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Archives Les nouvelles du large 2005Les nouvelles du large : une compilation hebdomadaire des observations de baleines dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Merci à tous les collaborateurs du réseau dobservation ! Voici tous les bulletins hebdomadaires de 2005. Consultez-les pour vous faire une idée des observations possibles dans le Saint-Laurent, selon les saisons et les années. Vous pouvez aussi vous renseigner sur des sujets précis en utilisant la fonction " rechercher " du menu " édition " de votre fureteur (Exemple : recherchez le mot " dauphin " pour savoir où et quand le réseau dobservation a repéré des dauphins). Consultez aussi les archives des nouvelles du large de
1999, de 2000,
de 2001, de 2002,
de 2003et de 2004.
13 janvier 2005, vol. 9 no 1 Un Noël blanc Les vux de Noël blanc se sont réalisés pour plusieurs observateurs alors que plusieurs petits groupes de bélugas ont été repérés à lembouchure du Saguenay et dans la baie de Tadoussac, le 27 décembre et le 3 janvier respectivement. Encore le 12 janvier, une dizaine de bélugas nageaient en bordure de la batture aux Alouettes, à lembouchure du Saguenay. Plusieurs petits groupes de bélugas ont aussi été repérés à la hauteur des Escoumins. Les quelques blocs de glace dérivant dans ces secteurs ne semblent pas décourager ces baleines blanches, bien adaptées aux conditions arctiques. Au fil de lhiver, ces retardataires se déplaceront probablement vers laval, et rejoindront le reste de la population du Saint-Laurent. Les grandes baleines On rapporte plusieurs observations de grands cétacés pendant les Fêtes dans diverses régions du Saint-Laurent. Un chasseur de phoques des Escoumins a noté trois rorquals bleus au large du quai des Pilotes le 24 décembre. Cette observation recoupe celle dune visiteuse de Sept-Îles qui a vu deux rorquals bleus dans le même secteur laprès-midi de ce même jour. Lune de ces baleines montrait la queue à chacune de ses plongées. Notre observatrice de Percé a compté une dizaine de souffles de grandes baleines les 28 et 29 décembre près de lîle Bonaventure. Ces baleines étaient trop éloignées pour quelle puisse identifier lespèce avec certitude, mais elle pense quil sagissait de rorquals communs ou de rorquals bleus. Par ailleurs, deux rorquals bleus ont été vus nageant rapidement entre le rocher Percé et lîle Bonaventure. Malheureusement, la glace a maintenant envahi tout le secteur de Percé, rendant les observations de terre bien improbable pour le reste de lhiver. 20 janvier 2005, vol. 9 no 2 En quête de signes de vie Ce qui frappe le plus quand on regarde la mer à cette époque de lannée, cest la cruelle rigueur des conditions climatiques. Le vent glacial souffle de denses panaches de " fumée de mer " (un brouillard qui sélève de la surface de leau libre quand le mercure descend sous les -20° C) en travers des moutons et des icebergs miniatures. Les êtres vivants se font rares ou sont simplement difficiles à repérer dans cet environnement magnifiquement désolé. La navette MataneGodbout, assuré par le traversier Camille Marcoux, na pas été de tout repos au cours de la semaine. Il a même fallu annuler la traversée lors dune journée particulièrement venteuse. Le capitaine rapporte navoir rien vu dautre que de la glace bouger à la surface de leau. En voilà! Un béluga solitaire a été repéré nageant vers lamont par une passagère du traversier TadoussacBaie-Sainte-Catherine, ce samedi 15 janvier. Vendredi, samedi et dimanche derniers, un chasseur de phoques des Escoumins a observé dimmenses mouvées de 3000 à 4000 phoques du Groenland faire bouillonner leau à moins dun kilomètre de la rive. Malheureusement, le temps froid et les vents forts ont rendu les observations difficiles depuis. Comme leau sur le dos dun canard Le 18 janvier, après avoir scruté en vain lhorizon pour des signes de vie à lembouchure du Saguenay, une observatrice a remarqué quatre canards noirs faisant le bouchon dans les vagues, à quelques mètres du littoral rocheux. Les volatiles cherchaient à sabriter du vent violent contre un affleurement escarpé. Ils plongeaient leur bec tantôt dans les plumes de leurs ailes, tantôt dans leau à la recherche de nourriture. Leur dos était couvert de glace. Brrr. 27 janvier 2005, vol. 9 no3 Froid? Tout est relatif Une résidante de Tadoussac se promenant sur la plage à marée basse a remarqué plusieurs petites créatures congelées dans la mince couche de glace recouvrant le sable. Un examen attentif a permis de confirmer que ces " petites crevettes " étaient en fait des spécimens de Themisto libellula, un crustacé de lArctique qui a envahi le Saint-Laurent ces dernières années. Un peu plus loin sur la plage, une bosse brun rougeâtre sest avérée être une méduse crinière de lion, elle aussi congelée. Un autre jour, une autre observatrice a repéré quelques oursins verts, gelés sur le sable laissé à découvert par une marée particulièrement basse. La température de leau dans ce tronçon de lestuaire se situe autour de 4°C toute lannée. Pour les touristes de lété y risquant un orteil, cest froid; pour la faune marine, la chaleur toute relative de ces eaux fait la différence entre la vie et la mort. Histoires de phoques La semaine dernière, un chasseur de phoque rapportait avoir vu des milliers de phoques du Groenland devant Les Escoumins. Malheureusement pour les chasseurs, le vent et le froid intense ont sévèrement limité leffort de chasse; en dépit de leur abondance, seuls 15 phoques du Groenland ont été abattus jusquà présent. La chasse aux phoques en Haute-Côte-Nord se pratique à petite échelle; la viande est consommée localement, alors que les peaux sont envoyées à une tannerie. Plusieurs chasseurs ont pris la mer dans de grandes chaloupes à moteurs mercredi matin, le 26 janvier, bravant un mercure de - 25°C et espérant une mer calme. Cependant, même sans vent, ils nont pu passer plus de quelques heures au large en raison du froid extrême. Ce nest certes pas un travail pour le poltron ou le frileux! 3 février 2005, vol. 9 no 4 Rorqual à la dérive Le dimanche 30 janvier, en après-midi, une résidante de Sainte-Luce-sur-Mer (à l’est de Rimouski) a informé le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (1-877-7baleine) de la présence d’une énorme masse noire, lignée d’un côté, et coincée dans un amoncellement de blocs de glaces à environ 1,5 km de la rive. Des goélands la survolaient. Cette description laissait croire qu’il s’agissait probablement de la carcasse gonflée d’un rorqual, mais impossible de déterminer l’espèce avec plus de précision. Au cours des jours suivants, une équipe de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML-MPO) a suivi la progression de la carcasse au gré des marées et du courant. Le mercredi 2 février, la masse les narguait, loin au large devant leurs bureaux de Mont-Joli. L’équipe a alors fait appel à des collègues de la Garde côtière, qui ont dirigé un hélicoptère de patrouille au-dessus de la carcasse. Des clichés numériques ont permis de confirmer qu’il s’agissait d’un rorqual bleu. Trois rorquals bleus avaient été aperçus la veille de Noël près des Escoumins le long de la Côte-Nord. Au fil des ans, des rorquals bleus ont régulièrement été signalés s’alimentant à la limite des glaces dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent pendant l’hiver. Il s’agit d’un comportement risqué, et il arrive parfois qu’un rorqual bleu périsse, coincé dans les glaces. Est-ce ce qui est arrivé à notre géant de cette semaine? C’est une possibilité, mais il est peu probable qu’on puisse un jour confirmer la cause de la mort. La carcasse continue son périple vers le golfe, où nous la perdrons sans doute de vue. 10 février 2005, vol. 9 no 5 Un visiteur de l’Arctique Le navire de la Garde côtière canadienne Sir John Franklin a été rebaptisé le NGCC Amundsen le 13 septembre 2003, en l’honneur du grand explorateur polaire norvégien Roald Amundsen. Son nouveau nom s’accompagne d’une double vocation de brise-glace et de recherche scientifique. Sa modernisation est impressionnante : il peut maintenant accueillir 46 scientifiques, qui ont à leur disposition plusieurs laboratoires spécialisés et un large éventail d’équipements scientifiques. Pendant sa première année de service, l’Amundsen a participé au programme CASES (Canadian Arctic Shelf Exchange Study), une étude internationale d’envergure sur les changements climatiques dans l’Arctique. Le brise-glace est dans le Saint-Laurent pour l’hiver, travaillant à nouveau à faciliter la navigation et à assurer la sécurité maritime. Cette semaine, il déglaçait un passage pour les cargos dans le Saguenay. La semaine prochaine, il se rendra dans le secteur de Baie-Comeau—Matane pour relayer son sistership, le NGCC Des Groseilliers. Une seconde carcasse de baleine ? Un résidant de Sept-Îles a contacté le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins le vendredi 4 février après avoir vu un reportage télévisé sur la carcasse de rorqual bleu repérée le 30 janvier près de Rimouski. Il réalisait qu’il avait observé un objet très semblable le 29 janvier, à environ 4 milles marins au large de Sept-Îles. Des experts en modélisation de l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada) ont confirmé que les courants et les vents étaient telles que les deux masses ne pouvaient être la même; un objet flottant n’aurait pu parcourir une telle distance en si peu de temps. Les garde-côtes et les agents des pêches ont été mis en état d’alerte afin de localiser cet objet, qui s’est probablement déplacé vers l’aval, et confirmer sa nature. Pendant ce temps, la carcasse de Rimouski a poursuivi son chemin. Elle a été photographiée au large de Matane, sur la rive Sud, le 4 février, et a été vue devant Baie-Comeau, sur la rive Nord, le matin du 6 février. La découverte de deux carcasses de grandes baleines la même semaine pourrait n’être qu’une coïncidence. Toutefois, on demande aux observateurs d’être vigilants et de signaler rapidement toute observation de carcasse ou de baleine en détresse au 1-877-7baleine. 17 février 2005, vol. 9 no 6 Parlant de glace… Les récents bulletins des Nouvelles du large mentionnent systématiquement une réalité hivernale de notre milieu marin : la glace. Alors que certaines espèces de phoques dépendent d'une banquise solide pour assurer la mise bas et la croissance des nouveaux-nés de même que l'accouplement, les baleines doivent plutôt se méfier des mouvements et de l'amoncellement des blocs de glace, qui peuvent devenir un danger mortel (voir bulletin de la semaine dernière). Elles ne sont pas les seules à se préoccuper de cette menace : les capitaines et les pilotes de la marine marchande ont à faire face chaque jour aux conditions de glace changeantes lorsqu'ils naviguent l'hiver en eaux froides. Heureusement, dans le Saint-Laurent, le Service canadien des glaces publie quotidiennement un bulletin et des cartes détaillées des glaces, de précieux outils basés sur des données récoltées via des patrouilles aériennes et par bateau, de même que des images satellites. Comme toute science, cette spécialité a son jargon. Voici quelques termes utilisés dans les plus récents bulletins des glaces, de quoi vous donner une idée du type de glace de mer qu'on retrouve ces jours-ci dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Nouvelle glace : terme général s’appliquant à toute glace formée récemment par des cristaux encore faiblement soudés. Frasil : fines aiguilles ou plaquettes de glace en suspension dans l’eau. Nilas : couche de glace mince et élastique ondulant sous les vagues et la houle, peut atteindre 10 cm d’épaisseur. Glace grise : jeune glace de 10 à 15 cm d’épaisseur moins souple que le nilas et brisant sous l’effet de la houle. Glace blanchâtre : jeune glace de 15 à 30 cm d’épaisseur qui a tendace à faire des crêtes sous l’effet de la pression. Glace de première année : glace ayant au plus un hiver de croissance et dont l’épaisseur est d’au moins 30 cm. Brash (sarrasins) : accumulation de glaces flottantes composées de fragments qui n’ont pas plus de 2 m de largeur et qui proviennent de la destruction d’autres formes de glace. Banquise côtière : glace qui se forme et reste fixe le long de la côte. Lors de votre prochaine promenade hivernale aux abords du Saint-Laurent maritime, prenez le temps d'examiner la glace flottant à la surface ou fixée au rivage. Sa présence raconte une histoire de vents, de courants, de marées, de température et de salinité. Et tentez d'imaginer ce que ce doit être pour un mammifère marin ou un capitaine de cargo de naviguer parmi ces obstacles changeants. L'hiver est rempli de défi! 24 février 2005, vol. 9 no 7 Les pilotes de glace Cette semaine encore, tout est calme selon nos observateurs, à part un phoque par-ci par-là et la glace, partout, la glace. C’est pourquoi nous poursuivons dans cette édition notre reportage sur les conditions de glace et sur la façon dont les voyageurs du Saint-Laurent composent avec ces obstacles. Ceux qui vivent dans le nord de l’Amérique du Nord le savent trop bien, les conditions routières peuvent être extrêmement dangereuses en hiver. C’est pourquoi on consulte généralement des bulletins sur la météo et les conditions routières avant de prendre la route. La navigation peut aussi devenir ardue en raison des glaces et des vents, et, comme une voiture dans un banc de neige, un navire peut se trouver coincé. Voilà à quoi ressemble la navigation sur le Saint-Laurent ces jours-ci : BULLETIN DES GLACES POUR LE FLEUVE ET LE GOLFE SAINT LAURENT DE LES ESCOUMINS AU DETROIT DE CABOT EMIS A 2130TUC LE 22 FEVRIER 2005 PAR LE CENTRE DES GLACES DE QUEBEC DE LA GARDE COTIERE CANADIENNE. CONDITIONS GENERALES IL Y A DE LA GLACE MINCE DE PREMIERE ANNEE, DE LA GLACE BLANCHATRE, DE LA GLACE GRISE ET DU NILAS DE LES ESCOUMINS JUSQU A 6100W, PUIS PRINCIPALEMENT EAU LIBRE JUSQU AU DETROIT DE CABOT. REMARQUES LES NAVIGATEURS SONT PRIES DE NAVIGUER AVEC UNE PRUDENCE EXTREME DANS LES PARAGES ET DANS LES EAUX INFESTEES DE GLACE, CAR LES CONDITIONS GLACIELLES PEUVENT ETRE PLUS ETENDUES ET/OU PLUS RIGOUREUSES QUE RAPPORTEES. LES NAVIRES EN TRANSIT DANS L ESTUAIRE ET LE GOLFE ST LAURENT, ENTRE LES ESCOUMINS ET LE DETROIT DE CABOT, SONT PRIES DE RAPPORTER LEUR POSITION, LEUR COURSE ET LEUR VITESSE AINSI QUE LES CONDITIONS GLACIELLES, LES EMBRUNS VERGLACANTS ET LA DIRECTION ET LA VITESSE DU VENT QUI PREVALENT TROIS FOIS PAR JOUR Le trafic hivernal sur le Saint-Laurent se compose principalement de navires marchands océaniques ou intra-Saint-Laurent. Alors que tous les navires remontant le courant à partir des Escoumins doivent accueillir un pilote à leur bord, et ce à l’année longue, il existe un service de plus en plus populaire, mais optionnel : le pilote de glace. Ce conseiller accompagne les navires entre Les Escoumins et le golfe pendant l’hiver. Il est un véritable spécialiste de la navigation sur un Saint-Laurent au couvert de glace changeant. Son travail est de conseiller le capitaine sur la meilleure façon de naviguer dans ces conditions, en consultant la « route » mise à jour quotidiennement par le Service canadien des glaces. Ceci libère les capitaines d’un grand poids, car ils ne sont pas tous familiers avec ce type de navigation. C’est un peu comme prendre l’autobus plutôt que de conduire sa voiture quand on ne se sent pas à l’aise avec la conduite hivernale : dans le doute, on laisse faire les professionnels. 3 mars 2005, vol. 9 no 8 Oiseaux dans la mire Quatre observateurs bien emmitouflés ont entrepris samedi dernier de compter les oiseaux près de Tadoussac, Les Bergeronnes et Les Escoumins. Même en pointant souvent leurs jumelles vers le large, ils n’ont rien vu qui ressemble à des souffles de baleines. Toutefois, le moment était bien choisi pour l’observation d’oiseaux. Un fort vent du nord-ouest avait libéré la côte de la glace accumulée et avait forcé beaucoup d’oiseaux qui préfèrent habituellement le large à se réfugier près des rives. De plus, beaucoup d’oiseaux migrateurs qui résident l’hiver dans l’estuaire ont tendance à se rassembler vers la fin février, facilitant du même coup la tâche à nos observateurs intrépides. Fait saillant de ce décompte, un estimé de 6 400 goélands pour les trois municipalités visitées. La moitié était des goélands arctiques, et l’autre se composait de goélands marins, goélands argentés et goélands bourgmestres. Même s’il y a probablement plus de 10 000 hareldes kakawis dans l’estuaire, l’un des plus grands rassemblements de ce canard en Amérique du Nord, ceux-ci sont restés bien au large. Des sept espèces de canards observés, le canard noir dominait avec 1 000 individus. On comptait également quelques fuligules millouinans, canards colverts et eiders à duvet dans le secteur. Une centaine de harles huppés ont été recensés, essentiellement près de Tadoussac. Un peu plus de 600 garrots à œil d’or et 500 garrots d’Islande ont été rapportés, encore une fois surtout près de Tadoussac. Un signe du printemps qui approche : certains garrots sont en couple et les mâles y vont de leurs parades nuptiales. Un faucon gerfaut, gros prédateur descendu de l’Arctique, survolait Les Escoumins. L’un des observateurs a remarqué qu’à l’approche de ce danger, les canards noirs (des canards barboteurs) s’envolaient immédiatement, alors que les garrots (des canards plongeurs) hésitaient avant de s’enfuir à tir d’ailes. N’oubliez pas vos jumelles lors de votre prochaine balade le long de la côte! Une oasis de chaleur Des signes de vie dans un paysage marin autrement désolé sont comme la pointe de l’iceberg : ils signalent la présence d’une foule d’organismes cachés sous la surface. Avec l’arrivée de la glace en hiver, le lien entre le monde « du dessus » et le monde « du dessous » est souvent coupé; les baleines et les phoques cherchent des endroits libres de glace pour respirer, et les oiseaux recherchent ces mêmes endroits pour avoir accès à leur nourriture. L’abondante sauvagine de l’estuaire est donc le signe certain d’un buffet copieux et abordable. D’ailleurs, le secteur couvert par nos observateurs la fin de semaine dernière correspond à la tête du chenal Laurentien, où un phénomène intéressant promet aux oiseaux un accès à la nourriture. Ce chenal se termine plutôt abruptement au niveau de Tadoussac, ce qui cause une remontée des eaux profondes, plus chaudes que les eaux de surface, et empêche la formation de glace. C’est ce qu’on appelle une polynie. Les immenses polynies de l’Arctique sont reconnues pour leur productivité; les algues microscopiques, à la base de la chaîne alimentaire, y prolifèrent. Les scientifiques ne savent pas si la polynie sub-arctique à la tête du chenal Laurentien est particulièrement productive en hiver, mais il est certain qu’elle représente une oasis de chaleur au milieu d’un désert de glace. La température de l’eau y grimpe à 4 ou 6 degrés Celsius. Quel confort… pour un canard. 