM et de l'Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada). Même si elles sont en augmentation depuis une vingtaine d'années, les visites de ces cétacés à dents restent occasionnelles dans le Saint-Laurent. Leurs plongées peuvent atteindre 2 000 mètres pour une durée de 90 minutes, voire deux heures.

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    29 mai 2008, vol. 12 no19

    Un petit rorqual sauvé par des pêcheurs

    Comme toutes les histoires de pêche, elle commence tôt le matin. À 6 h, le 26 mai, un pêcheur de Sainte-Thérèse-de-Gaspé constate qu'une baleine est prisonnière de ses lignes de casiers à homard. Il appelle un autre pêcheur et ensemble ils réussissent à libérer l'animal et à récupérer presque tout le matériel de pêche. La baleine, un peu confuse, s'emmêle à nouveau dans un câble de bouée à proximité, mais réussit seule à se libérer. Les pêcheurs ont rapporté l'incident à Pêches et Océans Canada, qui les a mis en contact avec le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1-877-7baleine). Le cas s'ajoute donc à une banque de données centrale sur les baleines et les incidents qui les touchent dans le Saint-Laurent. Ces pêcheurs sont maintenant sensibilisés à l'importance de contacter rapidement le Réseau dans un cas semblable. Des équipes de spécialistes sont sur pied dans chaque région pour intervenir auprès de baleines en difficulté.

    Deux dauphins rares aux îles de la Madeleine

    Deux spécimens de dauphins bleu et blanc (Stenella coeruleoalba) ont échoué sur la plage de Fatima aux îles de la Madeleine le 27 mai. Cette espèce est généralement associée à des eaux plus chaudes; un autre de ces dauphins s'était échoué à Tadoussac en 1992. Son squelette est exposé sur place, au Centre d'interprétation des mammifères marins (CIMM). Ceux des îles feront l'objet d'une nécropsie par les chercheurs de l'Institut Maurice-Lamontagne (IML-MPO), et leurs squelettes rejoindront la collection de l'Aquarium des Îles.

    Début de saison épatant en Gaspésie

    Les excursions en mer ont démarré dans la baie de Gaspé, et les visiteurs sont servis. D'abord, le plus grand animal du monde déambulait avec ce qui semblait un baleineau. Il s'agirait d'une des rares paires jeune-adulte rorqual bleu rapportées dans le Saint-Laurent dans les vingt dernières années. Le décompte ne dépasse pas encore la vingtaine. Les rorquals à bosse ont aussi fasciné les observateurs. Irisept, un rorqual à bosse bien connu des navigateurs, a été identifié. Est-ce le même qui s'est livré à des prestations aériennes cette même journée?

    Côte-Nord: petits rorquals et nuages d'oiseaux

    Au large de Tadoussac, des nuages de centaines de goélands qui capturent leurs proies dans les barres de courants: voilà un bon indicateur, très impressionnant et visible de très loin, pour repérer la présence et les déplacements des petits rorquals qui s'y alimentent aussi. Et quand les nuages volatiles se déplacent, les petits rorquals le font en même temps! Le 23 mai, un observateur terrestre des Bergeronnes en promenade avec son chien a décidé qu'il verrait ce jour-là des petits rorquals! Son regard affûté et sa patience l'ont récompensé: deux petits rorquals ont croisé à une centaine de mètres de la batture à Théophile.

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    5 juin 2008, vol. 12 no20

    Il roule, le petit poisson argenté!

    Le capelan, ce petit poisson qui vit en bancs serrés, est une source importante de nourriture pour plusieurs espèces marines (poissons, oiseaux et mammifères). De mai à juillet, il vient frayer sur les berges de l'estuaire et du golfe. En utilisant les courants de marées, il vient « rouler » dans les vagues. Sur les plages, la femelle vient déposer ses œufs qui vont s'enfouir dans le sable et le gravier et s'y développer pendant environ quinze semaines avant de repartir vers le large. Cette semaine, le capelan roule un peu partout: dans la région de Charlevoix, en Haute et Basse-Côte-Nord et en Gaspésie. Depuis la mi-mai, le capelan roule chaque jour dans les secteurs de Gallix et Sept-Îles. Le Centre d'éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI) rapporte que les petits rorquals viennent le chasser jusque devant le port en utilisant les parois du quai pour mieux les piéger et les engouffrer. Dans la baie Sainte-Marguerite et dans le secteur des plages, ils s'alimentent lentement d'est en ouest à marée haute. En 2003, le réseau des observateurs du capelan (ROC) a été créé pour recenser les sites de fraie du capelan au Québec, qui s'élèvent aujourd'hui à plus d'une centaine. Ce petit poisson, essentiel pour l'équilibre de l'écosystème du Saint-Laurent, demeure mal connu et fragile. Pour connaître ou rapporter les lieux de fraie du capelan, composer 1-877-Ça roule (227-6853).

    Crédit photo : A. Konstantinov

    Si le capelan frétille dans les vagues, la longue chaîne de communication, constituée des fidèles observateurs estivaux pour les Nouvelles du large, s'est mise en action depuis la fin mai. Gens de mer professionnels ou riverains, ils sont sur l'eau, sur les rives pour se retrouver après le long hiver blanc, raconter et échanger. Grâce à leurs observations détaillées et leurs anecdotes, nous pouvons en quelques lignes faire le tour du vaste territoire marin du Saint-Laurent et savoir où ils sont, ces petits et grands rorquals que nous attendons, que nous espérons! Parmi les cétacés qui viennent s'alimenter en été dans le Saint-Laurent, les petits rorquals sont traditionnellement les premiers arrivés et les plus nombreux. Les excursionnistes gaspésiens les rencontrent au quotidien au large du cap Gaspé et à Percé, et les nord-côtiers dans le secteur de Tadoussac/Les Bergeronnes. Quant aux rorquals à bosse, qui ont passé leur saison hivernale à se reproduire dans les eaux chaudes des Caraïbes, ils commencent à montrer leur nageoire caudale au cap d'Espoir, ainsi qu'au cap Gaspé, où un rorqual bleu a d'ailleurs été mentionné.

    Les troupeaux de phoques

    Par groupes de quelques dizaines d'individus, les phoques du Groenland forment des troupeaux de plusieurs centaines dans la région de Tadoussac. Rien d'étonnant pour cette espèce grégaire dont la majorité va bientôt rejoindre le Groenland pour y passer l'été, emmenant leurs petits qui sont nés sur la banquise du golfe en février/mars. Une migration de trois à quatre mille kilomètres!