10 mars 2005, vol. 9 no 9 Le retour des bélugas Un observateur à l'emploi du Service de communications et de trafic maritime (SCTM) Les Escoumins rapportait deux mentions de bélugas cette semaine. La première mention provenait d'un officier en devoir le 4 mars. Il a repéré un groupe d'environ six bélugas nageant vers l'amont à environ un ou deux kilomètres de la rive près du centre SCTM Les Escoumins. L'équipage d'un cargo a également repéré un groupe d'une dizaine de bélugas au large de la pointe au Boisvert, le dimanche 6 mars. La dernière observation de béluga dans l'estuaire remontait au 15 janvier. Mais étaient-ils vraiment partis? Alors que la plupart des espèces de baleines quittent le Saint-Laurent l'hiver venu, le béluga est considéré comme un résidant permanent. Son aire de répartition estivale, centrée autour de l'embouchure du Saguenay, est bien documentée grâce à des survols aériens réguliers depuis 1973. Cependant, en raison des conditions de terrain difficiles pendant la saison froide, on connaît beaucoup moins bien son aire de répartition hivernale. Seuls quelques signalements occasionnels et des survols partiels en 1989 et 1990 donnent des indices. En hiver, des bélugas se déplaceraient vers l'aval jusqu'à Sept-Îles, alors que des petits groupes sont mentionnés dans l'estuaire aussi loin en amont qu'à Rivière-du-Loup. Les conditions de glace, qui varient beaucoup d'une année à l'autre, influencent probablement la distribution des bélugas. Ils semblent préférer la glace libre avec des couverts de 70 à 90 %. Au début du printemps, on observe des bélugas de la péninsule Gaspésienne jusqu'à la batture aux Loups Marins, en amont. Ces déplacements suivraient les migrations du capelan et du hareng. Alors, s'il y avait des bélugas dans l'estuaire cet hiver, pourquoi n'y a-t-il pas eu plus de mentions? Plusieurs facteurs sont peut-être en cause : la couleur blanche des bélugas (facile à confondre avec la glace), leur petite taille et le fait que les observateurs sont, bien entendu, beaucoup moins nombreux sur l'eau pendant l'hiver québécois, froid et venteux. La prochaine fois que vous verrez un bloc de glace danser sur l'eau, vérifiez bien, il pourrait s'agir d'un béluga ! 17 mars 2005, vol. 9 no10 Signes du printemps Les jours allongent, le temps se fait plus clément, et les animaux sentent venir la fin de l'hiver froid et sombre. Pour certains d'entre eux, c'est le signal qu'il est temps de faire cap vers le nord. Les humains le long du Saint-Laurent, sensibles eux aussi à ces changements, attendent impatiemment que les animaux migrateurs confirment l'arrivée du printemps. Déjà, un chasseur de phoques des Escoumins a repéré plusieurs petits groupes de quatre à cinq bélugas. Il mentionne aussi que la chasse se déroule bien et que les estomacs des phoques sont pleins de capelans. D'ailleurs, les bélugas ont été repérés dans le même secteur que les phoques, et il se peut donc qu'ils se nourrissaient eux aussi de capelans. Plus bas sur la Côte-Nord, notre observateur de Gallix a repéré un très grand souffle de baleines à environ cinq milles marins sud-sud-ouest de la rivière Brochu, le jeudi 10 mars. La taille de ce souffle lui laisse croire qu'il s'agissait fort probablement d'un rorqual bleu. Dans les semaines à venir, il y aura de plus en plus de trafic maritime sur le Saint-Laurent, alors que les pêcheurs de crabe, les chasseurs de phoque et autres profiteront du temps doux pour prendre la mer. Il y aura donc plus d'yeux et d'oreilles attentifs au large, augmentant les chances de repérer des mammifères marins. Nous vous tiendrons au courant ! Déglaçage La Garde côtière canadienne a commencé ses opérations de déglaçage sur la rivière Saguenay à 8 h le dimanche 13 mars. Dans les prochains jours, le brise-glace Pierre Radisson travaillera fort pour déloger la glace dans le Saguenay, afin de prévenir les embâcles et les inondations et faciliter la navigation. Pour des raisons évidentes, la Garde côtière recommande aux piétons, pêcheurs et motoneigistes de quitter rapidement la glace à l'approche du brise-glace! 24 mars 2005, vol. 9 no11 Un rare visiteur du Saint-Laurent La semaine dernière, un mammifère marin rarement observé dans le Saint-Laurent a fait son apparition près de Blanc-Sablon, un village de la Basse-Côte-Nord : un ours polaire! Craignant pour la sécurité des résidants, des agents de la Sûreté du Québec ont abattu l'animal à moins de 600 m du village, le dimanche 20 mars, peu de temps après son arrivée dans le secteur. Selon Patricia Nash, de la Fondation Québec-Labrador, l'ours polaire de trois à quatre ans avait une épaisse couche de gras, un signe de bonne santé et d'une alimentation probablement riche en phoques. L'ours a peut-être voyagé sur de la glace de mer dérivante jusqu'à ce qu'elle touche terre au Labrador ou sur la péninsule Nord de Terre-Neuve. Un ours polaire avait d'ailleurs été vu récemment sur cette péninsule. L'ours pourrait avoir traversé le détroit de Belle Isle à la nage. Alors qu'on le considère souvent comme un mammifère terrestre, l'ours polaire, un excellent nageur qui passe le plus clair de son temps à l'eau ou sur la banquise, est classé parmi les mammifères marins. Cette observation représente l'extrême limite Sud de son aire de répartition; au total, on rapporte sept mentions d'ours polaires dans cette région au cours des 20 dernières années. Des rorquals, des bélugas et des phoques L'un de nos observateurs réguliers a repéré ce qu'il croit être deux rorquals communs nageant de concert au large de Franquelin le samedi 19 mars. La paire était à environ 1,5 km du rivage. Les souffles coniques aperçus par notre observateur à l'aide de ses jumelles sont plus typiques du rorqual commun que du rorqual bleu, dont le souffle est plutôt en forme de colonne. Des groupes de bélugas ont été vus près des Escoumins encore cette semaine. Un groupe de quatre ou cinq de ces baleines blanches est venu tout près du quai des Pilotes. On comptait plus de 1000 phoques du Groenland dans le même secteur, ainsi que quelques phoques gris et phoques communs. 31 mars 2005, vol. 9 no12 Baleines printanières Alors que d'immenses blocs de glace continuent leur voyage vers l'aval, plusieurs espèces de mammifères marins semblent se déplacer dans le sens inverse. Est-ce le printemps qui réveille les observateurs ou les baleines qui sont véritablement plus abondantes, difficile à dire, mais les observations sont définitivement plus nombreuses cette semaine. La semaine dernière, l'équipage du traversier Camille-Marcoux a repéré trois souffles dans l'est de l'estuaire lors de son voyage entre Matane et Godbout. Le samedi 26 mars en après-midi, des observateurs ont noté la présence d'une grosse baleine qui soufflait au large de Pointe-au-Boisvert, à l'ouest de Forestville. Bien que la baleine ait été trop loin pour permettre de reconnaître l'espèce, les observateurs sont formels : elle se déplaçait vers l'amont. Ils ont également remarqué un béluga dans le même secteur. Aussi, alors qu'il traversait le Saguenay à l'occasion du dimanche de Pâques, un autre observateur a été agréablement surpris par un béluga solitaire nageant à moins de 300 mètres du traversier, près de la rive Ouest du Saguenay. Le béluga était apparemment très actif et sortait sa queue de l'eau à chaque plongée. Le lendemain matin, un béluga (peut-être le même) a été vu près de Pointe-Noire, décrivant des cercles dans l'eau et sortant en alternance sa queue et sa tête de l'eau. Plus tard en après-midi, un résidant de Tadoussac a observé deux petits rorquals (les premiers de la saison) nageant à l'entrée du chenal de navigation du Saguenay. Enfin, un observateur des Escoumins a eu la chance de contempler un rorqual bleu solitaire nageant à moins de 200 mètres de la rive près de l'anse à la Cave, le mardi 29 mars en après-midi. Le printemps est définitivement dans l'air… ou plutôt dans l'eau! 7 avril 2005, vol. 9 no13 Souffles : présage d'un grand retour Les observations de la semaine dernière le présageaient : les grandes baleines semblent avoir définitivement atteint l'estuaire du Saint-Laurent. Cette semaine, plusieurs observateurs nous rapportent de grands souffles dans le secteur des Escoumins. Ils sont parfois trop loin pour identifier l'espèce à laquelle ils appartiennent, et d'autres fois, ils sont plutôt près du rivage. On dénombre ainsi dans ce secteur au moins huit rorquals bleus, dont deux montrant régulièrement la queue, et deux rorquals communs. Premier nouveau-né de l'année : un rorqual bleu! Parmi les huit rorquals bleus, il y a un souffle plus court aux côtés d'un individu de taille adulte : un nouveau-né! Il s'agit là de la première mention de l'année d'un cétacé nouveau-né. Et ce n'est pas une observation anodine : moins de 20 baleineaux rorqual bleu ont été observés dans le Saint-Laurent en 25 ans! Mercredi matin, la paire était aperçue près du rivage; des membres de l'équipe du GREMM se sont rendus sur les lieux pour tente de documenter l'observation rare. Malheureusement, les animaux étaient trop loin de la côte pour prendre des clichés. Ces observations sont très précieuses aux yeux des chercheurs. Un oiseau annonciateur du printemps En plus d'un grand souffle aperçu du haut des dunes de sable de Tadoussac, un collaborateur a dénombré plus de 200 bernaches cravants près de la chute au bas des dunes. Un peu comme les bernaches du Canada (ou outardes) et les oies des neiges (ou oies blanches) aussi présentes dans le secteur, elles sont seulement de passage. Elles poursuivront leur route vers le nord, pour se rendre dans leurs territoires de nidification de la toundra arctique. 14 avril 2005, vol. 9 no14 L'odyssée de Hélis: un béluga du Saint-Laurent en cavale dans le Delaware. Quelle fut la surprise des résidents de la ville de Trenton, au New Jersey, d'apercevoir une baleine blanche de 2 à 3 mètres de long dans la rivière Delaware! Un béluga à près de 200 kilomètres de l'océan Atlantique!? Et quelle fut la surprise des biologistes du GREMM lorsque cet animal se révéla être un béluga du Saint-Laurent, qui plus est, connu depuis 1986! Grâce aux photos fournies par différentes sources, les chercheurs du GREMM ont pu identifier le visiteur exceptionnel : il s'agit de Dl 018, ou Hélis, un béluga du Saint-Laurent. Dans le cadre de la campagne Adoptons un béluga lancé par l'Institut National d'Écotoxicologie du Saint-Laurent (INESL), Dl 018 avait été adopté en 1989 par les étudiant et le personnel du module de biologie de l'Université du Québec à Chicoutimi qui lui avait donné le nom d'Hélis. Parmi les bélugas en cavale relevés depuis la fin des années 1970, il semblerait que cette mention soit la plus éloignée du Saint-Laurent et de l'Arctique, l'aire de répartition du béluga. Cet événement exceptionnel attire d'ailleurs des centaines de curieux qui s'attroupent le long de la rive. Le béluga a attiré aussi de nombreux plaisanciers qui s'approchaient de lui; des agents de la paix ont été dépêchés sur la rivière pour les tenir à distance, car le dérangement causé par la présence de bateaux à proximité du béluga et les interactions avec lui pourraient l'empêcher de redescendre la rivière et de rejoindre l'océan Atlantique. Les autorités américaines en consultation avec des spécialistes évaluent présentement la situation. Cet événement n'est pas sans rappeler la triste fin qu'a connue Poco, ce béluga solitaire qui avait sillonné les eaux entre Boston et la côte du Maine l'été dernier et qui a été retrouvé mort en novembre. Espérons que l'histoire d'Hélis connaîtra une meilleure issue ! Communiqué de presse Rorquals communs printaniers à Gaspé C'est avec enthousiasme que des observateurs gaspésiens nous rapportaient la présence des premières baleines printanières dans la baie de Gaspé, qui se libère progressivement de sa couverture de glace. Dimanche s'est confirmé ce qu'un observateur croyait avoir aperçu dans la journée de samedi : deux rorquals communs remontant tranquillement la baie. Le long de la Côte-Nord, plusieurs grands rorquals sont toujours présents depuis quelques semaines. Le 13 avril, un observateur en a dénombré huit à partir quai des pilotes des Escoumins, dont au moins quatre rorquals bleus et un rorqual commun. Des bélugas sont également aperçus ici et là; quelques groupes le long de la côte des Escoumins et des Bergeronnes et quelques individus plutôt solitaires dans le secteur de Tadoussac. La première mention d'un petit rorqual se fait toutefois toujours attendre! Ouvrez l'oeil! 21 avril 2005, vol. 9 no15 Les petits rorquals tant attendus Et bien, comme si les petits rorquals avaient entendu l'appel des Nouvelles du large de la semaine dernière, les voilà qui se manifestent depuis vendredi dernier le long de la Côte-Nord, en outre à Tadoussac, aux Escoumins et à Franquelin. Dimanche dernier, des gens de Tadoussac saluaient avec grand plaisir le retour de cette espèce qui fait la joie de leurs observations terrestres, admirant les manœuvres énergétiques d'alimentation de surface. Selon un membre de l'équipe de recherche ORES basée aux Bergeronnes, au moins deux individus différents seraient venus se gaver dans la baie de Tadoussac dans les derniers jours. Les comportements d'alimentation d'un des deux individus et ses traits caractéristiques suggèrent d'ailleurs que la femelle nommée Artiste serait de retour, curieusement le dernier petit rorqual à avoir été observé et identifié dans le secteur de Tadoussac l'automne dernier. Où étaient passés Artiste et les autres petits rorquals pendant l'hiver? Comme pour les rorquals bleu et commun, les chercheurs en connaissent encore très peu sur les déplacements saisonniers des petits rorquals. L'odyssée de Hélis : cap sur l'océan Hélis, ce béluga du Saint-Laurent en cavale dans la rivière Delaware au New Jersey, semble avoir repris le large. Après avoir passé quatre jours près de la ville de Trenton, à plus de 200 kilomètres de l'océan Atlantique, Hélis a tranquillement redescendu la rivière. Il a été aperçu pour la dernière fois lundi dernier, à moins de 40 kilomètres de la baie Delaware, se rapprochant de plus en plus de l'océan. Le lendemain, des hélicoptères de la Garde côtière américaine ont survolé en vain le secteur pour tenter de repérer le béluga. Assumant que Hélis rejoindra la mer, les autorités comptent à partir de maintenant sur les observations des riverains et des plaisanciers pour suivre les déplacements du béluga. Les chercheurs du GREMM se tiennent au fait de la suite de l'odyssée de Hélis. Communiqué de presse Rencontre fortuite Une observatrice de Franquelin nous rapportait une sortie ornithologique qui a pris une tournure tout à fait inattendue. Alors qu'elle et ses compagnons se concentraient à observer et à photographier des canards, le souffle puissant d'un rorqual bleu a soudainement détourné leur attention. L'animal massif à la peau d'un bleu métallique a défilé sous leurs yeux pour finir sa procession en dressant sa queue hors de l'eau au moment de plonger. Plus tard dans la journée, la compagnie est revenue sur les lieux, espérant revoir le géant; c'est plutôt ce qui leur a semblé un jeune rorqual bleu qu'ils ont aperçu, tout près du rivage. Serait-ce le baleineau qui était signalé dans le secteur des Escoumins au début du mois d'avril? D'autres observations ou des photos pourraient nous permettre de confirmer la présence d'un baleineau rorqual bleu dans ce secteur. À vos jumelles et appareils-photos! 