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    12 juin 2008, vol. 12 no21

    Une crèche d'eiders dans la brume

    Est-il vain et décourageant de se promener en bord de fleuve par temps de brouillard? Non, si l'on en croit un de nos fidèles observateurs. Lors d'une balade en haut des dunes de Tadoussac, il a aperçu en contrebas, à la faveur d'une éclaircie et d'une déchirure dans le nuage, une crèche d'eiders tout près de la plage. 17 femelles de couleur brune, 40 petits et un mâle au plumage blanc et noir, le décompte est toujours précis pour cet ornithologue passionné. Après la couvaison, les mères entraînent leurs petits sur l'eau pour se nourrir, accompagnées des « tantes », les femelles qui n'ont pas eu de petit. Ces rassemblements permettent de protéger les canetons des prédateurs. Habituellement, ces oiseaux marins se tiennent plus au large et les mâles ne font pas partie de la crèche. La protection du brouillard les a-t-elle poussés à s'aventurer près du bord? Les petits sont capables de plonger et de se nourrir près de la surface alors que les adultes recherchent mollusques et crustacés dans les profondeurs. Dans le golfe, des centaines de fous de Bassan piquent et plongent dans les eaux de Gaspé pour y pêcher des petits poissons tels que le capelan et le lançon. En Côte-Nord, du côté de Gallix, on peut observer des macareux et des petits pingouins.

    Les petits rorquals, vedettes du printemps

    Les petits rorquals sont présents dans toutes les régions. À Gaspé, une paire mère/baleineau a été observée à Grand-Étang dimanche matin. Les baleineaux nés pendant l'hiver restent près de leur mère, qui les allaite pendant quatre à six mois seulement. La paire se dissocie au moment du sevrage, qui correspond à celui de l'arrivée dans les eaux froides du Saint-Laurent. Il est donc peu fréquent de voir des mères et des baleineaux ensemble. Parmi les rorquals, c'est le lien le plus court entre la mère et son jeune; pour les autres espèces l'allaitement varie de 5 à 12 mois, et le lien peut être conservé encore une année après le sevrage chez les rorquals à bosse. Les grands rorquals commencent à être observés à Gaspé et Percé: quelques rorquals bleus et rorquals à bosse, et un rorqual bleu au large de Tadoussac mardi après-midi.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    19 juin 2008, vol. 12 no22

    Gaspésie : championne pour les fous

    À Percé, la colonie de fous de Bassan de l'île Bonaventure vient d'être classée comme la plus importante au monde avec 121 000 oiseaux, dépassant celle de St. Kilda en Écosse dont la population stable est estimée à 119 000 oiseaux. Les fous de Bassan de l'île augmentent de 3% chaque année. Cette colonie demeure la plus accessible aux touristes. 203 espèces d'oiseaux y habitent également, dont le macareux moine. En raison de l'abondance des poissons (hareng, maquereau, capelan et lançon) dont ces oiseaux marins se nourrissent, l'île est donc un habitat privilégié. Mais avec la région de Percé, elle l'est aussi pour les baleines qui s'alimentent de petits poissons et de krill. Cette semaine, on y note la présence de trois rorquals à bosse dont une paire adulte/jeune, trois rorquals bleus et une dizaine de petits rorquals. À Gaspé, ces trois espèces de baleines à fanons font aussi la joie des excursionnistes et le premier rorqual commun de la saison vient d'être mentionné.

    Les grands rorquals en Côte-Nord

    En Minganie, les premières sorties effectuées par le MICS et un de leurs collaborateurs fidèles nous rapportent que l'archipel est fréquenté par des petits rorquals. Plus au large, une dizaine de rorquals communs (dont une paire mère/baleineau), un rorqual à bosse et des petits rorquals croisent à la pointe Nord de l'île d'Anticosti. Un visiteur inhabituel d'une envergure de 275 cm s'est montré sur la plage en face de l'île aux Perroquets : le pélican blanc d'Amérique, qui hiverne en Floride et au Mexique, rejoint habituellement le centre et l'ouest canadien. Plus en amont, c'est de la terre qu'on a pu observer une centaine de bélugas mêlés à une centaine de phoques gris. Ils s'alimentaient à l'embouchure de la rivière Portneuf, avec des nuées d'oiseaux marins au-dessus de leurs têtes, qui piquaient dans les flots agités par cette intense activité. À Pointe-des-Monts, deux rorquals communs ont nagé en paire près du rivage pendant deux journées. Ainsi, cette semaine, de l'estuaire maritime à la Gaspésie, les grands rorquals, qui sont plutôt solitaires et nomades, commencent à se répartir sur le territoire du Saint-Laurent. Grâce à la photo-identification et au suivi effectués par les équipes de recherche et les observateurs, nous pouvons savoir qu'ils peuvent en quelques jours effectuer des voyages de plusieurs centaines de kilomètres et passer d'une région à l'autre.

    Mortalité de béluga aux Escoumins

    Sur la Côte-Nord, à 10 km à l'est des Escoumins, la carcasse d'une femelle béluga échouée sur la plage a été découverte le 16 juin. Signalée au Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins au 1877-7baleine (ou 1 877 722-5346), cette carcasse en bon état a été récupérée par une équipe spécialisée et transférée à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal (Saint-Hyacinthe) pour un examen post-mortem complet qui recherche la cause de la mort. C'est la cinquième carcasse de béluga trouvée sur les berges du Saint-Laurent depuis le début de l'année. Le programme de récupération des carcasses de bélugas, en place depuis 1982, en récolte une quinzaine par année.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    26 juin 2008, vol. 12 no23

    Brouillard marin stationnaire…

    La période du printemps et du début de l'été est la plus favorable pour la création du brouillard marin. L'air se réchauffant plus vite que l'eau, l'arrivée de masses d'air chaud et humide crée de la brume ou du brouillard au contact des eaux du Saint-Laurent qui restent beaucoup plus froides (entre 4°C et 17°C selon les secteurs et la période estivale). Cette semaine, aucune région qui borde le Saint-Laurent n'a été épargnée! Pendant quatre à sept jours consécutifs, cette masse nuageuse, qui touchait la surface de l'eau et s'élevait jusqu'à 200 à 300 mètres d'altitude, a limité les sorties et les observations de l'estuaire et du golfe, jusqu'aux îles de la Madeleine et en Gaspésie. Si l'Ouest du Québec était animé d'un système dépressionnaire, l'Est s'est vu doté d'un vaste champ de hautes pressions d'une grande stabilité. L'absence de vent et de circulation atmosphérique a emprisonné l'humidité et favorisé la persistance de ce brouillard marin généralisé… jusqu'à ce que les vents du secteur Nord et Ouest finissent par tout balayer… ou presque. Ouf! Petite précision du météorologiste: on parle de brouillard quand la visibilité horizontale est inférieure à un kilomètre et de brume quand on peut voir au-delà.