28 avril 2005, vol. 9 no16 Vents, vagues et grandes marées Ces derniers jours, un vent très puissant du nord-est sévissait. Un vent de cette direction, relativement rare, souffle sans rencontrer d'obstacles sur le golfe et s'engouffre dans l'estuaire, soulevant des vagues qui atteignent des dimensions imposantes. Ajoutez à cela un système de basse pression et des marées de fortes amplitudes, et vous comprendrez que les eaux montaient bien au-dessus de la ligne de marée haute cette semaine. Un observateur de Porneuf-sur-Mer mentionnait que les hautes vagues insistantes avaient sectionné le grand banc de sable au large de ce village côtier, emportant aussi des mottes de végétation arrachées au rivage. À Percé, les observations se sont limitées à la sauvagine, incluant des goélands, des fous de Bassan, des oies et une variété de canards marins. À Tadoussac, cinq fous de Bassan ont été aperçus, ce qui est typique du printemps, mais ceux-ci étaient très près du rivage, ce qui est peut-être lié aux conditions difficiles au large. Une bonne nouvelle : ces conditions extrêmes ont eu pour effet de nettoyer les rives du Saint-Laurent des restes de glace. Des bélugas dans l'estuaire Plusieurs observations de bélugas ont été rapportées ces derniers jours à l'embouchure du Saguenay. L'un d'eux était au large de pointe Rouge, à l'entrée de la baie de Tadoussac, le soir du 26 avril. Chaque fois que l'animal plongeait, il sortait sa queue de l'eau. Un béluga, qui sortait aussi sa queue de l'eau, remontait le Saguenay le lendemain matin. Celui-ci était accompagné d'un jeune gris qui faisait surface juste comme l'adulte plongeait. Le jeudi 21 avril, un observateur de Saint-Irénée-les-Bains dans Charlevoix a passé un beau début d'après-midi à regarder un groupe d'au moins neuf jeunes bélugas et plusieurs adultes qui semblaient s'alimenter. Les grandes baleines Les seules observations de grandes baleines rapportées cette semaine proviennent de Franquelin, un village à mi-chemin entre Baie-Comeau et Pointe-des-Monts sur la Côte-Nord. Notre observatrice a repéré deux rorquals communs le matin du 27 avril, à moins de 300 mètres du rivage. Samedi dernier, le 24 avril, elle a vu un rorqual bleu solitaire dans le même secteur. L'odyssée de Hélis : demi-tour vers Philadelphie Neuf jours après avoir repris le large, cap vers l'océan, Hélis a fait demi-tour. Cette fois, c'est dans la rivière Schuylkill du secteur de Philadelphie qu'il a été aperçu mercredi dernier. La dernière observation indiquait que Hélis remontait toujours la rivière. Le National Oceanic and Atmospheric Administration suit toujours de près la situation et l'état de santé du béluga. Communiqué de presse 5 mai 2005, vol. 9 no17 De la terre… Le Saint-Laurent s'active. Des rapports d'observation nous arrivent de toute part cette semaine. Voici un aperçu d'est en ouest des Nouvelles du large. Un grand rorqual soufflait à environ trois milles marins du cap d'Espoir à Percé en début de soirée le samedi 30 avril. Un peu plus au nord, deux petits rorquals et un phoque gris ont été repérés dans l'anse Sauvage, près de Gaspé, au cours de la fin de semaine. De l'autre côté du Saint-Laurent, à Franquelin, un petit rorqual et un rorqual commun évoluaient à 150 mètres du rivage samedi. Un peu plus à l'ouest, quatre petits rorquals nageaient ensemble près du quai de Baie-Comeau, un comportement rare pour cette espèce solitaire. Dans le même secteur, on pouvait voir les souffles de deux grandes baleines, le mardi 5 mai. Toujours vers l'ouest, trois ou quatre grandes baleines ont été vues au large de Pointe-aux-Boisvert l'après-midi du vendredi 29 avril, en pleine tempête de neige. Les conditions ne se prêtaient pas à l'identification de l'espèce! Enfin, plusieurs groupes de bélugas circulent au large des Escoumins, et, dans le même secteur, on nous rapporte deux petits rorquals près du rivage et le souffle d'une grande baleine plus au large, mardi après-midi. … et en mer Avec l'arrivée du printemps, les bateaux sont de plus en plus nombreux à se lancer sur les eaux libres de glace du Saint-Laurent. Cette semaine, on assistait au retour de plusieurs réguliers, fendant les eaux en surface alors que les baleines faisaient de même en profondeur. Le capitaine du traversier Rimouski-Forestville, qui entamait sa saison la fin semaine dernière, a rapporté deux rorquals bleus près de Forestville, nageant à environ 1,5 mille marin l'un de l'autre. Il pense aussi avoir vu un rorqual à bosse au milieu de l'estuaire, samedi, dimanche et encore mardi. Il subsiste un doute, toutefois, car l'animal ne montrait pas la queue et de grandes vagues rendaient l'observation difficile. À l'approche de Rimouski, il a remarqué ce qu'il a d'abord pris pour une étendue de frasil le long du rivage. La " glace " était en fait un groupe de 200 oies blanches, qui ont fini par prendre leur envol. Plusieurs bateaux d'observation de baleines, petits et gros, ont commencé leur saison la semaine dernière à Tadoussac—Baie-Sainte-Catherine. Les équipages rapportent de nombreuses observations de groupes de bélugas, comptant jusqu'à 15 individus, dans les environs du haut-fond Prince, de même que quelques phoques gris ici et là. Cinq petits rorquals, ventres roses surgissant en surface, s'alimentaient le long du rivage près du cap Granite et de l'embouchure de la rivière Petites Bergeronnes le mardi 3 mai. C'est parti pour la saison des baleines! Chance… et un autre béluga en cavale Le groupe Whale Stewardship Project suit l'histoire d'un béluga solitaire depuis le 25 février dernier. La baleine blanche, surnommée " Chance " après avoir visité une anse du même nom à Terre-Neuve, s'est aussi approchée de quais dans deux autres baies de la province. Il s'est également intéressé à des plongeurs au travail. Comme le béluga s'est immédiatement intéressé aux plongeurs, on soupçonne qu'il avait déjà été en contact avec des humains. Il est possible que ce soit la baleine signalée par des pêcheurs de Trinity Bay au cours de l'été 2004. Un autre béluga en cavale a été repéré près de Harrington Harbour sur la Basse-Côte-Nord du Saint-Laurent. La baleine, qui cherchait à interagir avec les humains, a été vue les 19 et 20 avril. Les chercheurs du GREMM attendent des documents visuels pour tenter d'identifier l'animal. Est-ce que ce serait le même qui a passé l'été et l'automne 2004 dans le même secteur? Une histoire à suivre. 12 mai 2005, vol. 9 no18 Croisières opportunistes aux baleines : les traversiers Franchir le Saint-Laurent et le Saguenay sur le traversier constitue le parfait moment pour prendre une pause sur la route des vacances et pour s'imprégner de l'air marin du Québec maritime. Pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour scruter l'horizon à la recherche de souffles ou de dos de baleines? Les traversiers peuvent effectivement constituer une croisière opportuniste aux baleines. L'équipage du N.M. Camille-Marcoux, qui relie Matane à Godbout et Baie-Comeau, nous rapportait d'autres observations de cétacés cette semaine. Plus près de la rive Sud, des bélugas fréquentent encore le secteur, mais bientôt, ils auront tous regagné leur aire estivale plus en amont de l'estuaire. Ils ont observé un rorqual bleu, plus près lui aussi de la rive sud. D'autres grands souffles ici et là ont été aperçus par l'équipage; quatre à cinq rorquals communs sur leur trajectoire. Enfin, plusieurs petits rorquals ont croisé leur route, souvent très actifs en pleine manœuvres d'alimentation. De quoi divertir une traversée! Petit rorqual, rorqual commun et rorqual bleu sont aussi généralement à l'honneur sur la trajectoire du traversier qui relie Rimouski à Forestville, en plus des bélugas plus près de Rimouski et des marsouins communs. Plus en amont dans l'estuaire, sur le chemin des traversiers de Rivière-du-Loup—Saint-Siméon et de Tadoussac—Baie-Sainte-Catherine, le petit rorqual, le béluga et les phoques sont observés presque à tout coup en période estivale. En plus des baleines, une myriade d'oiseaux peuvent être aperçus au-dessus des eaux du Saint-Laurent. À vos jumelles! Mises bas imminentes Bien qu'un collaborateur du secteur de Percé n'avait rien encore à nous signaler côté cétacés (à son grand désespoir), des phoques communs attirent tout de même son attention : des femelles bien rondes sur le point de mettre bas. Comme chaque printemps, les femelles phoques communs gestantes se hissent sur les rochers pour donner naissance. Une fois au monde, le jeune s'engraissera du lait riche en matière grasse de sa mère pendant un mois. Contrairement à plusieurs autres espèces de phoques, le jeune phoque commun peut se mettre à nager presque immédiatement après la naissance; la femelle l'encourage d'ailleurs fréquemment à la suivre lors de ses excursions en mer. Il arrive toutefois que le jeune reste seul sur le rivage. Il ne faut surtout pas l'approcher à ce moment, encore moins le toucher, au risque d'altérer son odeur corporelle, laquelle permet à la femelle de reconnaître son jeune. Du capelan et des petits rorquals Partout dans le Saint-Laurent, les petits rorquals attirent l'attention par leurs manœuvres souvent spectaculaires d'alimentation de surface. Ils font d'ailleurs le plaisir des premiers excursionnistes du secteur de Tadoussac depuis une semaine. Gueule ouverte, demi-cercle en surface, corps à moitié émergé, nageoires pectorales et queue hors de l'eau, les petits rorquals en mettent plein la vue! De quoi se nourrissent-ils? Surtout de petits poissons, comme le capelan. D'ailleurs, cette espèce fourragère remonte progressivement le Saint-Laurent à ce temps-ci de l'année et commencera à rouler sur les plages ici et là pour se reproduire. Pour suivre le frai de l'espèce et en apprendre davantage sur sa biologie, Pêches et Océans Canada, les comités ZIP et les comités côtiers ont mis sur pied un réseau d'observateurs. Ne manquez pas de leur transmettre vos observations de capelan au numéro de téléphone sans frais 1-877-Ça roule (1-877-227-6853). 19 mai 2005, vol. 9 no19 Rorqual à bosse hâtif dans l'estuaire Les croisiéristes du secteur de Tadoussac ont eu le plaisir de rencontrer leur premier rorqual à bosse de la saison. Il s'agit d'une mention plutôt hâtive pour cette région. En effet, bien que l'espèce visite plus régulièrement l'estuaire depuis quelques années, ceux-ci ne se montrent généralement le bout du rostre que plus tard au printemps, voire au début de l'été. Les observateurs n'ont pu remarquer le patron de coloration sur la face ventrale de sa queue, ce qui aurait pu permettre d'identifier l'individu. Il leur a toutefois semblé très petit pour un rorqual à bosse. Serait-ce un jeune? À un moment, il a bondi complètement hors de l'eau, un comportement communément appelé breach et chers aux rorquals à bosse, reconnus pour leurs comportements exubérants. À ce moment, il était si près de la côte que les observateurs se sont demandés s'il n'était pas retombé sur les rochers! Au chapitre des premières, un membre de l'équipage du traversier qui relie Rimouski à Forestville a croisé sur son chemin deux marsouins communs. Nombreux seront ces petits cétacés au cours de l'été dans l'estuaire. Baleineau rorqual commun? En plus de ce rorqual à bosse hâtif, trois à quatre rorquals communs ont été dénombrés par les observateurs de Tadoussac et ses environs, dont un plus petit individu aux côtés d'un autre de taille adulte. La paire fait surface et plonge de façon synchronisée. Tout porte à croire qu'un rorqual commun accompagné de son baleineau fréquenterait l'estuaire. Des photographies de l'adulte permettraient de déterminer si elle fait partie des individus connus des chercheurs. Si c'est le cas, les photos de cette adulte accompagnée d'un jeune pourrait servir à évaluer son succès de reproduction. Depuis 1986, voici les mères que le GREMM a identifiées : Perroquet (trois baleineaux), Triangle (trois baleineaux), James Bond (un baleineau), Caïman (deux baleineaux) et Capitaine Crochet (un baleineau). Par ailleurs, d'autres femelles connues depuis longtemps des chercheurs du GREMM, comme Vergetures, n'ont jamais été aperçues en compagnie d'un jeune. Cela signifie-t-il que ces femelles n'en ont jamais eus? Pas nécessairement : elles pourraient avoir sevré leurs jeunes avant de rejoindre l'estuaire. Tout en bleu à Pointe-des-Monts Ce sont principalement des rorquals bleus que nous rapporte avec joie une collaboratrice de Pointe-des-Monts; environ quatre géants des mers évoluent le long de la côte depuis le 1er mai, dont un baleineau. Cette observation est très rare dans le Saint-Laurent : moins de 20 baleineaux rorquals bleus ont été relevés en 25 ans. On nous a rapporté deux mentions de ce type au cours du mois d'avril, au large des Escoumins et de Franquelin. Bien qu'il soit fort probable qu'il s'agisse de la même paire, rien ne pourra être confirmé puisque aucune photographie n'a été prise. 26 mai 2005, vol. 9 no20 " La coche d'Adalbert " " Adalbert ", en souvenir d'Adalbert Bouchard, un ornithologue de renommée au Québec, particulièrement sur la Côte-Nord, et " coche " pour chaque oiseau qui sera repéré ce samedi le long de la Côte-Nord. " La coche d'Adalbert " est donc un recensement annuel des oiseaux de cette région qui a lieu le dernier samedi du mois de mai. Ce recensement d'une durée de 24 heures permet aux ornithologues de suivre l'état des différentes populations aviaires et de leur milieu. Pourquoi à cette période précise? Parce que, normalement, les oiseaux migrateurs sont à peu près tous arrivés. Mais cette année, on prévoit déjà une situation particulière, puisque des ornithologues à l'affût notent que certaines espèces, dont plusieurs parulines, tardent à arriver. Parmi les oiseaux marins présents, on remarque des milliers de harèldes kakawis, un magnifique canard marin au ventre blanc et aux ailes sombres qui réside dans l'estuaire pendant l'hiver et nous quittera dans quelques semaines. Généralement des adeptes de la haute mer, ces canards se sont rapprochés des côtes en raison des forts vents, ce qui a permis de belles observations. Les macreuses à front blanc et les macreuses noires sont aussi aperçues en groupes ici et là dans l'estuaire, ainsi que quelques sternes arctiques. Ces trois dernières espèces ne sont que de passage, en route vers leurs sites de nidification situés plus au nord. Les cormorans à aigrettes sont bien installés sur leurs sites de nidification, dont la batture aux Alouettes près de Tadoussac où des centaines sont dénombrées. Les eiders à duvet sont aussi nombreux dans l'estuaire. Certains individus commencent à nicher alors que d'autres poursuivront leur voyage et nicheront plus au nord. Bientôt, seuls les mâles seront aperçus, les femelles étant occupées au nid avec leurs canetons. Quelques semaines plus tard, elles réapparaîtront suivi de leurs jeunes; c'est ce que l'on appelle une crèche d'eiders. Ces deux dernières espèces sont communes dans le Saint-Laurent et peuvent être aperçues jusqu'à l'automne. Il y a aussi quelques fous de Bassan dans l'estuaire. Les adultes ont déjà commencé à nicher par milliers dans le golfe du Saint-Laurent, particulièrement sur l'île Bonaventure au large de Percé. Les individus aperçus dans l'estuaire sont des immatures en exploration. Des centaines, des milliers de vagues ou de bélugas? De forts vents prévalent dans le Saint-Laurent depuis quelques jours, rendant les conditions d'observation difficiles. Bien des observateurs n'ont que des " moutons blancs " à nous signaler. Devant cette mer agitée, on peut se laisser aller à imaginer que ces nombreuses vagues déferlantes créées par les forts vents sont des centaines de bélugas! Plusieurs grands souffles ont tout de même été aperçus, de Tadoussac à Forestville, bien souvent sans pouvoir les attribuer à une espèce ou l'autre. Des rorquals bleus ont tout de même été relevés cette semaine : quelques uns à Godbout, un près de Forestville et un autre à Percé. Ce dernier sort complètement la queue de l'eau au moment de plonger. Magnifique! Au site d'observation terrestre du cap de Bon-Désir, des observateurs rapportent des marsouins communs, la première mention de l'année pour cette espèce à cette hauteur de l'estuaire. Dans le Saguenay, des bélugas sont rapportés aussi haut en amont que la baie Sainte-Marguerite. Enfin, des croisiéristes de Tadoussac ont vécu une rencontre mémorable avec un petit rorqual dans le Saguenay. Pendant un quart d'heure, ce dernier a tourné autour du bateau, se frottant le ventre sur la coque, permettant aux passagers d'apprécier la taille de cet animal et d'apercevoir des parties de son corps que l'on ne voit que très rarement. 2 juin 2005, vol. 9 no21 Première de la saison Le premier cachalot de la saison dans le Saint-Laurent s'est pointé dans la baie des Anglais, près de Baie-Comeau, le lundi 30 mai. Le souffle du cachalot, typiquement penché à un angle de 45º vers la gauche, était parfaitement visible depuis la rive. L'animal a soufflé 15 fois de suite avant d'élever sa queue triangulaire, perchée sur un pédoncule aux allures de tronc d'arbre, bien au-dessus de la surface. Le cachalot est un visiteur occasionnel du Saint-Laurent. L'année dernière, un cachalot avait été repéré dans le même secteur à la fin juin; pendant cette même période, beaucoup de calmars s'échouaient sur les rives. Le calmar est d'ailleurs la proie favorite du cachalot. Pourrait-il s'agir du même individu? Serait-il à la recherche de calmar? Des photos de sa queue auraient peut-être permis de le reconnaître parmi les 24 cachalots différents identifiés dans l'estuaire depuis 1991. Les géants, du plus petit au plus grand Tous nos collaborateurs rapportent au moins un petit rorqual dans chacun de leurs secteurs cette semaine. Cette espèce côtière est la plus petite parmi les rorquals, c'est-à-dire les baleines à fanons possédant des sillons ventraux. Cependant, le terme " petit " est tout relatif quand on fait partie d'une famille qui inclut les plus grands animaux de la planète. Bien des petits rorquals observés cette semaine s'alimentaient avec énergie près de la surface. Il y avait de quoi ravir les observateurs alors que les baleines brisaient la surface de l'eau dans une explosion de puissance et de vitesse. Apparaissant tantôt sur le dos, tantôt sur le côté, les petits rorquals peuvent être des chasseurs incroyablement agiles. Normal quand on s'alimente souvent de petits poissons grégaires eux aussi très rapides! Deux rorquals communs solitaires (deuxième plus grande espèce parmi les rorquals) ont aussi été repérés : l'un près de Grande-Grave, au bout de la péninsule Gaspésienne, et l'autre s'alimentant en surface près de la rivière Petites Bergeronnes. Enfin, deux rorquals bleus (le plus grand des rorquals et le plus grand animal du monde!) ont été vus s'alimentant en surface près de Portneuf-sur-Mer, nageoire pectorale pointant vers le bleu du ciel. Décidément, la réputation du Saint-Laurent comme buffet à ciel ouvert n'est plus à faire! 9 juin 2005, vol. 9 no22 Beau début de saison La grande majorité des collaborateurs des Nouvelles du large sont maintenant en poste sur ou le long du Saint-Laurent. De Port-au-Persil à la Gaspésie, en passant par Mingan et Anticosti, les observateurs de partout signalent des observations de baleines, phoques et oiseaux dans leurs secteurs respectifs. Un coup d'œil à la carte des observations de la semaine révèle une moyenne de deux des cinq espèces suivantes à chacun de ces endroits : rorqual bleu, rorqual commun, petit rorqual, béluga et marsouin commun. Ça vaut donc la peine d'être attentif, la saison d'observation est bien partie! Le temps des bébés Ce qui semble être un jeune rorqual commun accompagnant sa mère a été aperçu à plusieurs reprises, notamment très près du rivage dans le secteur du cap de Bon-Désir dimanche matin. Le comportement de ce rorqual commun de petite taille varie : il nage parfois en formation étroite avec un adulte, mais il lui arrive souvent de prendre ses distances. Ce comportement est typique des jeunes rorquals à cette période de l'année. La mise bas ayant lieu l'hiver et l'allaitement ne dépassant pas sept mois, il est courant que les jeunes aient déjà commencé à devenir indépendants à la fin du printemps suivant leur naissance. La situation est bien différente pour la plupart des baleines à dents. Chez le béluga, par exemple, l'allaitement dure de 20 à 30 mois, et le lien étroit avec la mère peut donc s'étirer sur près de trois ans. Les petits bélugas gris que l'on observe ces temps-ci aux flancs de leur mère ne sont donc probablement pas des jeunes de l'année ; la période des naissances pour cette espèce a lieu de juin à septembre. Surveillez bien les marsouins communs : les femelles donnent naissance à leur petit au printemps et au début de l'été, avec un pic en juin. Alors, si vous remarquez une minuscule version du plus petit cétacé du Saint-Laurent, c'est probablement qu'il est tout neuf! Il est toujours encourageant d'observer la venue de la nouvelle génération! 16 juin 2005, vol. 9 no23 Encore des bébés Décidément, le printemps est la saison du renouveau. La semaine dernière, nous vous rapportions la présence d'un jeune rorqual commun près du cap de Bon-Désir. Cette semaine, une observatrice de Port-au-Persil nous racontait comment un petit rorqual accompagné de son jeune avait fait surface juste devant sa galerie. Le jeune petit rorqual apparaissait parfois avec l'adulte, parfois seul. Bien sûr, les mammifères marins ne sont pas les seuls à élever la prochaine génération. Des observateurs de Forestville et de Pointe-des-Monts ont repéré leurs premières crèches d'eiders. Les femelles se déplaçaient près du rivage et encerclaient leurs canetons pour assurer leur sécurité. Encore plus de bébés D'ici la fin juillet, si vous vous trouvez le long des rivages de la portion maritime du Saint-Laurent, il est possible que vous tombiez sur un jeune phoque commun échoué sur une plage. Il faut savoir que, dans la plupart des cas, l'animal est en bonne santé et se trouve dans une situation tout à fait normale. Il est primordial de ne pas l'approcher (ses lamentations n'indiquent pas qu'il est en détresse), de garder les animaux domestiques en laisse et à bonne distance et surtout de ne pas manipuler le jeune phoque. Sa mère l'a laissé soit pour aller s'alimenter en haute mer (durant la période de l'allaitement : de mai au début juillet), soit définitivement (après le sevrage : de la mi-juin à la fin juillet). Afin de concentrer leur énergie à la croissance, les petits se reposent beaucoup hors de l'eau, souvent sur les plages. Si malgré tout la situation vous inquiète, contactez Urgences Mammifères Marins au 1-877-7BALEINE (1-877-722-5346). Affluence au buffet On comprend pourquoi certaines espèces de baleines choisissent d'amener leurs jeunes dans le Saint-Laurent pour les sevrer du lait maternel : la nourriture, comme le krill et les poissons, abonde! Encore cette semaine, les rapports de petits rorquals s'alimentant près de la surface sont la norme. Deux petits rorquals se sont approchés à quelques mètres du quai de Grande-Grave près de Gaspé, se gavant de ce qui semblait être des lançons. Des petits rorquals en alimentation de surface s'activaient aussi devant Percé, près de Baie-Comeau et à l'embouchure du Saguenay. Certaines de ces baleines énergiques sautaient même complètement hors de l'eau. Même si on ne s'explique pas parfaitement ce comportement, le petit rorqual semble effectuer ces sauts énergiques plus souvent que la plupart des autres espèces de cétacés du Saint-Laurent. A-t-il simplement trop d'énergie? Les petits rorquals n'étaient pas les seuls à se remplir la panse. À plusieurs reprises au cours de la semaine, quatre rorquals bleus se sont alimentés en surface au large de la pointe au Boisvert, dans le secteur de Forestville. Deux d'entre eux semblaient plutôt maigres, ce qui n'est pas rare au printemps. Si tout va bien, ils accumuleront de bonnes réserves de graisse avant l'automne. 23 juin 2005, vol. 9 no24 Vue de terre On croit souvent à tort que l'observation de baleines ne peut avoir lieu qu'en bateau. Bonne nouvelle pour ceux qui n'auraient pas le pied marin : c'est loin d'être le cas! Le petit rorqual, par exemple, est une baleine plus côtière que pélagique. Au cours de la semaine, nos collaborateurs de Pointe-des-Monts, Godbout, Pointe-Carleton sur l'île d'Anticosti, le quai de Percé et la pointe de l'Islet à Tadoussac, pour n'en nommer que quelques-uns, ont eu la chance de faire de très belles observations de petits rorquals près de la côte. Ces baleines s'étaient probablement approchées à la poursuite de poisson, comme le capelan qui roule ces temps-ci à Percé. Le dénivelé du rivage, qui varie de la falaise abrupte à la plage en pente douce, influence aussi la distance à laquelle les baleines s'approchent de la côte. Beaucoup de sites le long du Saint-Laurent offrent de grandes profondeurs très près du rivage. Un observateur en a eu plein les yeux le dimanche 19 juin au cap de Bon-Désir, où la profondeur dépasse les 200 m très près des rochers. Entre 6 h et 7 h, ce lève-tôt a dénombré quatre marsouins communs, quatre petits rorquals, deux rorquals communs et deux rorquals bleus! Une multitude de bélugas ont réjoui les observateurs de Pointe-Noire du matin au soir les 21 et 22 juin. La plupart tournaient en rond et poursuivaient des proies, alors que deux bleuvets (des jeunes âgés d'un an) jouaient ensemble, se poursuivant et roulant l'un sur l'autre. Parfois, il est plus difficile de savoir précisément ce qui amène les baleines près du rivage. Une centaine de bélugas nageaient dans moins de 20 m d'eau devant Pointe-au-Boisvert le vendredi 17 juin, un site que cette espèce fréquente peu. Le cachalot qu'on voyait depuis trois semaines dans la baie des Anglais, près de Baie-Comeau, était toujours présent le 19 juin. Les cachalots préfèrent habituellement les eaux profondes au grand large, pourtant cet individu a été vu à plusieurs reprises à moins de 100 m du bord dans la baie des Anglais. Le matin du 22 juin, un cachalot a été signalé près de la côte devant le Centre de découverte du milieu marin aux Escoumins. Les chercheurs d'ORES ont pris des photos de l'animal, et le GREMM confirme qu'il s'agit de Tryphon, le plus fidèle des 24 individus figurant dans leur catalogue des cachalots du Saint-Laurent. Quelle est l'identité de celui de la baie des Anglais? Est-ce Tryphon, ou un deuxième individu? Une histoire à suivre… Les grands rorquals Les chercheurs de la Station de recherche des îles Mingan (MICS) rapportent 15 rorquals communs dispersés le long des rives de l'île d'Anticosti. Ils ont identifié l'une de ces baleines comme étant Baby Fin Nelson, un rorqual commun connu depuis 1986. Environ cinq rorquals communs et deux rorquals bleus nagent dans le secteur Tadoussac—Les Escoumins depuis une semaine, deux des rorquals communs s'alimentaient en surface à l'embouchure du Saguenay sous un nuage d'oiseaux blancs. Un rorqual bleu, que l'on croit être un individu jamais photographié auparavant, a été repéré devant Portneuf-sur-Mer. Deux rorquals communs et un rorqual à bosse sont signalés près de Percé, alors qu'un rorqual commun et un rorqual bleu ont été vus depuis le cap Gaspé. Le capitaine du traversier Forestville-Rimouski a noté deux rorquals bleus lors de plusieurs traversées la semaine dernière. Les gracieux géants du Saint-Laurent font un retour en force! 30 juin 2005, vol. 9 no25 Identité dévoilée L'identité d'un cachalot faisait l'objet d'incertitudes depuis son arrivée dans la baie des Anglais le 30 mai. La confirmation de l'identité d'une baleine passe par l'analyse minutieuse de photographies de haute qualité. Coup de chance, un observateur de passage dans le secteur a filmé la queue du cachalot alors qu'il plongeait. La qualité des images numériques extraites de son film était suffisante pour confirmer l'identité de l'animal; elles ont été comparées aux photos de cachalots prises dans le Saint-Laurent depuis 14 ans. Et oui, l'individu de la baie des Anglais était… Tryphon, le même cachalot qui a été repéré la semaine dernière, du mercredi au vendredi, dans la région des Bergeronnes. Cette information est intéressante en soi, mais c'est surtout une donnée précieuse pour les chercheurs qui tentent de suivre les allées et venues des baleines afin de comprendre leur utilisation de nos eaux été après été. Lagenorhynchus albirostris Et comment ça se prononce, ça? Lagenorhynchus albirostris est le nom scientifique d'une espèce de cétacés qui été vue nageant en un groupe d'une dizaine d'individus au large de la pointe Nord de l'île d'Anticosti dimanche dernier. Le groupe se déplaçait rapidement. Cette espèce de l'Atlantique Nord est assez commune dans le golfe du Saint-Laurent, mais on ne la rencontre pratiquement jamais dans l'estuaire. Ces animaux étaient seuls lors de cette observation récente, mais on observe souvent cette espèce en compagnie de rorquals communs ou de rorquals à bosse en train de s'alimenter. La coloration blanche sur le dos, entre la nageoire dorsale et la queue, combinée avec l'absence de jaune sur ses flancs, permet de le distinguer du dauphin à flancs blancs de l'Atlantique, plus répandu dans le golfe. Le nom de l'espèce vient de albi pour « blanc » et rostris pour « museau » : le dauphin à nez blanc. Beaucoup d'action au bout de la péninsule Gaspésienne Le capelan roule sur les plages de Gaspé et Percé ces temps-ci, et les résidants ne sont pas les seuls à profiter de la manne. Une dizaine de petits rorquals s'alimentaient entre Percé et l'île Bonaventure. Nageant dans ces mêmes eaux riches, on signale un rorqual bleu, deux rorquals à bosse, quatre rorquals communs et une trentaine de marsouins communs. Un peu plus au nord, cinq rorquals à bosse, y compris un jeune de l'année, étaient visibles des falaises du parc national de Forillon. L'un d'eux a sauté 20 fois de suite, bondissant parfois complètement hors de l'eau, ou ne sortant qu'à moitié avant de retomber sur le côté. Les petits rorquals participaient bien sûr au festin à Gaspé, en compagnie de cinq rorquals bleus et de nombreux marsouins communs. Les opérateurs de bateaux d'excursion dans ce secteur ont vu sur leur sonar des amas denses qu'ils croient être du krill. Ça donne l'eau à la bouche. 7 juillet 2005, vol. 9 no26 Baleines surprises Les petits rorquals ont beau être omniprésents dans le Saint-Laurent maritime, ils n'ont pas fini d'étonner et d'émerveiller les observateurs novices comme les plus chevronnés. Le 27 juin, près du rocher du Corps-Mort aux îles de la Madeleine, un petit rorqual a interrompu son repas pour inspecter un bateau sous toutes ses coutures pendant une vingtaine de minutes. À Tadoussac, le 4 juillet, même curiosité de la part d'un autre petit rorqual : il passait et repassait sous un pneumatique; l'embarcation a quitté lentement le secteur et la baleine a repris son manège auprès d'un second pneumatique. Dans la même région, un petit rorqual a sauté complètement hors de l'eau huit fois de suite, avant de s'approcher d'un gros bateau d'excursion pour faire du surf dans son sillage. Même sans être à ce point flamboyants dans leurs comportements, les petits rorquals soulèvent l'enthousiasme : à Pointe-des-Monts le matin du 6 juillet, des campeurs juchés sur des tables à pique-nique applaudissaient à chaque respiration des trois petits rorquals nageant non loin des rochers, nonchalants et indifférents à ces manifestations. Les engouffreurs La diversité des cétacés du monde peut être divisée en deux catégories : les cétacés à dents et les cétacés à fanons. Les rorquals du Saint-Laurent sont des cétacés à fanons. Il s'agit pour ces espèces d'engouffrer d'énormes volumes d'eau et de nourriture (environ le tiers de leur poids à chaque bouchée), de filtrer l'eau entre les fanons qui bordent leurs mâchoires supérieures tels des balais, et de déglutir les proies restées prisonnières dans leur bouche. Afin que chaque bouchée vaille l'effort déployé, on imagine qu'il faut que les proies soient nombreuses et rapprochées dans l'espace. Pour s'assurer des bouchées bien garnies, ces baleines ont donc recours à une panoplie de manœuvres et de stratégies, des comportements qui réjouissent les observateurs lorsque les proies sont près de la surface. Cette semaine, on nous signale en alimentation de surface deux petits rorquals en face de Franquelin et un petit rorqual près de la Grosse île au Marteau, dans l'archipel de Mingan. Ces animaux capturent surtout des petits poissons, des proies agiles et rapides, et leurs manœuvres se traduisent par des mouvements énergiques : sauts hors de l'eau, roulements, éclaboussures… plutôt spectaculaire! Les rorquals communs et les rorquals bleus peuvent agir avec plus de lenteur lorsqu'ils chassent le krill, des petits crustacés beaucoup moins mobiles. On voit alors, comme nous le racontent des observateurs de Gaspé et de Portneuf-sur-Mer cette semaine, ces géants glisser sur leur flanc, leur immense gueule béante engouffrant la mer et leur nageoire pectorale pointant vers le ciel. 14 juillet 2005, vol. 9 no27 Cachalot à Sept-Îles Un cachalot a été repéré dans la baie de Sept-Îles les 12 et 13 juillet. Aucune photo n'a été prise, et l'identité de cet individu reste donc inconnue. La semaine d'avant, un cachalot avait été repéré plus à l'ouest, près de Godbout. Ces observations suggèrent que Tryphon, le plus connu des cachalots du Saint-Laurent, se déplace vers l'aval. Il a été photographié plus tôt en saison à Baie-Comeau et près des Bergeronnes. Tryphon serait-il en voyage vers l'océan après sa visite annuelle dans l'estuaire? Les baleines et leurs petits Plusieurs baleines ont été observées avec un jeune de l'année à leurs côtés cette semaine. On distingue ces jeunes par leur petite taille et leur dépendance à un adulte. Quand les chercheurs des îles Mingan ont repéré trois rorquals à bosse, ils ont réussi à identifier les deux adultes, Hunter et Tracks. Tracks étaient accompagnées d'un petit. Un excursionniste de Portneuf-sur-Mer a croisé beaucoup de marsouins communs, plusieurs d'entre eux avec des nouveaux-nés à leurs flancs. Un autre excursionniste, celui-ci dans la région de Gaspé, nous rapporte trois rorquals à bosse, dont un baleineau, depuis plusieurs semaines déjà. Cette semaine, la mère et son jeune étaient particulièrement actifs; pendant 45 minutes, alors que l'adulte flottait sur le dos et frappait la surface de ses longues nageoires pectorales, le petit sautait hors de l'eau. Finalement, devant Saint-Siméon dans Charlevoix, un excursionniste a repéré un petit rorqual accompagné d'un baleineau. Le petit restait près de terre pendant que l'adulte, peut-être sa mère, s'alimentait au large. Les deux animaux se sont rejoints par la suite. Pour les espèces mentionnées plus haut, l'allaitement dure de 4 à 12 mois. À la fin de l'été, les jeunes rorquals seront définitivement indépendants, alors que les jeunes marsouins se prépareront à passer l'hiver auprès de leur mère. Où sont les baleines? « Où sont les baleines cette semaine? » Depuis de nombreuses années, l'équipe de rédaction des Nouvelles du large pose cette question à ses observateurs postés tout le long du Saint-Laurent, afin de tracer un portrait général de la situation. La réponse n'est jamais simple. Les baleines peuvent couvrir de grandes distances en une semaine et les patrons de déplacement sont difficiles à définir. En fait, les touristes, les chercheurs et les opérateurs de bateaux d'excursion voudraient tous savoir à l'avance où se pointeront les baleines, et chacun à son système pour tenter de prédire les mouvements de ces gracieux géants du Saint-Laurent. Certains relient leur présence (ou leur absence) aux phases de la lune ou des marées, la direction des vents, la présence de certaines espèces de baleines ou de proies. En réalité, leurs mouvements sont probablement guidés par un ensemble de facteurs, et aucun outil ne permet de prédire avec précision leurs allées et venues. Alors, où iriez-vous cette semaine si vous étiez une baleine? Ça dépendrait probablement de votre espèce, de votre appétit, d'où se trouvent vos proies préférées et d'où se rassemblent les individus de votre espèce, beaucoup d'informations que nous les humains ignorons. Toutefois, si vous voulez savoir où les baleines ÉTAIENT au courant de la semaine, consultez la carte des Nouvelles du large. 