    … mais les baleines sont encore là!

    Même si les baleines sont difficiles à trouver ou même invisibles, les observateurs à l'affût des souffles ont su profiter de chaque petite déchirure dans le nuage. De la berge, les petits rorquals ont pu être observés près du rivage à Gallix, avec plusieurs espèces de canards marins. Les Gaspésiens, qui n'ont eu que quatre jours de brouillard, rapportent la présence de grands rorquals. En attendant de revoir l'horizon, notre observatrice de Pointe-des-Monts a compté et admiré tout près des roches les eiders dans leurs crèches.

    Le cachalot Tryphon au rendez-vous

    Mercredi 25 au matin, un fidèle observateur de la base de kayak située à l'anse à la Cave aux Escoumins a signalé au N° des observations exceptionnelles 418-235-1999 du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM) à Tadoussac la présence d'un cachalot. Un souffle oblique, une masse sombre avec une dorsale peu proéminente, le doute était faible. D'autant plus que la veille, il avait déjà été repéré, mais les conditions de vent fort n'avaient pas permis à l'équipe de recherche de le trouver. Avec cette fois-ci une mer calme, le BpJAM a pu rapidement se rendre sur la zone et localiser précisément le cachalot grâce au indications des naturalistes du Centre de découverte du milieu marin et de Cap-Bon-Désir, qui ont suivi ses déplacements ayant la tendance à s'orienter vers l'ouest. Les chercheurs ont pu l'identifier sur place, ce cachalot estival bien connu! Tryphon! C'est sa dixième visite depuis 1991. Tryphon a effectué des plongées de 25 à 40 minutes, avec des séquences respiratoires de 12 à 25 souffles. En fin d'après-midi, il était encore dans le secteur des Bergeronnes. Ouvrons l'œil, Tryphon ou même un autre peut revenir! Le 1er mai, un cachalot a été signalé au même endroit, sans avoir pu être identifié.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    3 juillet 2008, vol. 12 no24

    La migration des phoques du Groenland

    L'hiver dernier et encore ce printemps, on a pu les voir par groupes de plusieurs dizaines et même plusieurs centaines dans l'estuaire. Mais cette semaine, juste quelques individus épars pointent leurs moustaches et leur petite tête noire à la surface. Où sont-ils? En route vers le Groenland ! Au large de l'archipel de la Minganie, ils sont encore abondants : on nous rapporte entre 500 et un millier de phoques du Groenland, voire plus encore. Cette espèce de pinnipèdes, la plus nombreuse dans le Canada atlantique, est estimée à 5,5 millions d'individus. La population du Saint-Laurent se reproduit sur la glace dans le golfe entre la fin février et la mi-mars. En ce début d'été, ils rejoignent leur aire d'alimentation plus au nord, jusqu'à la limite des glaces, au Groenland. Rien d'étonnant pour cette espèce grégaire dont le nom latin Pagophilus groenlandicus veut dire « qui aime la glace ». Ces phoques se nourrissent essentiellement de capelans, de poissons de 10 à 20 cm, mais aussi de krill, crevettes et calmars.

    Des rorquals bleus et du krill en Gaspésie

    Parmi les grands rorquals qui fréquentent le secteur de Gaspé, les excursionnistes notent la présence de rorquals bleus. L'équipe volante de la Station de recherche des Îles Mingan (MICS), spécialisée dans l'étude et l'identification du plus grand des géants des mers, qui séjourne actuellement à Gaspé, a pu en identifier au moins une douzaine. On remarque beaucoup de krill près de la surface. Sous le terme krill, on regroupe plusieurs dizaines d'espèces de crustacés de quelques centimètres de longueur. C'est la nourriture de base des rorquals bleus qui peuvent en engouffrer de deux à quatre tonnes par jour.

    Les grands rorquals de l'estuaire

    Dans la région de l'estuaire et plus précisément à la tête du chenal Laurentien, les équipes de recherche sont à l'œuvre. Le GREMM a dénombré sept rorquals communs, dont une paire adulte/baleineau. Tic Tac Toe, la bien connue femelle rorqual à bosse, est arrivée dans le secteur de Tadoussac, avec son grand « X » comme marque d'identification, mais sans son jeune Aramis qui l'accompagnait l'an dernier et qui doit voler de ses propres nageoires.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    10 juillet 2008, vol. 12 no25

    Des rorquals bleus en mouvement

    Dix rorquals bleus sont présents en Gaspésie, se déplaçant beaucoup entre L'Anse-à-Valleau et l'île Bonaventure. C'est grâce à la photo-identification de ces individus et la présence quotidienne de l'équipe volante de la Station de recherche des îles Mingan (MICS) que l'on peut effectuer un suivi de ces individus. Spécialisée dans l'étude du plus grand mammifère au monde dont la taille moyenne se situe entre 20 et 25 mètres, cette station basée à Longue-Pointe-de-Mingan envoie chaque année une équipe pendant une partie de la saison estivale dans cette région. Une paire adulte/baleineau a été également repérée, mais les photos sont en cours d'analyse, et les chercheurs ne peuvent pas encore dire s'il s'agit d'un nouveau baleineau ou du 17e photographié dans le Saint-Laurent depuis 1979, dans l'estuaire il y a quelques semaines. L'information est importante pour cette espèce en voie de disparition qui peine à se rétablir de l'épuisement de ses stocks dû à la chasse commerciale du passé.

    Effervescence chez les rorquals communs

    À la pointe Ouest de l'île d'Anticosti, d'une heure et demie d'observation près d'une dizaine de rorquals communs, voici ce qu'un de nos fidèles observateurs nous rapporte: ils sont regroupés, leur nage rapide et dynamique, et semblent interagir entre eux. Pendant leur fréquence respiratoire, ils s'immergent sous la surface dans un mouvement puissant et leurs têtes s'entourent d'écume et d'éclaboussures. L'un d'eux effectue un saut hors de l'eau près du bateau. Parmi les grands rorquals, ce type de comportement est bien typique de ce deuxième géant de la mer après le rorqual bleu, surtout lorsqu'il se tient en groupe serré. Son corps longiligne aux lignes tendues lui vaut le surnom de « lévrier des mers », et sa vitesse peut atteindre 45 km/heure lorsqu'il chasse. Dans les environs proches, de nombreux fous de Bassan tournoient au-dessus des flots et piquent dans les vagues. Tout cela indiquerait que la nourriture est abondante dans les parages.

    Pélican surprise dans l'estuaire

    Le 8 juillet, surprise pour les observateurs postés au Centre de découverte du milieu marin (CDMM) des Escoumins : un énorme oiseau blanc avec les ailes noires et un gros bec orange se pose sur l'eau après un vol plané. Un pélican blanc d'Amérique! Inusité sur la côte Est, cet oiseau niche sur les lacs et les rivières de l'ouest de l'Amérique du Nord. En période nuptiale, son bec s'orne d'un aileron, bien visible sur le spécimen observé dernièrement. D'autres mentions ces dernières semaines au Québec : à Mingan et au lac Saint-Jean.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    17 juillet 2008, vol. 12 no26

    Un sauvetage réussi, un cachalot et du capelan sur la Côte-Nord

    Le 12 juillet, au large de Blanc-Sablon, un rorqual à bosse empêtré dans un filet de pêche a été libéré par des agents des pêches de Pêches et Océans Canada, avec le concours d'un bateau de pêche. De petite taille (environ 8 m), il a pu retrouver la liberté de nager, mais si épuisé que les sauveteurs ont dû une deuxième fois s'en approcher pour dégager et couper le filet qui l'entravait. Le sauvetage a été coordonné par le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1 877-7baleine) qui avait fourni au préalable aux agents des pêches, comme à certains membres du réseau, une formation et du matériel nécessaires à ce type d'intervention. Le même jour, dans la baie des Anglais à Baie-Comeau, la présence d'un cachalot a été rapportée. S'agit-il de Tryphon, ce cachalot solitaire bien connu de l'estuaire, qui avait visité le secteur situé entre Les Escoumins et Les Bergeronnes pendant trois jours à la fin juin, et qui s'en retournerait vers le golfe et l'Atlantique? Après le premier épisode de fraie qui s'est déroulé de la mi-mai à la mi-juin, le capelan, ce petit poisson qui vit en bancs et vient pondre sur les plages, a roulé dans les vagues entre Longue-Pointe-de-Mingan et Mingan. « Il y avait de la bouffe pour du monde! », nous dit un observateur de la Station de Recherche des Îles Mingan (MICS): une cinquantaine de fous de Bassan ont profité de l'aubaine, comme certains petits rorquals qui se sont approchés à moins d'un mille marin de la rive.

    Du haut de ses 150 ans, le phare compte les grands souffles

    En Gaspésie, des grands rorquals croisent au large du phare de Cap-des-Rosiers, notamment des petits rorquals et des rorquals à bosse, qui ont attiré l'attention par leurs sauts (breachs en anglais). Ce phare érigé en 1858, le plus haut du Canada avec 34,1 mètres, fêtera ses 150 ans en fin de semaine. Avec ses murs blancs en marbre et sa lumière située à 41,5 mètres au-dessus du niveau de la mer, cette sentinelle du golfe est classée monument historique depuis 1977 et constitue toujours une aide à la navigation. Parmi les six rorquals à bosse observés, Irisept, Saint-Laurent, ainsi que les femelles Quill et Fleuret accompagnées chacune d'un baleineau ont pu être identifiés d'après le catalogue du MICS qui compte 710 individus pour le Saint-Laurent. La photo-identification de cette espèce de baleine à fanons se fait à partir de la pigmentation du dessous de la nageoire caudale, qui apparaît de manière quasi systématique lors de la plongée vers le fond de l'animal. Nombreuse dans le monde et facile à identifier, cette espèce a été la première à être étudiée en milieu naturel et les connaissances ont rapidement progressé au cours des dernières années. Les rorquals à bosse quitteront le Saint-Laurent à la fin de l'automne pour effectuer une migration de 5 500 km et rejoindre leur site de reproduction dans les Caraïbes.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    24 juillet 2008, vol. 12 no27

    Variations dans les habitats et le garde-manger des cétacés

    De l'estuaire maritime au golfe, le Saint-Laurent constitue un vaste territoire dans lequel plusieurs espèces de mammifères marins viennent chercher leur nourriture en période estivale. Mais les proies se concentrent dans des secteurs où plusieurs facteurs créent leur accumulation: les courants, les fronts thermiques, le relief sous-marin et les remontées d'eaux froides. Si des secteurs constituent d'année en année un habitat saisonnier privilégié, des variations peuvent être observées. Les cétacés vont là où la nourriture se trouve, et se déplacent en même temps qu'elle. Cette semaine, une douzaine de rorquals communs, de nombreux petits rorquals et un rorqual à bosse se tiennent à sept milles marins au large des Bergeronnes, au niveau de la falaise sous-marine qui borde le chenal Laurentien au sud. Faits inhabituels: à l'est de la pointe des Monts, dans une zone de faible profondeur, cinq rorquals communs, des petits rorquals et des fous de Bassan s'alimentent dans les bancs de lançons; sur la rive Sud à Sainte-Anne-des-Monts, deux rorquals communs et six petits rorquals évoluent près de la côte. En Minganie, une cinquantaine de rorquals communs se rassemblent au nord de l'île d'Anticosti, dont une bonne douzaine de paires mère/baleineau. Du côté de la Gaspésie, le nombre de grands rorquals a légèrement diminué par rapport à ce qui était observé depuis la fin juin. À Gaspé, ils se concentrent au large du cap des Rosiers, où les bateaux d'excursion voient se dessiner sur l'écran numérique de leur sondeur des nuages de krill et de poissons.