21 juillet 2005, vol. 9 no28 Hommage au marsouin commun Cette semaine, le marsouin commun, le plus petit des cétacés du Saint-Laurent, était signalé à la grandeur du Saint-Laurent, de Gaspé à Anticosti jusqu'à l'embouchure du Saguenay, en groupes variant de 3 à 100. Sa petite taille, environ 1,5 m de longueur, le rend plus difficile à repérer que ses grands cousins; les conditions doivent être relativement calmes pour faire de bonnes observations. Sa petite taille et ses habitudes discrètes le rendent aussi plus difficile à étudier que d'autres cétacés. Le marsouin commun est considéré en péril dans plusieurs régions à travers le monde. La menace principale serait les prises accidentelles dans les engins de pêche. Dans le Saint-Laurent, on s'inquiète aussi de la contamination chimique. Cette espèce est d'autant plus intéressante qu'elle est mystérieuse. La prochaine fois que vous serez près de l'eau ou en mer, prenez le temps de rechercher et d'apprécier les petits groupes de marsouins communs évoluant dans le secteur. Qui sait ce que vous découvrirez en observant attentivement ces petits cétacés peu connus. Grands rorquals dans l'estuaire Comparé au marsouin commun, le rorqual à bosse est à l'autre bout de l'échelle en termes de taille et de ce qu'on connaît de lui; il est possiblement le plus étudié des cétacés. Alors que des rorquals à bosse sont vus régulièrement à Mingan et en Gaspésie depuis quelques semaines, deux représentants de cette espèce ont fait leur apparition beaucoup plus en amont, entre Les Escoumins et Tadoussac, le lundi 18 juillet. Il s'agit de la première mention de rorqual à bosse dans l'estuaire depuis la mi-mai. Plusieurs rorquals communs et rorquals bleus étaient aussi dans le secteur, à la grande joie des croisiéristes locaux. Ces deux espèces s'étaient faites rares dans la portion amont de l'estuaire ces dernières semaines. Comme c'est souvent le cas, on pouvait voir du krill en surface dans le même secteur que les baleines, dont plusieurs s'alimentaient près de la surface. Queue de rorqual commun Des observateurs de Sept-Îles ont vu quelque chose de rare. Contrairement à l'impression laissée par les documentaires ou les cartes postales, peu d'espèces de cétacés sortent la queue hors de l'eau au moment de plonger, et le rorqual commun n'est pas l'une d'elles. Probablement en raison de son corps long, mince et flexible, le rorqual commun garde sa queue juste sous la surface quand il arque son dos pour partir en profondeur. Pourtant, l'un des trois rorquals communs repérés devant Sept-Îles cette semaine sortait systématiquement sa queue de l'eau au moment de plonger. Le fait qu'une partie de sa queue était coupée pourrait expliquer ce comportement peu courant. Groupe d'amis Alors qu'ils naviguaient vers Longue-Pointe-de-Mingan, des chercheurs du MICS ont rencontré un groupe de cinq cachalots à deux milles marins au large du village de Rivière-au-Tonnerre sur la Côte-Nord. Il s'agit d'un événement extrêmement rare; les observations de cachalot dans le golfe se comptent sur les doigts de la main. Le MICS a pu obtenir des photographies des animaux, qui serviront à tenter d'identifier s'il s'agit d'individus connus. Qui sait, peut-être que Tryphon, le cachalot solitaire qui a été identifié ces dernières semaines le long de la côte Nord de l'estuaire, est de retour… en bonne compagnie! 28 juillet 2005, vol. 9 no29 Spécial 1-877-7baleine Le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins a été créé en 2004. Il regroupe des institutions gouvernementales et des groupes privés québécois oeuvrant auprès des mammifères marins. Son mandat est d'organiser, de coordonner et de mettre en oeuvre des mesures visant à réduire les mortalités accidentelles de mammifères marins, à secourir des mammifères marins en difficulté et à favoriser l'acquisition de connaissances auprès des animaux morts, échoués ou à la dérive, dans les eaux du Saint-Laurent limitrophes du Québec. Voici quelques cas signalés au Réseau cette semaine. Une espèce rare et en péril à Percé Il reste moins de 325 baleines noires de l'Atlantique Nord (aussi appelées baleines franches) dans le monde. Deux d'entre elles ont été repérées du côté de Percé le dimanche 24 juillet dernier, en mi-journée. Il s'agissait d'une mère accompagnée de son baleineau. Depuis 1995, 30 individus, soit 10 % de la population, ont été photographiés dans le Saint-Laurent. Cinq d'entre eux étaient des mères accompagnées de jeunes. Qu'est-ce qui attire ces baleines dans le Saint-Laurent? Est-ce un habitat important pour elles? Chaque rencontre avec une baleine noire dans nos eaux aidera les chercheurs à répondre à ces questions. De plus, on se préoccupe de la sécurité de cette espèce fragile. Quatre individus observés dans le Saint-Laurent ces dernières années étaient empêtrés dans des engins de pêche et deux en sont morts. Chaque année, la moitié des mortalités chez cette espèce est imputable à une collision avec un bateau. Pour toutes ces raisons, le GREMM, appuyé par le Réseau, a mis sur pied un programme de vigilance pour la baleine noire dans le Saint-Laurent : si vous en rencontrez une, soyez vigilants, demeurez à plus de 400 m, si possible prenez des photos de la tête de la baleine et contactez rapidement le Réseau. Un grand merci! Sauvetage d'une baleine à Mingan Le 21 juillet dernier, les chercheurs du MICS et les gardes de parc de la Réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan ont procédé à une opération délicate : le sauvetage d'un jeune rorqual à bosse piégé dans des cordages d'engins de pêche. L'animal avait été signalé par des kayakistes, qui l'avaient d'abord cru mort. Ce type d'incident peut occasionner des blessures graves ou même entraîner la mort de l'animal. La rapidité d'action et la compétence de l'équipe d'intervention sont les clés du succès d'une opération de dépiégeage. Ces cas constituent la plus grande priorité du Réseau. Petit rorqual échoué à l'île d'Orléans Ce petit rorqual a défrayé les manchettes ces derniers jours. La carcasse a d'abord été signalée à la dérive près du port de Québec mardi après-midi, avant de s'échouer à la pointe Ouest de l'île d'Orléans mercredi. Jeudi, le ministère du développement durable, de l'environnement et des parcs du Québec a procédé à l'enlèvement de la carcasse afin d'éviter qu'elle devienne une nuisance publique. Parallèlement, des biologistes prélevaient des échantillons à des fins scientifiques et éducatives. La baleine est un mâle adulte de 7 m de long. Il est possible qu'elle soit arrivée vivante dans le secteur de Québec, pour mourir par la suite de causes naturelle ou accidentelle. Il est également possible qu'elle ait été frappée par un bateau en aval et déplacée sur une grande distance. Peut-être que l'examen de la carcasse permettra d'en apprendre davantage. 4 août 2005, vol. 9 no30 Qu'est-ce que c'était? La plupart des observations rapportées dans ce bulletin hebdomadaire proviennent d'observateurs chevronnés qui, pour diverses raisons, scrutent les eaux dans l'espoir d'y découvrir des indices de la présence de baleines. À l'occasion, les observations de baleines proviennent de sources « moins fiables », comme de visiteurs qui étaient au bon endroit au bon moment. L'identification certaine des différentes espèces de baleines requiert une bonne expérience; pour reconnaître les baleines avec facilité, on doit en avoir vu suffisamment pour comparer et déduire. Les indices permettant de distinguer une espèce d'une autre peuvent être aussi subtiles que la différence entre le souffle du rorqual commun et du rorqual bleu, ou aussi évident que le contraste entre le dos blanc d'un béluga et le dos noir d'un petit rorqual. Pourtant, un petit rorqual sur le dos peut être confondu avec un béluga puisque son ventre est… blanc! La queue d'un petit rorqual pratiquant des manœuvres d'alimentation sur le côté se confond à s'y méprendre avec la nageoire dorsale d'un épaulard. De plus, des facteurs comme la distance, les conditions de lumière et la météo peuvent compliquer l'identification certaine de l'espèce même pour les observateurs aguerris. S'ajoutent à tout cela les espèces rares qui apparaissent de temps à autre dans le paysage, et qui font hésiter même les plus expérimentés. Il n'est pas toujours facile de décoder les images d'animaux étranges se comportant de manière étrange pendant les quelques secondes où ils font surface. Une baleine franche? Au cours de la fin de semaine, plusieurs observateurs de différents secteurs de l'estuaire, certains expérimentés et d'autres novices, ont repéré une baleine bizarre au loin. Chacune de leur description de la créature mystérieuse semble indiquer la présence d'au moins un représentant d'une espèce en danger de disparition, la baleine noire de l'Atlantique Nord, dans les eaux de l'estuaire. La baleine noire, aussi appelée baleine franche, est une baleine ronde et dodue, au large dos noir, sans nageoire dorsale et au souffle diffus, en forme de V. Si vous apercevez une baleine noire dans le Saint-Laurent, il est recommandé de demeurer à 400 m d'elle et de ralentir. Signalez rapidement votre observation à Urgences Mammifères Marins au 1-877-7baleine. Chaque mention de baleine noire aide à mieux comprendre l'utilisation du Saint-Laurent par cette espèce. Ce sont des informations précieuses pour sa sauvegarde. Les vocalises du canari des mers Une observatrice régulière dans le fjord du Saguenay nous rapporte la présence d'une vingtaine de bélugas, un petit rorqual et trois phoques communs dans la baie Sainte-Marguerite au cours de la semaine. Alors qu'elle observait les bélugas à partir de la terre à l'aide d'un télescope, elle a remarqué que plusieurs individus avaient des marques et des cicatrices sur leur corps. Ces individus sont probablement fichés dans le catalogue des bélugas du GREMM/INESL. Cette espèce est reconnue pour son répertoire vocal étendu et varié, mais ces bruits sont rarement audibles en surface. Pourtant, le lundi 1er août, elle a entendu plusieurs de ces baleines émettre des sons plutôt forts hors de l'eau. Ce comportement serait moins inhabituel dans la baie Sainte-Marguerite qu'ailleurs dans leur habitat. Jusqu'à présent, les scientifiques ne s'expliquent pas clairement ce comportement. 11 août 2005, vol. 9 no31 Des bélugas en aval On dit que le béluga est le seul cétacé qui réside à l'année dans le Saint-Laurent, mais son aire de distribution estivale est essentiellement restreinte à un territoire centré autour de l'embouchure du Saguenay. De grands groupes de cette petite baleine blanche sont régulièrement observés en amont devant Rivière-du-Loup, dans la baie Sainte-Marguerite dans le fjord du Saguenay, au large de Tadoussac, des Escoumins et même entre Forestville et Rimouski. Cette semaine, cependant, il y a plusieurs mentions de bélugas encore plus en aval. Un membre d'équipage du Camille-Marcoux, le traversier Matane-Godbout, a observé cinq bélugas nageant près de Matane sur la rive Sud. Un autre observateur a noté quatre bélugas au large de Pointe-aux-Outardes sur la Côte-Nord vendredi. On pourrait conclure qu'il y a toujours une poignée d'aventuriers dans quelque population que ce soit. Globicéphales noirs Alors qu'il naviguait à environ un mille marin au nord de Cap-aux-Meules l'après-midi du 29 juillet, un observateur des îles de la Madeleine a repéré ce qu'il a d'abord cru être un groupe d'environ 25 dauphins. En s'approchant il s'est rendu compte que les cétacés qu'il observait étaient beaucoup plus gros que des dauphins. Leur coloration foncée, leur grosse nageoire dorsale et leurs très longues nageoires pectorales (l'un d'eux a nagé sur le dos) l'ont convaincu qu'il s'agissait en fait d'un groupe de globicéphales noirs. Inquiet pour leur sécurité si près du rivage (il savait que cette espèce est reconnue pour ses échouages massifs), il est resté avec eux pendant quelques heures. Pendant toute la durée de l'observation, les globicéphales étaient très actifs, sortant leur queue, leurs nageoires pectorales et leur tête de l'eau. L'un d'eux a même sauté complètement hors de l'eau. Notre observateur a remarqué une grande quantité de lançon et de maquereau dans le même secteur; il suppose que les baleines se nourrissaient. Les baleines ont finalement quitté le secteur. Plus tard en soirée et le lendemain, il a vu un globicéphale solitaire. Le globicéphale noir est un visiteur régulier du Sud du golfe du Saint-Laurent, peut-être en raison de ses habitudes plutôt pélagiques. À cocher sur la liste En tout, 13 espèces de cétacés figurent sur la liste des espèces du Saint-Laurent. Chaque semaine on nous rapporte des observations des sept espèces les plus communes dans le Saint-Laurent baignant les côtes du Québec : le béluga, le marsouin commun, le dauphin à flancs blancs, le petit rorqual, le rorqual à bosse, le rorqual commun et le rorqual bleu. Jusqu'à présent cette saison, il y a aussi eu quelques mentions de cachalot, de dauphin à nez blanc et de la très rare baleine noire de l'Atlantique Nord. Les globicéphales noirs observés cette semaine font grimper le total à 11 espèces sur 13! Qui sait quand, ou si, nous recevrons la visite cette année des deux autres espèces sur la liste : la baleine à bec commune et l'épaulard. 18 août 2005, vol. 9 no32 Des cachalots en balade Décidément, c'était la semaine des cachalots dans le Saint-Laurent. Le vendredi 12 août, deux individus de cette espèce ont été observés au large de Forestville. Le lendemain, des croisiéristes en ont rencontré 11 en face des Bergeronnes. Ces cachalots se déplaçaient en groupes de six, trois et deux individus et sortaient la queue avant leurs plongées en profondeur. Les croisiéristes ont tout de suite appelé le GREMM qui a envoyé une équipe de recherche dans l'espoir de les photographier. L'équipe a trouvé neuf cachalots qui s'étaient déplacés vers la rive Sud. Ils nageaient lentement vers l'aval et effectuaient de courtes plongées d'une dizaine de minutes. Puisque les animaux ne sortaient pas la queue avant leurs plongées, les chercheurs ont dû se contenter de photographier leurs flancs, moins utiles que la queue pour l'identification. Avis à toutes et à tous : en échange de photographies de queues de ces baleines, accompagnées de la date, de l'heure et du lieu d'observation, le GREMM offre l'histoire du géant! Le lundi suivant, c'était au tour de quelques observateurs de Pointe-des-Monts d'apercevoir un cachalot en face de leur maison! Le même jour, l'équipe du MICS a passé la journée avec six cachalots au nord de l'île d'Anticosti. Cette fois, les chercheurs ont pu photographier leur queue et leurs flancs. Un cachalot se déplace à une vitesse moyenne de deux ou trois nœuds (de 4 à 6 km/h) et peut atteindre 12 nœuds s'il est pourchassé. Il est donc peu probable qu'il s'agisse des mêmes individus que ceux observés dans l'estuaire au cours de la fin de semaine, car pour franchir la distance qui sépare Les Bergeronnes de l'île d'Anticosti, il aurait fallu que les mythiques baleines nagent à une vitesse de 10 nœuds (environ 18 km/h) pendant une trentaine d'heures! Des perséides aquatiques Plusieurs grands rorquals ont été observés au cours de la semaine dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Samedi, un rorqual bleu a été vu aux Bergeronnes. Lundi, cinq rorquals bleus et autant de rorquals communs ont été observés aux îlets Boisés, près des Petits-Escoumins. Un des rorquals communs, certainement une femelle, était accompagné d'un baleineau. Les rorquals se nourrissaient de krill à la surface. La bioluminescence était si intense qu'elle illuminait l'eau dès le crépuscule. Sur la rive Sud, entre Sainte-Félicité-de-Matane et Les Méchins, les observateurs ont dénombré au moins six rorquals communs, un rorqual bleu (en alimentation) et deux rorquals à bosse. Dans le golfe, l'équipe du MICS a rencontré sept rorquals à bosse au nord-ouest de l'île d'Anticosti et 25 rorquals communs à Rivière-au-Tonnerre. Quelques rorquals communs et rorquals bleus ainsi qu'un rorqual à bosse naviguaient au large de Gaspé et de Percé. Des petits rorquals et des marsouins communs étaient au rendez-vous dans presque tous les secteurs, depuis Port-au-Persil jusqu'à Gaspé-Percé. Quelques petits rorquals ont remonté le Saguenay jusqu'à la baie Sainte-Marguerite et un béluga s'est rendu à baie Éternité à environ 60 km en amont de Tadoussac. Des centaines de dauphins Dimanche dernier, le traversier Forestville-Rimouski a croisé un dauphin à flancs blancs. Les passagers ont-ils eu l'œil assez vif pour l'apercevoir? Le même jour, 500 dauphins à flancs blancs se trouvaient au large de Gaspé. Oeil vif ou pas, gageons que la plupart des croisiéristes ont eu le temps de les voir. 25 août 2005, vol. 9 no33 Brouillard ou brume? Quand l'humidité sature le paysage, il faut utiliser nos oreilles plus que nos yeux pour découvrir la nature. Cette semaine s'est avérée propice à " l'observation sonore " dans plusieurs secteurs du Saint-Laurent noyés de pluie et de brouillard. Au fait, était-ce du brouillard ou de la brume? Selon le Service météorologique du Canada, le brouillard est un amas de minuscules gouttelettes d'eau ou de cristaux de glace qui réduisent la visibilité de surface. Sa composition est identique à celle d'un nuage qui toucherait le sol. Lorsque ce phénomène réduit la visibilité horizontale à un kilomètre et moins, on l'appelle brouillard. Lorsque la visibilité est supérieure à un kilomètre, on parle plutôt de brume. Le brouillard prend divers noms selon son mode de formation et ses caractéristiques : brouillard de rayonnement, d'advection, de pente, des surfaces enneigées, givrant, glacé, d'évaporation, fumée de mer arctique et quoi encore. Peu importe dans quel type de brouillard vous vous trouvez, amusez-vous à reconnaître les divers sons qui s'y propagent : la sirène des navires, le cri perçant des oiseaux marins, la respiration bruyante des phoques, le souffle léger des marsouins communs, celui plus fort des bélugas et des petits rorquals ou le souffle explosif des grands rorquals. Surveillez aussi les signaux lumineux des phares de navigation. Chaque phare émet un signal particulier qui aide les navigatrices et les navigateurs à se situer dans le paysage. Pot-pourri marin Quelques rorquals bleus et rorquals communs ont été observés cette semaine à la pointe à la Carriole près de Tadoussac ainsi que dans la baie de Mille-Vaches entre Les Escoumins et Portneuf-sur-Mer. Lundi dernier, l'équipe du GREMM a photographié King Fisher, un rorqual bleu femelle connu du MICS depuis 1990 et qui est venu dans l'estuaire avec son baleineau en 2003. Cette semaine, King Fisher nageait tout près d'un rorqual commun au nom très évocateur de F613 en face des îlets Boisés. F613 est connu du GREMM depuis 1997 et a été photographié il y a un mois près des Bergeronnes. Entre Mingan et l'île d'Anticosti, les rorquals communs, les rorquals à bosse et les petits rorquals étaient nombreux. Du côté des Îles-de-la-Madeleine, les observateurs ont pu voir de 15 à 60 phoques communs et phoques gris tous les jours. L'activité était intense au bout de la péninsule gaspésienne où les dauphins à flancs blancs se comptaient toujours par centaines et où un requin pèlerin a été observé tout près du phare de cap des Rosiers lundi. Ce poisson de huit à dix mètres de longueur ne mange que du plancton. Bélugas singuliers Une cinquantaine de bélugas, adultes et jeunes, se sont aventurés dans la baie de Tadoussac samedi dernier en début d'après-midi. Les animaux ont fait un crochet vers le quai et ont longé un navire qui partait pour le large, au plus grand bonheur des passagers et des gens qui déambulaient sur le quai. Plus tôt cette semaine, des croisiéristes qui entraient dans le Saguenay ont rencontré des bélugas qui en sortaient. Un béluga adolescent, reconnaissable à sa couleur grise, a charmé tout le monde en sortant son corps de l'eau jusqu'au nombril. Melon et bedon au vent , il avait une allure plutôt singulière. L'adolescence, âge ingrat? Soupe glacée Le quai de Godbout grouillait de vie lundi soir et s'est transformé en une véritable plateforme d'observation pour les quelque 50 personnes qui s'y trouvaient. Une dizaine de petits rorquals se nourrissaient dans un bouillon de lançons à proximité du quai. Ces poissons s'agitaient près de la surface et les petits rorquals s'en donnaient à cœur joie dans cette soupe maritime, se tournant sur le côté et exhibant leurs sillons ventraux distendus et rosés. Cette espèce est friande de poissons fourrages tels que le lançon, le hareng, l'éperlan et le capelan. Deux ou trois gibards — un autre nom des petits rorquals — se sont même approchés à trois mètres du quai! 1 septembre 2005, vol. 9 no34 Une anse blanche La semaine dernière, on signalait la présence d'un grand groupe de bélugas dans la baie de Tadoussac. Cette semaine, c'était au tour d'un employé du centre des Services de communications et de trafic maritimes (STCM) des Escoumins d'être témoin de ce qu'il a appelé un congrès de baleines dans l'anse aux Basques, connue localement sous le nom de l'anse aux Pilotes. Pas moins de 50 bélugas se sont rassemblés en face du centre et sont entrés dans l'anse, seuls ou en petits groupes de quatre à six individus. De son point de vue situé à flanc de colline, l'observateur a pu épier les baleines en toute quiétude pendant les 20 minutes qu'elles ont passé dans l'anse. Elles formaient souvent un cercle. Les employés du centre ne se rappellent pas avoir vu autant de bélugas à cet endroit au cours des 20 dernières années. Plus tôt le matin, une équipe du GREMM avait posé un émetteur radio sur un béluga, à environ cinq kilomètres au large des Bergeronnes. Cet individu n'était pas au nombre des bélugas qui sont entrés dans l'anse aux Pilotes, mais les chercheurs rapportent que les quelque 50 bélugas observés dans l'anse faisaient partie d'un troupeau d'environ 100 animaux qui se déplaçaient vers l'aval et parmi lesquels se trouvait l'animal marqué. Exploraient-ils la côte? Cherchaient-ils de la nourriture? On ne peut en être certain. Les chercheurs ont suivi l'animal marqué toute la journée jusqu'à Sault-aux-Moutons où l'émetteur est finalement tombé, comme prévu, et a été récupéré. Un estuaire bleu Les croisiéristes et les chercheurs ont rapporté plusieurs rassemblements de rorquals bleus dans la partie aval de l'estuaire du Saint-Laurent au cours de la semaine, entre autres un regroupement spectaculaire de six de ces grandes baleines. De nombreux observateurs ont vu les animaux se nourrir près de la surface, une scène remarquable. Quand ces géantes ouvrent leur gueule grande comme une porte de garage, on n'a pas de mal à croire qu'elles puissent engloutir plusieurs tonnes de krill au cours d'une seule journée. Le chercheur Richard Sears, du MICS, a fait la photo-identification de 12 rorquals bleus entre Les Escoumins et Forestville la semaine dernière. Des dauphins partout! Cette semaine encore, de très nombreux dauphins à flancs blancs de l'Atlantique ont été observés dans le golfe. On a dénombré de 200 à 400 de ces petits cétacés au large de Gaspé et de Percé. Les jours calmes, ils sont plus faciles à repérer quand ils sautent et éclaboussent la surface, brisant la mer d'huile de leurs bouillons blancs. Le nombre record de dauphins à flancs blancs a été observé au large de Sheldrake sur la Côte-Nord, dans le secteur du banc Parent, où l'équipe du MICS a rencontré environ 1000 de ces dauphins en compagnie de 20 rorquals à bosse, 200 marsouins communs, 11 rorquals communs et 45 petits rorquals. Une réunion plutôt impressionnante de cétacés, n'est-ce pas? Dans l'estuaire du Saint-Laurent, deux dauphins plus solitaires ont voyagé dans la vague d'étrave de deux navires de croisière pendant une grande partie de leur trajet entre Les Bergeronnes et Les Escoumins. Et finalement, une observatrice de la lointaine Nouvelle-Écosse, nous a fait parvenir des photographies d'un groupe de dauphins de cette espèce qui nageaient à l'ouest de l'île du Cap-Breton. 8 septembre 2005, vol. 9 no35 Baleines hors limites Cette semaine, trois espèces de baleines ont été vues à l'extérieur des limites de leur aire de distribution estivale dans le Saint-Laurent. Un visiteur séjournant dans un gîte sur le bord de l'eau, près de Cap-à-l'Aigle dans la région de Charlevoix, a observé un rorqual commun nageant au large. Durant l'été, les rorquals communs se limitent habituellement à la région de la tête du chenal Laurentien, près de Tadoussac, mais ces dernières années, plusieurs représentants de cette espèce ont repoussé la limite vers l'amont. Puis, au milieu d'observations plus habituelles, soit deux rorquals bleus, quatre petits rorquals et plusieurs marsouins communs, notre observatrice de Pointe-des-Monts, situé à la jonction de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, a noté la présence d'un béluga qui sortait la queue à chaque plongée. Cet individu se trouvait au-delà de la limite aval de l'aire de distribution estivale du béluga du Saint-Laurent; c'est habituellement durant la saison froide que cette population se déplace si bas dans l'estuaire et dans le golfe. Finalement, des observateurs de Sainte-Thérèse-de-Gaspé ont photographié pas moins de trois baleines noires, aussi appelées baleines franches, à 12 milles marins du cap d'Espoir, au sud-ouest de Percé, les 25 et 26 août derniers. Depuis 1995, il s'agit d'une aire de concentration pour cette espèce rare dans le Saint-Laurent. Les baleines noires se rassemblent plutôt dans la baie de Fundy pendant l'été. Chaque mention de baleine noire dans nos eaux est précieuse pour les scientifiques qui veulent comprendre la place du Saint-Laurent dans la vie de cette espèce en péril. Il y a probablement autant d'explications pour ses baleines qui repoussent les limites qu'il y a d'observations, mais l'hypothèse qui revient le plus souvent est que ces aventurières sont en quête de nourriture. Chose certaine, comme avec la plupart des populations animales, il y a des exceptions à la règle; parlez-en aux ornithologues qui rapportent aussi plusieurs observations spéciales d'oiseaux à l'extérieur de leur aire de distribution normale. Observations de phoques en abondance Des phoques gris ont été rapportés récemment à l'embouchure de la rivière Portneuf. Même si ce n'est pas la première fois que cette espèce est vue dans la région (les années précédentes, on les observait sur le banc de sable à l'embouchure de la rivière), cette fois, les phoques étaient plus haut qu'à l'habitude, soit près de la marina de Portneuf. La nourriture semble être la principale attraction, puisque dans le même secteur un grand nombre de goélands et de cormorans à aigrettes ont été vus s'alimentant de lançon et autres petits poissons. Dans le même ordre d'idée, mais à plus grande échelle, de 200 à 300 phoques gris ont été vus sur ou près du Rocher du Corps Mort aux îles de la Madeleine. Selon un observateur local, c'est deux à trois fois plus que ce qu'on observe habituellement. Rorqual à bosse échoué à Blanc-Sablon Une carcasse de rorqual à bosse s'est échouée sur la plage municipale de Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord, le 4 septembre. Les chercheurs du MICS ont identifié l'animal comme étant Lobo, une femelle qui a été vue pour la première fois en 1989 alors qu'elle était encore petite et donc jeune. Jusqu'à maintenant, la cause de la mort de cette très grosse femelle adulte demeure inconnue. Pour en savoir plus Cliquez sur les "Dernières nouvelles" sur le site du MICS 15 septembre 2005, vol. 9 no36 Les géants d'en bas Jusqu'à 12 rorquals bleus et 7 rorquals communs ont été observés dans la portion aval de l'estuaire du Saint-Laurent, entre Les Escoumins et Forestville. Certains des rorquals bleus étaient en paires, probablement formées d'une femelle accompagnée d'un mâle. Ce comportement est typique de la fin de l'été et du début de l'automne, et pourrait être une préparation à la reproduction hivernale. Un observateur de Portneuf-sur-Mer a également remarqué sur son sondeur de grands nuages de ce qu'il pense être du krill à des profondeurs de 6 à 12 mètres près de la baie des Milles Vaches. Ces nuages sont probablement ce qui attire les grands rorquals dans le secteur; les baleines n'ont pas été vues s'alimentant en surface, mais leur patron de respiration suggère qu'elles ne plongeaient pas très profondément; elles pourraient donc s'alimenter du krill présent à faibles profondeurs. Ce n'est pas n'importe où que les deux plus grands animaux de la planète trouvent assez de nourriture pour satisfaire leur appétit; les rorquals bleu et commun consomment plus d'une tonne de proies par jour… par individu! Parmi les autres lieux de rassemblements pour les grands rorquals du Saint-Laurent, on compte la région de Mingan, où les chercheurs du MICS dénombraient cette semaine quelque 50 rorquals à bosse et 15 rorquals communs. La péninsule gaspésienne était aussi très achalandée, avec 15 rorquals bleus, dont une paire mère-baleineau, et 8 rorquals communs relevés par les croisiéristes de Gaspé et de Percé. Des bélugas aventuriers Un observateur de Saint-Fulgence, à environ 100 km en amont de l'embouchure du fjord du Saguenay, roulait le long de la rive Nord-Ouest. Il a alors remarqué, ravi, au moins 15 bélugas nageant près de la rive opposée. Même si les bélugas fréquentent assidûment le Saguenay, ils sont habituellement vus dans la portion aval du fjord. Il s'agissait d'ailleurs de la première observation de ce témoin en trois ans de contemplation du fjord! La vie est remplie de surprises, quand on se donne la peine de regarder. Où sont les petits rorquals de l'estuaire? Le petit rorqual est le plus petit et le plus côtier des rorquals. Cette espèce, reconnue pour ses comportements d'alimentation de surface spectaculaires, est généralement omniprésente le long de la rive Nord de l'estuaire entre avril et octobre. Cette semaine, un individu connu des chercheurs d'ORES sous le nom d'Artiste a été fidèle à la pointe de l'Islet, à Tadoussac, où il a été vu s'alimentant activement, se tournant sur le côté et sur le dos pour capturer ce qui était sans doute de petits poissons grégaires comme le capelan ou le lançon. Quelques autres individus éparpillés ont été vus le long de la côte. Mais ces dernières semaines, les observations de petits rorquals dans l'estuaire ont été définitivement moins abondantes que par le passé. Où sont-ils donc? Difficile à dire. Repérer un petit rorqual quand il ne s'alimente pas en surface peut être un défi; il ne passe que peu de temps en surface entre ses plongées et est très rapide. De plus, en raison de sa taille relativement petite (6 à 8 mètres de long), son souffle est rarement visible. Dans le golfe, au contraire, les petits rorquals sont toujours abondants : plusieurs douzaines ont été rapportées près de Rivière-au-Tonnerre, sur la Côte-Nord, ainsi qu'au large de Percé. 22 septembre 2005, vol. 9 no37 Baleineaux Au début juin, on voyait des baleineaux de rorqual commun, béluga, marsouin commun et petit rorqual dans divers secteurs du Saint-Laurent. Beaucoup de ces jeunes n'étaient pas sevrés et nageaient aux côtés de leur mère. Cette semaine, après quelques mois et bien de l'eau sous les ponts, on rapporte encore des baleineaux à divers endroits. Un observateur de Portneuf-sur-Mer a vu un petit petit rorqual nageant en compagnie… d'un rorqual commun! Il a également noté beaucoup de marsouins communs, dont plusieurs étaient manifestement des jeunes; on remarquait bien leur petite taille quand ils nageaient près d'un adulte. Un autre observateur qui faisait du kayak près de Kamouraska a observé un grand nombre de bélugas adultes accompagnés de petits bélugas gris; les bélugas naissent foncés et pâlissent progressivement, jusqu'à devenir complètement blancs à l'âge adulte. L'équipe volante de la Station de recherche des îles Mingan a pour sa part repéré un jeune rorqual commun le long de la côte gaspésienne. Même si toutes ces espèces ont des périodes de reproduction distinctes, il n'est pas si improbable d'observer autant de baleineaux à cette époque de l'année. Contrairement aux oiseaux marins qui nichent pour une brève période à un moment très spécifique de l'année, les saisons de reproduction des cétacés peuvent s'étirer sur quelques mois. Ajoutez à cela une grande variabilité dans la durée de la période d'allaitement, et l'on comprend facilement qu'on observe des baleineaux tout au long de l'été. Ces observations sont tout de même encourageantes, surtout quand il s'agit d'espèces en péril comme le béluga, le marsouin commun et le rorqual commun. Trahis par leur couleur Un observateur chevronné travaillant à bord du Camille-Marcoux, le traversier qui relie les villes nord-côtières de Godbout et Baie-Comeau à Matane sur la rive Sud, a repéré un groupe de 12 dauphins à flancs blancs à environ quatre milles marins au large de Matane le lundi 19 septembre. Comme il voit régulièrement des marsouins communs (il estime qu'une cinquantaine nage le long de la Côte-Nord aux deux quais qu'il dessert), il est tout à fait certain que ces animaux étaient bel et bien des dauphins. Impossible pour eux de rester incognito, la bande blanche sur leurs flancs les a trahis. Alors que les dauphins à flancs blancs ont été nombreux dans le nord du golfe et à la pointe de la péninsule gaspésienne cette saison, les observations dans l'estuaire ont été sporadiques. Les bleus gaspésiens Les rorquals bleus entrent habituellement dans le Saint-Laurent au printemps par la portion Sud du golfe, avant de traverser en direction de Pointe-des-Monts. Autrefois, plusieurs rorquals bleus descendaient par la suite le long de la côte Nord pour atteindre les eaux de la Minganie. Mais depuis une dizaine d'années, les chercheurs du MICS trouvent plus de rorquals bleus dans la portion amont de l'estuaire que dans le nord du golfe, et ça a d'ailleurs été le cas cette saison. À l'occasion d'une expédition très profitable le long de la côte Nord de la péninsule Gaspésienne, les chercheurs du MICS estiment avoir croisé 35 rorquals bleus entre Cloridorme et le cap Gaspé cette semaine. Les défis que rencontrent les chercheurs de baleines sont nombreux, et trouver le plus grand animal de la planète peut être aussi difficile parfois que de trouver une aiguille dans une botte de foin. 29 septembre 2005, vol. 9 no38 Spécialité saisonnière : l'anguille Les bélugas sont connus pour manger de tout, que ce soit des crustacés, des vers ou une grande variété de poissons; ils sont très opportunistes. Que les poissons traversant leur habitat se le tiennent pour dit! Alors qu'il photographiait un groupe de bélugas près du cap de la Boule dans le fjord du Saguenay le mardi 27 septembre en après-midi, l'équipage du bateau de recherche du GREMM, Le Bleuvet, a remarqué plusieurs de ces baleines blanches qui