    Petites et grosses baleines à dents

    Marsouin commun, dauphin à flancs blancs et cachalot ont en commun leur appartenance au groupe des cétacés à dents ou odontocètes. Leurs dents leur servent à attraper leurs proies sans les broyer, l'estomac faisant le travail de la digestion. Le plus petit, le marsouin commun avec 1,50 m de longueur, porte des dents spatulées. On le trouve un peu partout sur la Côte-Nord, en groupes de quatre à cinq adultes avec la plupart du temps au moins un jeune, comme le rapporte un observateur de Portneuf-sur-Mer. Rien d'étonnant pour cette étonnante petite baleine très productive, qui peut mettre bas chaque année et allaiter son petit en même temps qu'elle porte déjà dans son ventre un nouveau fœtus. Les dauphins à flancs blancs font voler au-dessus des flots leurs couleurs (gris, blanc, jaune) dans l'archipel de Mingan. Un cachalot, identifié comme étant Tryphon dans la moitié des cas, a été repéré par son souffle oblique et puissant à Baie-Comeau, aux Escoumins et Bergeronnes et au large de l'île Verte sur la rive Sud. Le mythique Moby Dick du roman d'Herman Melville est le plus grand de tous avec une taille moyenne de 11 à 15 mètres et des dents d'une dizaine de centimètres de hauteur. D'ailleurs, on peut en prendre véritablement la mesure au Centre d'interprétation sur les mammifères marins (CIMM) à Tadoussac: un squelette de cachalot y est exposé à l'extérieur, en visite libre.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    31 juillet 2008, vol. 12 no28

    Les bleues du Saint-Laurent

    Cet animal mythique, le plus gros de la planète, a été repéré dans l'estuaire du Saint-Laurent et en Gaspésie cette semaine. Au Canada Atlantique, les rorquals bleus seraient moins de 250 individus matures, et l'on a recensé moins de 20 jeunes au cours des 30 ans de recherche du MICS, le groupe dédié à cette espèce dans le Saint-Laurent. Une nouvelle encourageante : des chercheurs ont remarqué que les mâles de toute la planète auraient maintenant un chant plus grave et moins fort, et attribuent cet étonnant changement à une augmentation de la population. Signe des temps? Nos collaborateurs gaspésiens auraient revu cette semaine la mère et son jeune identifiés au début juillet par le MICS. Mais il faudra encore beaucoup de temps pour conclure au rétablissement de cette espèce décimée par la chasse. Il resterait aujourd'hui moins de 5 000 de ces géants dans le monde.

    L'autre côté du miroir

    Une baleine, c'est encore plus discret qu'un iceberg : non seulement on ne voit qu'une petite partie de son corps en surface, mais elle passe environ 90 % de son temps loin des regards, en profondeur. Pourtant, les observateurs assidus relèvent des indices permettant de deviner l'activité dans laquelle elle est engagée. Quelques respirations, la baleine plonge, puis reparaît beaucoup plus loin : elle est en déplacement vers un site plus propice pour l'alimentation. La baleine plonge quelques minutes puis refait surface à proximité, son comportement régulier pendant une longue période : elle a probablement trouvé une source de nourriture intéressante en profondeur, banc de krill ou de poissons. Des manœuvres énergiques, un corps qui roule, une tête qui surgit de l'onde avec l'eau qui s'écoule des lèvres de l'animal : la nourriture n'est pas loin de la surface et l'on assiste aux stratégies de chasse. En Gaspésie ou le long de la Côte-Nord, nos collaborateurs y vont de leurs interprétations pour décrire les rorquals communs, les rorquals bleus ou les petits rorquals observés cette semaine. Une façon de passer, un peu, de l'autre côté du miroir…

    Un jeune visiteur à Québec

    Le 400e de la ville aurait-il attiré ce jeune visiteur? Un phoque barbu juvénile a maraudé dans le Yacht-Club de Québec le 30 juillet. Il cherchait à se hisser dans les bateaux, et ses grosses griffes auraient même endommagé un pneumatique. L’équipe du Parc Aquarium du Québec a capturé l’animal perdu, évalué son état de santé, pris divers échantillons pour des équipes scientifiques et procédé, en collaboration avec le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, à sa relocalisation en eau froide et salée, un milieu plus propice pour cet animal des mers arctiques. Souhaitons-lui un bon retour chez lui! Les organismes mentionnés font partie du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, qu’on rejoint au numéro central 1 877 7baleine.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    7 août 2008, vol. 12 no29

    Le MICS fête ses 30 ans

    Une centaine de personnes invitées ont célébré les 30 années d'existence de la Station de recherche des îles Mingan (MICS). La fête a rassemblé beaucoup de ceux qui ont contribué depuis trois décennies au fonctionnement et au développement de la station: résidants du village et de la région, commanditaires, donateurs, chercheurs, membres d'équipe et amis fidèles. Fondé en 1979 par Richard Sears, cet organisme à but non lucratif poursuit une double mission d'étude scientifique et de conservation des mammifères marins ainsi que de sensibilisation auprès du public. Ses recherches se portent plus particulièrement sur le rorqual bleu, une espèce en voie disparition dans le Canada atlantique, pour lequel son fondateur a développé une technique de photo-identification à partir du patron de pigmentation de sa peau. Pour financer ses activités de recherche, le MICS propose des stages au sein de l'équipe de chercheurs et des sorties à la journée dans la principale zone d'étude au large de l'archipel de Mingan, dans la péninsule gaspésienne et en mer de Cortez en Basse-Californie (Mexique) pendant l' hiver. En effet, si la station avec son centre d'interprétation inauguré en 1992 est basée à Longue-Pointe-de-Mingan, ses équipes se déplacent dans plusieurs régions du Saint-Laurent, dans la mer de Cortez, mais aussi en Europe, aux États-Unis et en Australie. Souhaitons longue vie à Richard Sears, son équipe et sa station, ainsi qu'aux cétacés qu'ils chérissent et protègent!