poursuivaient de longues proies sinueuses près de la surface. Ils ont pu identifier la proie quand l'une des anguilles a tenté d'échapper à son immense prédateur blanc en sautant hors de l'eau. L'équipage a été témoin de six attaques distinctes en deux heures d'observation. Les anguilles matures entreprennent à l'automne une grande migration des eaux douces où elles vivent jusque dans la mer des Sargasses, dans le sud-ouest de l'Atlantique Nord, où elles se reproduisent. Elles sont donc une gâterie hors de l'ordinaire pour les bélugas, étant seulement de passage dans l'estuaire. Malheureusement, les anguilles qui vivent dans le lac Ontario accumulent de grandes concentrations de BPC et de Mirex. Une étude a d'ailleurs démontré que la consommation d'anguilles, pendant la brève période où elles sont disponibles, pourrait expliquer une grande part des concentrations de certains contaminants mesurées chez les bélugas. Les mammifères marins se nourrissent d'anguilles à leurs risques et périls… Ce n'est pas un jeu Les bélugas n'étaient pas les seuls à se nourrir en surface. Cette semaine, jusqu'à une dizaine de petits rorquals s'alimentaient activement entre le haut-fond Prince et l'île Rouge, à l'embouchure du Saguenay, et au large de la pointe à la Carriole, quelques kilomètres en aval de Tadoussac. Pour le plus grand plaisir des observateurs, de gros ventres rosés, des rostres pointus, des nageoires pectorales et des queues fendaient la surface de l'eau alors que ces prédateurs agiles manœuvraient pour capturer leurs proies. Comme on pouvait s'y attendre, les baleines s'alimentaient souvent dans les barres de courants créées par la marée descendante. Très divertissante pour les observateurs, cette chasse enlevée ayant pour objet de petites proies rapides représente un sérieux travail pour les petits rorquals; ceux-ci consomment près de 90 kg de proies par jour par individu. Vive la diversité! Les observateurs de Gaspé ont eu le privilège de rencontrer un large éventail de cétacés, de toutes les tailles et de toutes les formes. D'abord, et ce n'est pas rien, on estime que 400 marsouins communs nageaient aux abords de la péninsule gaspésienne cette semaine. Pour les autres espèces, de la plus petite à la plus imposante, on rapporte cinq petits rorquals, trois rorquals à bosse, six rorquals communs et huit rorquals bleus. Toutes ces espèces migrent dans le Saint-Laurent pour se nourrir, mais on ne sait pas si cela entraîne de la compétition entre elles. Les marsouins communs du Saint-Laurent se nourrissent surtout de capelans, alors que les rorquals bleus préfèrent de petits crustacés planctoniques appelés krill. Le régime alimentaire des petits rorquals, des rorquals à bosse et des rorquals communs inclut une diversité de poissons grégaires, comme le hareng, le lançon et le capelan, de même que du krill. Il y en a pour tous les goûts, dans le Saint-Laurent! 6 octobre 2005, vol. 9 no39 Queue de baleines L'image qui nous vient généralement en tête quand on pense « baleine » est celle d'une énorme queue ruisselante s'élevant au-dessus de la surface, alors que la baleine pique vers les profondeurs. Cependant, ce ne sont pas toutes les baleines qui sortent la queue au moment de plonger. La plupart du temps, quand on repère une baleine, on voit d'abord son souffle, suivi par son dos et finalement sa nageoire dorsale. Dans le Saint-Laurent, seuls le rorqual à bosse, le cachalot et la baleine noire sont considérés comme des espèces qui sortent régulièrement la queue pour plonger. Chez le rorqual bleu, environ un individu sur cinq le ferait. Pourtant, cinq des sept rorquals bleus évoluant au large de Portneuf-sur-Mer cette semaine (trois paires et un animal solitaire) présentaient la queue à chaque plongée. Qui plus est, la paire de rorquals bleus sillonnant le secteur entre Percé et Gaspé était aussi composée de deux individus dont la queue émergeait au moment de plonger. Curieux, impressionnant et mystérieux… Les feux de l'automne Le bleu (des baleines, du ciel et de la mer) n'est pas la seule couleur qui attire notre attention à cette époque de l'année. De grands paquebots transatlantiques sont en visite annuelle dans l'estuaire pour s'émerveiller des jaunes, des orange et des rouges qui enflamment nos paysages. Beaucoup des citoyens temporaires de ces villes flottantes habitent des latitudes où ce spectacle annuel n'a pas lieu. À l'embouchure du Saguenay, le paysage flamboyant sert de toile de fond aux marsouins communs, aux petits rorquals se nourrissant en surface, aux bélugas, aux phoques gris et à une multitude de goélands et de mouettes. Cet étalage fugace (les vents d'automne emporteront bientôt les feuilles multicolores) est à couper le souffle dans le fjord où la forêt est une véritable courte-pointe d'essences, incluant les conifères, le bouleau, le peuplier, le sorbier et les érables. L'air frais et vif et l'angle du soleil, déjà plus bas sur l'horizon, changent la qualité de la lumière… les rives semblent rayonner! Début de l'hivernage en Gaspésie C'était la dernière semaine d'opération pour les bateaux d'excursions de la région de Gaspé et Percé. Pourtant, les baleines ne manquent pas! Pas moins de trois rorquals à bosse et huit rorquals communs ont été repérés devant le cap Gaspé au cours de la dernière excursion aux baleines en partance de Grande-Grave. Tout n'est pas perdu : on peut toujours apercevoir ces baleines à partir du rivage, sur le cap Gaspé ou à Cap-aux-Os; une belle balade le long des caps!Les bateaux de Percé, au cours de leur dernière semaine, ont observé une paire de rorquals bleus, quelque 200 marsouins communs et près d'une douzaine de petits rorquals. Comme s'il les saluait une dernière fois, un petit rorqual a sauté plusieurs fois hors de l'eau entre le quai de Percé et l'île Bonaventure. 13 octobre 2005, vol. 9 no40 À l'entrée du fjord L'embouchure du fjord du Saguenay est un carrefour où se rencontrent deux cours d'eau majeurs au rythme du flux et du reflux de la marée. On parle ici de forces incommensurables. Les nombreux bélugas arpentant le Saguenay témoignent du fait que ce secteur est au cœur de leur vie. Pourtant, leur destination et la raison de ces déplacements demeurent un mystère. La présence de six petits rorquals et d'un rorqual commun près de l'embouchure du fjord est par contre moins mystérieuse; ils viennent pour la table. Plusieurs petits rorquals ont aussi été aperçus à la hauteur des traversiers qui relient les rives du Saguenay. L'un d'eux effectuait d'énergiques manœuvres d'alimentation de surface l'après-midi du 12 octobre. Il était facile de suivre ses déplacements; quatre ou cinq goélands le survolaient comme autant de petits drapeaux de signalisation, et quand la baleine ne brisait pas la surface, les remous puissants engendrés par ses activités subaquatiques la trahissaient. Souvent, quand ce petit rorqual venait respirer, son souffle fleurissait bien haut, comme une petite explosion de vapeur s'élevant à quelques mètres dans les airs, étincelant au-dessus des diamants scintillants des vagues dans la lumière oblique du soleil automnal. Mammifères terrestres et marins Même si les vents forts ont retenu à quai les bateaux de Portneuf-sur-Mer à quelques reprises au cours de la fin de semaine dernière, les observateurs ont finalement pu prendre le large au début de la semaine, rencontrant un total de huit rorquals bleus, trois rorquals communs et un marsouin commun. Ces mêmes vents ont déraciné des arbres du côté de Pointe-des-Monts, où nos observateurs terrestres ont noté au moins trois petits rorquals juste devant les rochers. Ces vents puissants déchaînent la mer et rendent les excursions difficiles, voire impossibles, pour nous, mammifères terrestres, mais les hautes vagues ne semblent pas déranger les baleines outre mesure. Bien entendu, elles sont depuis longtemps adaptées au milieu marin et n'ont plus l'option de se réfugier sur le rivage quand la mer s'agite; elles doivent composer avec la turbulence. On imagine qu'elles connaissent assez bien le « comportement » de l'eau pour repérer le rythme des vagues et calculer le bon moment et le bon endroit pour venir respirer sans inhaler de l'eau de mer. Les rorquals communs, par exemple, soufflent et inspirent dans le creux des grandes vagues et nagent avec force, sortant davantage la tête de l'eau. Les baleines sont aussi très efficaces : elles n'ont besoin que de quelques fractions de secondes, tout au plus une seconde, pour remplir leurs poumons. 20 octobre 2005, vol. 9 no41 Un douzième suivi de béluga pour la saison 2005 Les chercheurs du GREMM ont relevé le défi de réaliser un douzième suivi de béluga le 12 octobre dernier. Lancée à l'arbalète, la balise munie d'un émetteur radio et d'un enregistreur de données a été fixée à l'aide d'une ventouse sur l'animal à 11 h 51 dans le fjord du Saguenay. Le béluga était accompagné d'un jeune gris. La balise étant positionnée trop bas sur le pédoncule de l'animal, le signal radio était difficile à capter. Les conditions marines ont aussi compliqué le travail de l'équipe qui a pu suivre l'animal seulement 90 minutes environ avant de perdre complètement le signal. La balise, qui s'est détachée à 22 h 20, a été repêchée le lendemain près de l'île aux Basques, à environ quatre milles marins de la rive Sud du Saint-Laurent. Les photos ont permis d'identifier le béluga comme étant Dl 293, un individu figurant au catalogue du GREMM/INESL depuis plus de dix ans. Les patrons de plongée enregistrés par la balise pendant plus de dix heures seront ajoutés à la base de données et permettront de mieux comprendre l'écologie comportementale de cette espèce menacée. Une tortue marine libérée par des pêcheurs Le 28 septembre dernier, des pêcheurs ont découvert une tortue luth empêtrée près du rocher du Corps-Mort aux îles de la Madeleine. Il a fallu libérer la tortue dont la nageoire était emmêlée dans les cordages reliant des casiers à buccins. L'intervention, menée par le capitaine et l'équipage du bateau de pêche, a duré près de 30 minutes. La tortue luth est la plus grosse tortue au monde, avec une longueur moyenne de un mètre à un mètre et demi. Elle est reconnaissable aux cinq à sept crêtes ornant sa carapace cuirassée et à ses très longues nageoires pectorales. C'est une espèce en voie de disparition et les observations se font rares. Si vous observer l'une de ces tortues, n'hésitez pas à contacter le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (1-877-7baleine ou 1-877-722-5346); les informations rapportées seront ensuite transférées à des spécialistes de l'espèce. 27 octobre 2005, vol. 9 no42 Le calme avant la tempête Situées en plein cœur du golfe Saint-Laurent, les îles de la Madeleine sont régulièrement sous l'emprise des vents. Les vagues qui les baignent s'élèvent typiquement à un mètre de hauteur. Vendredi dernier, quelques madelinots ont décidé de profiter d'une mer plutôt calme et sont sortis en bateau. En matinée, pendant qu'ils naviguaient entre l'île Brion et Grosse île, ils ont fait la rencontre de six rorquals communs qui nageaient là, paisiblement. Puis l'après-midi, ils ont réussi à capter quelques clichés de petits rorquals avec, comme toile de fond, des centaines de phoques gris. Les baleines sont restées dans le secteur pendant une longue période de temps, prenant parfois les observateurs par surprise avec des apparitions à quelques mètres de leur embarcation. Ces belles conditions n'ont pas duré : avec l'ouragan Wilma, le vent s'est intensifié et des vagues de six mètres de haut ont été rapportées dans les derniers jours. Il va sans dire que les observateurs des îles n'ont pas quitté le quai cette semaine. Les grandes baleines mangent toujours Lors d'une des dernières excursions de la saison, un croisiériste de Portneuf-sur-Mer a pu observer sept paires de rorquals bleus et une paire de rorquals communs en plus de trois rorquals bleus et un rorqual commun solitaires et de nombreux marsouins communs. Comme de fait, le capitaine a noté une abondance de krill dans l'ensemble de la région. Aussi cette semaine, deux petits rorquals, un rorqual commun en plus d'une douzaine de phoques gris étaient visibles de la rive de Cap-aux-Os, sur la pointe de la péninsule de Gaspé, où les croisiéristes ont déjà entreposé leurs bateaux pour la saison froide. Fin de saison L'halloween marquera la fin de la saison des croisières à Tadoussac, après quoi les bateaux d'excursions seront mis au sec en attendant patiemment le retour du printemps. Les petits rorquals sont encore assez nombreux à l'embouchure du Saguenay, où une dizaine d'entre eux sont régulièrement vus en pleine alimentation de surface. Et pour clore la saison d'excursions, une observation extraordinaire : une naturaliste a observé, près de la bouée K56 à l'embouchure du Saguenay, un groupe de huit bélugas adultes accompagnés de deux juvéniles gris pâles. Ces animaux étaient particulièrement actifs; deux d'entres eux se sont élancés hors de l'eau jusqu'aux nageoires pectorales, puis sont restés ainsi quelques secondes pour ensuite aller rejoindre leurs confrères qui se frottaient et roulaient les uns sur les autres. À un certain moment, une protubérance rosée a été aperçue à la surface de l'eau, soit le pénis d'un des bélugas du groupe. Comme la période de reproduction chez les bélugas se déroule du mois d'avril à juin, ces individus n'étaient probablement pas en train de se reproduire, mais ils étaient certainement engagés dans des jeux sexuels. De telles pratiques entre animaux de même sexe sont souvent observées chez les jeunes chimpanzés et chez les dauphins afin, croit-on, de favoriser le développement de liens sociaux. Lorsqu'ils sont plus âgés, des relations stables entre les mâles s'établissent chez ces espèces, des relations semblables à celles récemment découvertes chez les bélugas. La scène captée à l'embouchure du Saguenay par cette naturaliste chanceuse ne peut être interprétée avec certitude, mais elle nous rappelle à quel point ces animaux ont une vie sociale riche et complexe. 3 novembre 2005, vol. 9 no43 Deux dauphins s'échouent sur les rives du Saint-Laurent Le Centre d'appels du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins a été bien occupé en cette période d'Halloween avec deux cas de dauphins échoués sur les rives du Saint-Laurent. Il arrive fréquemment que les marées et les courants apportent sur les plages des carcasses de cétacés morts ou des animaux affaiblis. La cause de mortalité peut être soit naturelle, comme la vieillesse ou la maladie, soit accidentelle. Échouage de dauphin à flancs blancs Le 30 octobre dernier, une résidante de Sept-Iles rapportait un dauphin échoué sur une plage de la municipalité. C'est un représentant du MDDEP (Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs) qui a identifié l'animal comme étant un dauphin à flancs blancs. Cette espèce est régulièrement observée dans le golfe Saint-Laurent durant l'été, en groupes pouvant compter quelques centaines d'individus. La carcasse était relativement fraîche, ne dégageant pas de forte odeur, et aucune blessure n'était apparente. Comme la carcasse s'était échouée près d'un secteur habité, les autorités de la municipalité ont agi rapidement, transportant l'animal au dépotoir municipal où il a été enfoui. Un dernier voyage long et ardu Le deuxième dauphin échoué a été rapporté à la Garde côtière canadienne le 1er novembre dernier, à Pointe-à-la-Garde, près de la limite Ouest de la baie des Chaleurs. Tôt le matin, une résidante a aperçu le dauphin sur la plage, à marée basse. Selon elle, la baleine semblait toujours vivante à ce moment. À marée montante, la carcasse de l'animal récemment décédé a été tirée sur la plage, puis des photos ont été envoyées au Centre d'appels du Réseau; le cétacé a été identifié comme étant un dauphin commun. Même si cette espèce ne figure pas sur la liste des treize espèces de cétacés fréquentant le Saint-Laurent, sa présence a été rapportée au large de Terre-Neuve et près des îles de la Madeleine. Des dizaines de milliers de dauphins communs fréquentent les eaux de l'Est de l'Amérique du Nord. Avec la collaboration de divers partenaires, la carcasse a été transportée de Pointe-à-la-Garde jusqu'à Rivière-du-Loup où elle a traversé l'estuaire pour se rendre à Saint-Siméon. Elle a ensuite été conduite jusqu'à Baie-Sainte-Catherine, d'où elle a franchi le Saguenay à bord d'un autre traversier, jusqu'à Tadoussac. Des échantillons seront prélevés sur l'animal à des fins scientifiques et la carcasse sera éventuellement dépecée pour que le squelette en soit retiré, nettoyé puis assemblé. Le GREMM ajoutera ce squelette à sa collection exposée au Centre d'interprétation des mammifères marins à Tadoussac. Il s'agira en quelque sorte d'une seconde vie pour ce dauphin, comme outil éducatif. Si vous trouvez un mammifère marin mort, blessé ou empêtré, merci de contacter le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins à ce numéro sans frais : 1-877-7baleine (1-877-722-5346). Le Centre d'appels traitera le cas en collaboration avec les équipes appropriées. 