    17 carcasses de mammifères marins

    En seulement sept jours, dix-sept cas de carcasses de mammifères marins échouées sur les deux rives du Saint-Laurent ou à la dérive ont été signalés au centre d'appel du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1877-7baleine). Neuf phoques, cinq marsouins communs, un petit rorqual, un globicéphale et un béluga nouveau-né ont été trouvés par des résidants ou vacanciers, ces signalements se répartissant sur l'ensemble du territoire marin québécois. Les coups de vent successifs du secteur Est, les fortes vagues et le grand nombre de personnes en promenade sur les berges sont autant de facteurs cumulés qui peuvent expliquer la plus grande probabilité de retrouver les carcasses sur les rives. Selon leur état, elles peuvent être échantillonnées ou nécropsiées à des fins de recherche scientifique, enterrées dans des sites d'enfouissement ou des squelettes peuvent être récupérés par des centres d'interprétation.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    14 août 2008, vol. 12 no30

    Deux espèces de dauphins

    Ils sont rares les dauphins à nez blanc à venir visiter l'estuaire. Quelques mentions seulement en vingt ans et les plus récentes datent de 2005 et 2000. Un petit groupe de quatre a été observé par un excursionniste de Portneuf-sur-mer. Pas de doute pour lui, il a eu le temps de les examiner tout à loisir puisqu'ils marsouinaient sur la vague de sillage de son pneumatique. Les dauphins à nez blanc sont plus nombreux dans la partie nord du golfe du Saint-Laurent. C'est de la timonerie du traversier qui assure la liaison entre Forestville et Rimouski que l'équipage a repéré quatre dauphins à flancs blancs dans le secteur de Rimouski. On les rencontre de manière occasionnelle dans l'estuaire et plus souvent dans la partie Sud du golfe, notamment en Gaspésie où actuellement ils se font attendre. Mais, au fait, qu'est-ce qui différencie ces deux espèces de dauphins de l'Atlantique Nord? Le dauphin à nez blanc est un peu plus grand, son corps plus robuste et massif. Si le bout de son nez blanc n'est pas toujours facile à voir, l'absence de couleur jaune sur ses flancs permet de le distinguer du dauphin à flancs blancs.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    21 août 2008, vol. 12 no31

    Marée rouge d'algues toxiques: évolution de la situation

    Si le nombre de signalements s'est réduit en fin de semaine, le bilan en date du 19 août s'élève à plusieurs milliers d'oiseaux, des poissons, 35 phoques, sept marsouins communs et neuf bélugas, qui ont été trouvés morts dans le secteur de Tadoussac, puis de la rive Sud (entre Sainte-Flavie et Rimouski). Ce nombre est important en si peu de temps, la moyenne annuelle des mortalités de bélugas se situant aux environs d'une quinzaine. L'intoxication de ces animaux provoquée par l'ingestion d'une algue toxique (Alexandrium tamrense), actuellement en période de floraison d'une ampleur inhabituelle, semble être l'hypothèse la plus plausible. Mais les premiers résultats des analyses de l'eau et les nécropsies des carcasses ne permettent pas encore d'établir un lien formel entre ces deux événements, ni d'exclure d'autres causes. La marée rouge, qui forme une nappe de 5 à 10 km de large et de 60 km de long, se trouvait au large de Matane le 17, à Sainte-Anne-des-Monts le 19, et devrait se déplacer vers l'est et la Gaspésie. Toutes les zones de pêche aux myes sont fermées jusqu'à la baie des Chaleurs. Un nouveau commmuniqué de presse gouvernemental est à paraître en fin de semaine et un avis aux stations aquicoles de la Gaspésie sera émis. Pour signaler une carcasse ou un comportement inhabituel de mammifère marin, composez 1-877 7baleine. Les agents et membres du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins ainsi que les scientifiques sont fortement mobilisés pour effectuer les nécropsies et les échantillonnages des carcasses, qui permettront de poursuivre les analyses en cours.

    À chaque région son espèce vedette

    Depuis le début de la saison, les rorquals bleus sont attendus, recherchés sur l'ensemble de la rive Nord du Saint-Laurent. Un petit nombre d'observations mentionnent une brève visite de ce géant solitaire (notamment aux Escoumins, à Portneuf-sur-Mer et Pointe-des-Monts), le plus grand des grands rorquals, ces baleines à plis ventraux qui se nourrissent de petits crustacés longs de quelques petits centimètres. Gardons espoir! La fin d'été est traditionnellement plus propice à la venue de ces mastodontes au mouvement de nage majestueux. Mais rorquals communs, petits rorquals et rorquals à bosse se partagent la vedette de Tadoussac à l'île d'Anticosti. Des observateurs chevronnés de Franquelin ont vu de leur chalet et à travers leurs jumelles, à deux milles marins de la côte, trois souffles obliques et puissants, typiques des cachalots, rythmant une séquence respiratoire d'une trentaine de minutes avant de disparaître en direction de l'est. En Gaspésie, les rorquals bleus sont encore présents quotidiennement, et même dans la baie de Gaspé, ce qui facilite bien le travail des excursionnistes qui n'ont pas à affronter les vagues générées par le vent d'ouest installé depuis quelques jours. Quant à Pi-rat, le jeune rorqual à bosse qui a visité rapidement l'estuaire en juillet, il a été identifié le 14 août à Percé. Ainsi, tout est possible avec ces mammifères marins nomades qui peuvent parcourir des longues distances, et la carte des observations peut encore changer dans les prochaines semaines.

    Pour plus de détails sur la floraison d'algues toxiques, lisez baleinesendirect.net

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    28 août 2008, vol. 12 no32

    Ça saute sur la Côte-Nord…

    Quand la chaîne alimentaire est en action près de la surface, cela se voit! À Portneuf-sur-Mer, les lançons sont observés par les pêcheurs et les excursionnistes. Ce poisson élancé, qui porte bien son nom, s'enterre dans le sable ou le gravier pour se reposer entre les périodes d'alimentation. Il se nourrit principalement le jour, de copépodes, des crustacés planctoniques dont la taille ne dépasse pas 10 mm. Les lançons vivent en bancs et sont chassés par les oiseaux qui viennent piquer les flots pour les capturer, et par les petits rorquals qui les engouffrent, montrant leur bedaine rose et leur gorge déployée. « Mais il y a aussi du krill », nous dit-on. Ce petit crustacé à l'allure d'une crevette, qui vit en bancs lui aussi, est la diète favorite du rorqual bleu, dont deux individus ont été observés dans le secteur. Les lançons seraient aussi présents dans le bas de la rivière Portneuf, car « ça saute et ça frétille en surface ». Plus à l'ouest, entre Les Bergeronnes et Tadoussac, le krill abonde et bondit en surface au cap de Granite, rougeoyant les flots. Un festin pour les deux rorquals à bosse des parages.

    … et ça vole en Gaspésie!

    Ils bondissent au-dessus des vagues, cabriolent et sautent parfois. Par groupes de 20, 30 et 50, ils sont estimés à au moins trois cents. On les voit à l'entrée de la baie de Gaspé et tout près de l'île Bonaventure, au sud-est de Percé. Ils étaient attendus depuis quelques semaines, car traditionnellement ils arrivent en Gaspésie début août. En été, ils remontent vers des plus hautes latitudes et se rapprochent des côtes. Le reste de l'année, leur aire de distribution se situe le long de la côte Est des États-Unis jusqu'au niveau de New York. Ce sont les dauphins à flancs blancs, des nageurs rapides, toniques et puissants, qui pèsent entre 180 et 230 kg et font défiler leur palette de couleurs: blanc, gris, noir, et jaune maïs.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    4 septembre 2008, vol. 12 no33

    L'été s'étire

    Le beau temps réjouit nos observateurs, qui rapportent la présence de nombreuses baleines. La carte parle d'elle-même! À souligner : les grands rassemblements de dauphins en Gaspésie et en Minganie, de marsouins communs près d'Anticosti et de phoques gris aux îles de la Madeleine et dans l'estuaire du Saint-Laurent, près de l'île Rouge. Un poisson-lune en Gaspésie et un requin pèlerin et deux tortues luth en Minganie ont surpris nos collaborateurs.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    18 septembre 2008, vol. 12 no34

    Des géants ça et là

    Ils sont partout, parfois en groupe, parfois seuls, ils varient de 10 à 100 tonnes, certains montrent la queue, d'autres les pectorales, d'autres leur ventre, d'autres leur gueule grande ouverte avec les fanons dégoulinants, parfois leur corps en entier en bondissant hors de l'eau, ils ont moins d'un an, d'autres probablement plus de cinquante. Les baleines, ces géants des mers, sont dispersées ça et là, de Tadoussac à la Gaspésie. La tête du chenal Laurentien est fréquentée par près d'une vingtaine de rorquals communs, dont deux couples mère/baleineau.

    Dans le secteur de Franquelin, ce sont surtout les petits rorquals qui évoluent près des côtes, des géants d'environ 6 à 9 mètres pour une dizaine de tonne. Un d'eux était petit, accompagnant un plus grand.

    En Minganie, dans le secteur de Puyjalon, ce sont une trentaine de rorquals à bosse qui sont observés par l'équipe du MICS en plus d'une dizaine de rorquals communs. On a là près de 1 000 tonnes de baleines! Puis en Gaspésie, dans le secteur de Gaspé et Percé, les plus grands des géants sillonnent le secteur, ils sont environ cinq rorquals bleus, et il y aurait près d'une dizaine de rorquals à bosse.

    Quand les vents ne sont pas trop intenses et que les vagues ne retiennent pas les bateaux à quai, le paysage du Saint-Laurent est littéralement bondé de géants.

    Les cochons de mer envahissent le Saint-Laurent!

    « J'en ai jamais vu autant! » s'exclame un excursionniste de Forestville. Et il semble que ce soit unanime : les marsouins communs sont en grand nombre partout dans le Saint-Laurent. Cette baleine à dents d'à peine 1,5 mètre, est connue depuis l'Antiquité; les Romains l'appelait porcinus piscus, ou « porc-poisson ». Le surnom « cochon de mer » serait issu surtout de son nom « marsouin » (mar signifie mer, soin pour suus, c'est-à-dire cochon). Son nom serait peut-être issu de son souffle particulièrement sonore.

    Le marsouin commun est une espèce généralement côtière. Son aire de distribution se limite aux eaux froides tempérées de l'Hémisphère Nord, inférieures à 150C. Ses habitats sont les eaux peu profondes des estuaires, des baies et des canaux, et il fréquente très rarement les régions où la profondeur dépasse 200 mètres. On le retrouve souvent donc aux alentours des ports, d'où son nom anglais : harbour porpoise.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    25 septembre 2008, vol. 12 no35

    Un phoque bien déterminé

    Le 30 juillet, un phoque barbu, une espèce typiquement Arctique, s'était retrouvé au Yatch-Club de Québec, à Sillery, se hissant sur les embarcations et entravant le passage des plaisanciers à leur bateau. Les spécialistes des mammifères marins avaient convenu qu'il fallait relocaliser cet animal en bonne santé, dans un environnement qui ressemblait à son habitat « normal »; il avait alors été relâché au large de Tadoussac, une intervention complexe.

    Le 18 septembre dernier, les plaisanciers de la marina Yatch-Club ont rapporté à nouveau au Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, la présence d'un phoque qui se baladait entre et sur les pontons. Une situation presque habituelle maintenant, puisque cette marina a été choisie par plusieurs jeunes phoques depuis quelques années, surtout des « dos bleu » (jeune phoque à capuchon) en 2006. Lorsque les premières photos sont parvenues au Centre d'appels du Réseau le 24 septembre, l'étonnement fut total : le phoque barbu relâché à Tadoussac était de retour, deux mois plus tard, à la même marina, sur le même ponton !!

    Pour l'instant, le phoque se promène dans l'eau aux alentours de la marina, mais ne pose pas de véritable problème. De la sensibilisation a été faite afin que personne ne tente de le toucher, afin d'éviter morsures et transmission de maladies. La situation est suivie de près; reste à espérer qu'il abandonnera l'idée de s'établir à Québec et qu'il retrouvera le chemin vers le Nord !

    Le 18 septembre dernier, le Yatch-Club de Québec a rapporté la présence d'un phoque, au même endroit que le 30 juillet dernier.

    La photo-identification est un projet qui permet de suivre les déplacements, l'organisation sociale et les comportements des baleines. Les rorquals à bosse sont des animaux facilement identifiables avec leur patron de coloration sur la face ventrale de leur queue, l'agencement de blanc et de noir révèlant souvent en un clin d'œil leur identité. Avec des échanges d'informations entre différents organismes de recherche et croisiéristes, on peut suivre la trace de ces animaux durant la saison : Pi-rat, qui était dans le secteur de Tadoussac pour quelques jours à peine au début juillet, a passé les dernières semaines d'août dans le secteur de Forillon, en Gaspésie. Siam a aussi été vu dans les derniers jours en Gaspésie, après avoir passé le début de la saison en Minganie. Splish, qui en avait mis plein la vue dans la baie de Gaspé au début septembre avec ses comportements spectaculaires, a maintenant descendu le golfe jusqu'à Anticosti. Que de mouvements dans le Saint-Laurent !