10 novembre 2005, vol. 9 no44 Des observateurs terrestres Comme la saison d'observation de baleines est terminée, les excursions en mer se font rares. Cette semaine, de nombreux observateurs ont pu voir des baleines pendant qu'ils vaquaient à leurs diverses occupations. Si vous vous trouvez sur les berges, prenez le temps de scruter l'horizon; le Saint-Laurent regorge de surprises! Des baleines et des oiseaux Les ornithologues de l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac (OOT) sont au poste, comme depuis plus d'une décennie, perchés sur les terrasses marines à l'est du village de Tadoussac, examinant le ciel et l'horizon à la recherche de signes de vie, dénombrant les oiseaux de proie qui migrent le long de la Côte-Nord. En début d'après-midi le 8 novembre dernier, un ornithologue a repéré à travers ses jumelles, de la vie à la surface puis au-dessus de l'eau. Il a pu voir plusieurs baleines en alimentation au large des Bergeronnes : il a dénombré au moins trois petits rorquals, un rorqual commun et deux autres grandes baleines qui étaient probablement des rorquals communs. Toutes ces baleines s'alimentaient vigoureusement dans une barre de courant avec quelque 5 000 goélands. Cette même journée, les ornithologues de l'OOT ont aussi enregistré 32 pygargues à tête blanche et quatre aigles royaux transportés par un puissant vent du nord-ouest. Pendant qu'il scrutait le ciel et les eaux à l'embouchure du Saguenay, un autre observateur d'oiseaux a aperçu une trentaine de bélugas, jeunes et adultes, en plus d'un phoque commun. Les goélands arctiques et bourgmestres commencent à arriver pour passer l'hiver et finalement, deux magnifiques bécasseaux violets, eux aussi des visiteurs hivernaux, ont été vus à la pointe de l'Islet. En se promenant sur la berge En se promenant sur la berge du parc national de Forillon, au bout de la péninsule gaspésienne le 29 octobre dernier, un observateur a enregistré une variété impressionnante de cétacés : deux rorquals bleus, trois rorquals communs, deux petits rorquals, un rorqual à bosse et deux marsouins communs. À titre de bonus, cinq phoques gris étaient présents. Plusieurs souffles étaient aussi visibles, trop loin cependant pour que ces baleines soient identifiées. De moins en moins de bélugas Un observateur régulier des Nouvelles du large de Saint-Irénée, dans la région de Charlevoix, dénombrait une dizaine de bélugas par jour en moyenne au cours de l'été. Dans les dernières semaines, il a remarqué une baisse importante de leur nombre. Ses observations de bélugas sont devenues très sporadiques et il ne voit que quelques individus à chaque fois. Avec le changement de saison, il est possible que les bélugas changent leurs habitudes et se préparent à quitter leur aire de distribution estivale, concentrée autour de l'embouchure du Saguenay, pour leur aire d'hivernage située plus en aval. 17 novembre 2005, vol. 9 no45 Bleu ou commun? Le 11 novembre dernier, un observateur a aperçu un rorqual commun près du cap Gaspé, en plus de nombreux grands souffles impossibles à identifier vu la distance. Les souffles détectés à environ six kilomètres de la côte en face de Portneuf-sur-Mer, la fin de semaine dernière, étaient aussi trop loin pour que l'on reconnaisse l'espèce. Il n'y avait nul doute par contre que l'animal solitaire au dos foncé qui nageait à une trentaine de mètres de la grève près de Sainte-Anne-des-Monts, le 13 novembre, était un rorqual commun. Le rorqual commun et le rorqual bleu sont les deux espèces de grandes baleines les plus fréquemment observées à ce temps de l'année, mais il n'est pas toujours facile de les distinguer. Lorsqu'ils sont suffisamment près, il est possible de les identifier par leur coloration (le rorqual commun est presque noir, tandis que le rorqual bleu est bleu-gris moucheté), leur taille (le rorqual commun mesure en moyenne 18 mètres et le rorqual bleu, 23) et la position de la nageoire dorsale; celle du rorqual bleu est positionnée beaucoup plus vers l'arrière que celle du rorqual commun. De plus, la nageoire dorsale du rorqual commun est plus grande que celle du rorqual bleu. Les bleus de l'automne Le processus d'identification a franchi une autre étape avec les observations du secteur des Escoumins et des Bergeronnes en fin de semaine. Ce n'est pas seulement l'espèce de baleine qui a été déterminée; l'identification d'un des individus a aussi été confirmée. Le vendredi 11 novembre, une observatrice a repéré un rorqual bleu relativement petit qui nageait seul à quelque 100 mètres de la côte, à la limite des battures. Après dix respirations, la baleine a plongé et n'a plus été revue. Deux jours plus tard, un assistant de recherche du GREMM a observé deux rorquals bleus, un étant plus gros que l'autre, nageant à 200 mètres de la rive, près du quai du traversier des Escoumins. Les deux rorquals étaient synchronisés dans leur patron de ventilations et de plongée; ils prenaient huit respirations entre chaque plongée qui elles, duraient de 13 à 15 minutes. Une analyse rapide des photos prises de la rive ont permis de découvrir qu'au moins un des deux individus est fiché dans le catalogue de rorquals bleus du MICS. Il y est sous le nom de code B111 et, selon les résultats de la biopsie prélevée en 1994, ce rorqual bleu est un mâle. Cette information corrobore l'observation de la fin de semaine; B111 était le plus petit des deux rorquals et les rorquals bleus mâles sont plus petits que les femelles. À cette période de l'année, les rorquals bleus se mettent souvent en paire, probablement en vue de la période de reproduction Au cours du même après-midi, une troisième observatrice a rapporté trois rorquals bleus au large du quai des pilotes aux Escoumins. Pas de baleine en vue La fin de semaine dernière, pendant que notre observatrice de Pointe-des-Mont s'affairait à fermer le camping pour l'hiver, elle a profité de ces derniers moments pour scruter les eaux où l'estuaire du Saint-Laurent devient golfe. Elle espérait pouvoir se rincer l'œil une dernière fois et apercevoir un mammifère marin briser la surface de l'eau, en vain. Toutefois, tard en après-midi alors qu'elle conduisait sur la route sinueuse longue de 11 kilomètres en direction de l'autoroute, elle a aperçu un mammifère terrestre rarement observé : un loup plutôt nerveux se trouvait sur le bord de la route. Voilà un adieu bien particulier après une saison riche en observations. 24 novembre 2005, vol. 9 no46 Des phoques vagabonds Des quatre espèces de phoques qui fréquentent régulièrement les eaux du Saint-Laurent, le phoque gris et le phoque commun sont considérés comme des résidants annuels. Inversement, le phoque du Groenland et le phoque à capuchon, qui fréquentent les eaux arctiques et sub-arctiques durant l'été, sont des espèces migratrices. On les voit surtout dans leurs aires de mise bas tard en février jusqu'à la mi-mars. Parfois, certains individus, surtout des juvéniles, repoussent les limites, remontant l'estuaire et même le fleuve. Avec l'hiver qui s'installe et l'absence de banquise à cette période, les phoques ont tendance à se déplacer davantage. C'est ce qui pourrait expliquer que le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins ait dû traiter cinq cas de phoques échoués vivants sur les berges, de l'île d'Orléans jusqu'à Montréal, durant le mois de novembre. Les cas, en ordre chronologique, sont les suivants : - un dos bleu (phoque à capuchon jusqu'à 14 mois) près de la marina de Saint-Romuald, à l'ouest de la ville de Québec, le 7 novembre, - un phoque à capuchon juvénile (moins de 2 ans) près de Saint-Jean, sur l'île d'Orléans, à l'est de la ville de Québec, le 9 novembre, - un phoque commun sur une roche près de l'île Sainte-Hélène à Montréal, du 9 au 14 novembre, - une carcasse de phoque, l'espèce étant indéterminée, près du vieux phare de l'île Sainte-Hélène, à Montréal, le 12 novembre, - puis un autre phoque, probablement un phoque du Groenland, près de Saint-Laurent, sur l'île d'Orléans , le 20 novembre. Contrairement aux cétacés, les phoques s'échouent régulièrement sur la terre pour se reposer, muer ou se reproduire. Si vous voyez un phoque sur la berge, n'allez pas croire qu'il est nécessairement en difficulté. Il est très important de garder ses distances; les phoques sont des animaux sauvages et peuvent devenir agressifs ou être porteurs de maladies. Plus souvent qu'autrement, si l'animal est laissé à lui-même, il retournera à l'eau. Si vous voyez un mammifère marin mort ou en difficulté où que ce soit dans les eaux côtières du Québec, contactez le Centre d'appels du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins en composant le numéro sans frais 1-877-7baleine (1-877-722-5346). Si une intervention est nécessaire, le Centre d'appels préviendra des répondants formés et équipés pour traiter le cas. 1 décembre 2005, vol. 9 no47 Les baleines sont là L'image qui nous vient en tête lorsqu'il est question de migration chez les animaux, c'est un mouvement de masse comme chez les grands troupeaux de caribous. Toutefois, les migrateurs ne se déplacent pas toujours en même temps. Essentiellement, les animaux migrent pour trouver de la nourriture ou pour la reproduction et il arrive en effet qu'ils se déplacent en un large groupe homogène. Cependant, il peut y avoir des retardataires qui traînent derrière parce qu'ils sont trop jeunes ou trop vieux pour se reproduire, parce qu'ils ont trouvé une source de nourriture abondante ou pour une autre raison inconnue. Des treize espèces de baleines qui fréquentent le Saint-Laurent, seul le béluga y réside à l'année et même cette population résidante effectue des déplacements saisonniers de l'amont vers l'aval. Les douze autres espèces migrent généralement à l'extérieur du Saint-Laurent durant la saison froide, mais des individus sont fréquemment observés ici et là pendant que leurs semblables sont déjà partis vers le sud ou vers l'est jusqu'au printemps. Des petites et des grandes baleines ont été aperçues un peu partout dans le Saint-Laurent cette semaine. Deux rorquals communs ont été vus, une fois de plus, au large du cap Gaspé dans le parc national Forillon samedi dernier, le 26 novembre. Le lendemain, un souffle d'une baleine non-identifiée, possiblement un rorqual commun, a été aperçu au large de Forestville. La baleine en question restait en surface entre chaque souffle. Un grand rorqual, soit un rorqual commun ou un rorqual bleu, a été repéré en face des Bergeronnes mardi matin, le 29 novembre. Un petit rorqual solitaire, en plus d'une trentaine de bélugas, étaient présents à l'embouchure de la rivière Saguenay vendredi dernier et le souffle d'une grande baleine a pu être observé à 12 km au large de Tadoussac, près du phare du haut-fond Prince, tôt samedi matin. Combien de temps ces baleines resteront-elles dans le Saint-Laurent? Mystère. Leur présence sera déterminée, en partie du moins, par la quantité de proies disponibles et la formation inévitable des glaces. 8 décembre 2005, vol. 9 no48 Des rorquals bleus plein la vue La sonnerie du téléphone a retenti plusieurs fois au cours de la semaine puisque de nombreux collaborateurs des Nouvelles du large souhaitaient rapporter la présence de cétacés dans l'estuaire du Saint-Laurent. En effet, des résidants côtiers en ont eu plein la vue depuis jeudi dernier; au moins sept rorquals bleus étaient présents des îlets Boisés, près des Petits-Escoumins, jusqu'à l'anse à la Cave, aux Bergeronnes. Pour amorcer le mois de décembre, soit le jeudi 1er, c'est quatre à cinq de ces baleines qui défilaient devant Les Bergeronnes. Le samedi suivant, non seulement les observateurs pouvaient encore voir ces mastodontes, mais ils ont eu, en plus, le privilège de voir trois d'entre eux montrer la queue en plongeant, une situation exceptionnelle! Seulement 15% à 18% des rorquals bleus du Saint-Laurent montrent la queue en sondant. Enfin, le mardi 6 décembre, tôt en avant-midi, en face du quai de la traverse des Escoumins, un rorqual bleu était toujours là, à souffler et à montrer la queue. Peut-être que ces animaux feront encore la joie des observateurs au cours des prochaines semaines; tant que la nourriture abonde et que les glaces ne les menacent pas, ces rorquals bleus ont toutes les raisons pour errer paisiblement dans l'estuaire. Cachalots macrocéphales vivants… Lorsque l'on aperçoit des souffles au loin, il est difficile de déterminer de quelle espèce il s'agit; il est souvent nécessaire que l'on s'approche des animaux pour qu'ils nous dévoilent leur identité. C'est ce qu'une observatrice chevronnée des Bergeronnes a fait dans l'après-midi du 6 décembre. Après avoir repéré de grands souffles puissants et des dos foncés, elle s'est approchée de ce qu'elle croyait être des rorquals bleus, mais lorsque les baleines ont fait surface à proximité de sa chaloupe, en plus d'avoir des palpitations de surprise, elle a réalisé qu'il s'agissait de deux cachalots macrocéphales. La mention la plus tardive pour cette espèce dans le Saint-Laurent est le 16 décembre, l'hiver dernier. Des souffles et des queues sont encore rapportés dans la journée de mercredi mais les conditions de vent et d'ensoleillement rendent difficiles les observations. Le catalogue de cachalots du Saint-Laurent renferme 24 individus; les chercheurs du GREMM voudraient bien savoir s'il s'agit d'habitués du Saint-Laurent ou de nouveaux visiteurs. …et morts C'est à 8h30 le samedi 3 décembre qu'un marcheur a découvert quatre cétacés échoués sur la plage de Val-Comeau au Nouveau-Brunswick; trois des mammifères étaient déjà morts et l'autre est décédé plus tard en matinée. Il s'agissait de cachalots macrocéphales, d'une longueur de 11 à 13 mètres, qui se faisaient ballotter par les vagues. Cet événement hors du commun n'a pas attiré que des curieux; des agents de Pêches et Océans Canada et du ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick ont prélevé des échantillons qui pourraient servir à déterminer la cause de la mort. Ce type d'échouage se produit occasionnellement dans les Maritimes. Par exemple, en 2001, un cachalot et en 1988, six cachalots s'étaient échoués vivants sur l'Île-du-Prince-Édouard. Qu'est-ce qui pousse ces animaux à s'échouer sur les rivages de la sorte? Une question bien simple qui pourtant n'a pas de réponse évidente. Les baleines peuvent mourir de vieillesse, de maladie ou être victimes de phénomènes mystérieux; s'égarent-elles à cause d'anomalies dans le champ magnétique de la Terre? Suivent-elles l'une des leurs, blessée? Ont-elles une maladie qui affecte leur sens de la navigation? Se font-elles surprendre par la marée? Les échouages collectifs, somme toute assez rares, ont probablement des causes multiples. 15 décembre 2005, vol. 9 no49 Invasion de glace… Peu importe où vous vous trouvez le long du Saint-Laurent, vous avez sans doute remarqué que la surface de l'eau est envahie par cet indéniable signe avant-coureur de l'hiver : la glace. Les baies et les anses côtières, où se forment des gyres au gré des marées, sont devenues les hôtes de morceaux de glace quand plus au large, la glace qui dérive brille sous le soleil de décembre. De phoques… Dans les dernières semaines, plusieurs observateurs avaient remarqué des phoques échoués sur des glaces dérivantes ou attachées aux côtes. Même si certains témoins se préoccupent de la sécurité de ces animaux, il n'y a vraiment pas lieu de s'inquiéter; les phoques sont autant dans leur élément sur la banquise que dans l'eau. Plus souvent qu'autrement, ils vont se hisser sur la glace pour se reposer et vont éventuellement retourner à l'eau lorsque le besoin se fera sentir. Une observation de phoques se démarque particulièrement des autres : le matin du dimanche 11 décembre, un résidant de Gros-Cacouna a remarqué une centaine de phoques sur la glace qui dérivait vers l'est avec la marée descendante. Plus tard cette journée-là, une autre résidante de la même municipalité a vu des centaines de phoques sur la glace dérivant vers l'ouest avec la marée montante. Selon la description, soit des animaux au pelage crème tacheté de noir ou pratiquement tout noir, il s'agissait probablement de phoques du Groenland, l'espèce la plus abondante dans l'Atlantique Nord-Ouest. Ces phoques sont de retour dans le Saint-Laurent après une longue migration en provenance de leurs aires d'alimentation estivales dans l'Arctique. Plusieurs d'entre eux se regrouperont près des îles de la Madeleine tard en février pour donner naissance et s'accoupler. En attendant, ils semblent errer et simplement passer le temps. Et d'oiseaux marins Les communautés aviaires suivent aussi le rythme des marées et des saisons qui orchestrent les déplacements de plusieurs espèces animales dans le Saint-Laurent. Pendant qu'il scrutait l'horizon avec une paire de jumelles le matin du 9 décembre, un ornithologue et observateur de baleines chevronné a remarqué une invasion d'un minuscule oiseau de mer appelé mergule nain. Cette espèce est le plus petit représentant de la famille des alcidés qui comporte les macareux moine et les guillemots à miroir. Comme tous les alcidés, les mergules nains ont le dos noir et une poitrine blanche. Ils ressemblent à une petite boule sans cou. Les petits oiseaux survolaient les vagues de l'est vers l'ouest à un taux d'environ 35 oiseaux par minute près de la rive et plus au large, par groupe de cinq à dix individus à la fois. Cette invasion n'a pas diminué durant toute la période de temps pendant laquelle notre observateur était présent, soit une heure et demie. Ceci a totalisé un minimum de 3150 mergules nains. Au même moment, il a observé un mouvement similaire de guillemots à miroir, des oiseaux aux couleurs semblables à celles des mergules nains mais de plus grande taille arborant des taches blanches sur les ailes. Ils passaient à un taux de 60 oiseaux par minute, ce qui a fait grimper le décompte à 5400 guillemots pour la période d'observation de 90 minutes! Et cela ne représente que la pointe de l'iceberg puisqu'il y avait encore plus d'oiseaux qui volaient au large des côtes. Combien peut-il y avoir d'alcidés dans l'estuaire alors? Les paris sont ouverts! |