    Paradis de la bleue

    Jeudi matin, deux rorquals bleus montraient la queue et étaient même visibles de la côte. On en rapportait au moins cinq entre Forillon et Percé. À Portneuf-sur-Mer, un individu va et vient et l'équipe de recherche du GREMM a aussi repéré le souffle d'un de ces géants au large des Escoumins ce mercredi. Les rorquals bleus du Saint-Laurent font partie de la population de l'Atlantique Nord estimée entre 600 et 1 500 individus et classé en voie de disparition. Chaque observation est donc un privilège immense à savourer; l'enthousiasme des opérateurs de croisières de la Gaspésie le traduit très bien d'ailleurs.

    Pour plus de détails sur les observations de mammifères marins dans l'estuaire, lisez Portrait de baleines jusqu'à la fin septembre. www.portraitdebaleines.net

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    2 octobre 2008, vol. 12 no36

    Grandioses rorquals

    Cette fin de semaine, ils étaient au moins 30 rorquals communs à la tête du chenal Laurentien, un nombre impressionnant qui n'a pas été compté souvent dans les dernières années pour l'estuaire. On raconte qu'un groupe de 21 puis un de 14 ont été vus dans le secteur du phare du haut Fond-Prince. Un fervent observateur rapportait, les yeux brillants : « nous étions dans la brume, et les souffles étaient si forts qu'on aurait dit des coups de canons. Quand le 14e animal soufflait, le premier recommençait, ça n'arrêtait plus… ». Ils se déplaçaient de façon dynamique, tel de grands conquérants, traçant des U à la surface de l'eau, probablement en chasse.

    Le lendemain, ils étaient moins nombreux, mais non moins impressionnants. Le temps gris aurait influencé la migration journalière du krill, ce crustacé recherché par les baleines, puisqu'il était visible en surface, frétillant lors des attaques des rorquals communs. Ces mastodontes de plus de 40 tonnes s'élançaient hors de l'eau, gueule grande ouverte. Parfois, ils glissaient sur le côté, pointant leur nageoire pectorale et un lobe de leur nageoire caudale vers le ciel, parfois, ils sortaient complètement la tête hors de l'eau, les sillons ventraux dépliés, la bouche gorgée d'eau prête à être filtrée par les fanons. On pouvait voir ces engouffreurs s'empiffrer à partir des Dunes de Tadoussac, en fin de journée. Des scènes mémorables.

    L'équipe de la Station de recherche des îles Mingan, le MICS, a aussi vécu une journée extraordinaire samedi : 38 rorquals à bosse ont été photo-identifiés en cinq heures de travail! De ces animaux, trois individus n'avaient pas encore été vus cette saison. Une journée fascinante pour clore une saison terrain bien chargée. Pour consulter leur journal de la saison, consulter le site Internet du MICS www.rorqual.com.

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    9 octobre 2008, vol. 12 no37

    L'automne et le Saint-Laurent

    Une autre page s'apprête à être tournée, dans le livre des « saisons touristiques sur le Saint-Laurent ». En Gaspésie, certains bateaux ont été remisés pour l'hiver, et la météo difficile cloue parfois les autres au quai. Dans l'estuaire du Saint-Laurent, les excursionnistes naviguent encore pour quelques semaines. On peut avoir tendance à penser que la « vie » se fait moins présente dans les eaux du majestueux Saint-Laurent, mais il n'en est rien; les gens de la mer migrent souvent bien plus tôt que les géants de la mer.

    En Gaspésie, des rorquals bleus et des rorquals à bosse ont fait la joie des croisiéristes. Entre Tadoussac et Les Escoumins, une dizaine de rorquals communs profitent toujours de la richesse de nourriture présente à la tête du chenal Laurentien. Les marsouins communs, les petits rorquals, les bélugas jeunes et adultes et les phoques gris et communs sont aussi présents, par dizaines.

    Un trio de rorquals à bosse a captivé des capitaines et observateurs au large de l'île Verte mercredi matin; Aramis, « Perséïdes » et Tic Tac Toe se déplaçaient ensemble. Cette dernière avait été vue plus tôt cette saison, soit quelques jours au début juillet. Aramis est son premier baleineau. Ils étaient ensemble au cours de l'été 2007, et se sont probablement séparés au cours de l'hiver suivant, lors de leur séjour dans le Sud. Le fait qu'Aramis ait passé une bonne partie de l'été 2008 dans l'estuaire reflète un comportement largement répandu chez cette espèce : les baleineaux reviennent dans l'aire d'alimentation choisie par leur mère lors de leur premier été de vie. Les recherches sur le rorqual à bosse nous révèlent qu'il s' agit d'une espèce grégaire, formant volontiers des groupes, mais au sein desquels les associations fluctuent beaucoup. Les jeunes, une fois sevrés, n'ont pas tendance à être vus plus souvent avec leur mère qu'avec d'autres adultes.

    L'automne demeure un excellent moment de l'année pour découvrir ces animaux fascinants, de la terre, ou sur la mer. Sans parler des couleurs vivifiantes que le paysage revêt et de la lumière qui enveloppe les villages et les côtes. Des richesses qu'il faut savourer pendant qu'elles y sont, jusqu'à ce que d'autres viennent les remplacer!

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    16 octobre 2008, vol. 12 no38

    D'un extrême à l'autre

    On passe d'un extrême à l'autre dans le Saint-Laurent ces derniers jours! Les observateurs se font rares dans l'ensemble du golfe, mais on rapporte quand même huit rorquals bleus dans la baie de Gaspé, observés le lundi 13 octobre à partir de la côte. Pendant que cette espèce abonde en Gaspésie, elle semble complètement absente de l'estuaire.

    Tôt lundi matin, le rorqual à bosse « Perséïdes », qui fréquente le secteur entre Tadoussac et Les Bergeronnes depuis le mois d'août, somnolait paisiblement à l'entrée de la baie de Bon-Désir. Il est resté en surface, pendant près de 45 minutes, soufflant à intervalle régulier, assez fort pour que nos observateurs en bordure de la baie ferme leurs fenêtres histoire d'avoir un peu de calme! Dans l'après-midi, c'est devant le cap de Bon-Désir que ce mastodonte a continué sa sieste. Une fois réveillé, il a fait le bonheur de l'équipe en poste sur le cap qui en était à sa dernière journée de la saison : « Perséïdes » a sondé, dressant lentement et à quelques mètres des rochers, sa queue majestueuse, révélant enfin son identité à ceux qui l'avaient contemplé cette journée.

    Pendant que certains se reposent, d'autres sont des plus actifs. On rapportait une quinzaine de rorquals communs dans le secteur de l'île