La chasse à la baleine

Qu'en est-il au juste de la chasse à la baleine?

La chasse à la baleine laisse peu de monde indifférent. Des environnementalistes qui vont jusqu'à risquer leur vie pour marquer leur opposition, aux autochtones qui y voient un moyen de faire revivre leur patrimoine, en passant par les peuples pour qui consommer de la viande de baleine est tout naturel, il y a un monde d'arguments culturels, sociaux, économiques et politiques. Mais qu'en est-il vraiment?

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Chasse commerciale

La chasse commerciale à la baleine a probablement débuté au 9e siècle dans la mer du Nord et au 12e siècle dans le golfe de Gascogne. Comme les populations de baleines franches diminuaient en Europe, les chasseurs se sont déplacés vers l’Amérique du Nord au cours du 16e siècle. Au fil des siècles, une véritable industrie s’est développée le long des côtes de l’Amérique du Nord; des milliers de baleines, baleines franches, rorquals, cachalots, baleines grises et plusieurs autres, étaient chassés chaque année. L’intensité de la chasse s’est accrue avec l’avènement des harpons à tête explosive et de bateaux puissants. Entre 1904 et 1985, plus de 2 millions de baleines ont été chassées, et ce uniquement dans les eaux de l’Antarctique. Cette chasse a conduit plusieurs espèces au seuil de l’extinction.

En 1946, à la suite de l’évidente surexploitation des populations de baleines, la Commission baleinière internationale (CBI) fut créée. Son mandat est d’assurer la conservation des populations pour pouvoir rendre possible le développement durable de l’industrie baleinière. En 1982, un moratoire sur la chasse à la baleine a été décrété par les pays-membres de la CBI. Ce moratoire devait durer de 1986 à 1990; il n’a toujours pas été levé. Mais selon la convention signée en 1946, chaque membre peut s’opposer à une résolution comme celle ayant mené au moratoire et ainsi s’octroyer des quotas commerciaux. C’est ce qu’a fait la Norvège en 1982. Avant de reprendre la chasse commerciale proprement dite, ce pays a poursuivi un programme de chasse scientifique au petit rorqual qui prélevait 289 baleines par année (de 1988 à 1995). C’est en 1993 qu’elle a repris la chasse commerciale, une chasse qui tue aujourd’hui environ 700 petits rorquals annuellement dans les eaux territoriales de la Norvège. La viande est vendue sur le marché local. Depuis 2002, la Norvège tente de reprendre les exportations de produits de baleine (particulièrement le gras qui n’est pas consommé par les Norvégiens) en dépit des règles internationales sur le commerce des espèces sauvages (CITES). Mais leurs produits sont rejetés par le Japon (principal importateur potentiel) en raison de leurs teneurs en contaminants, particulièrement en BPC. Outre la Norvège, l’Islande prévoit reprendre la chasse commerciale en 2006. D’ici là, elle fait une chasse scientifique.

Certains pays membres de la CBI ont depuis longtemps renoncé à chasser la baleine et s'opposent farouchement à la reprise de la chasse commerciale. Les principaux arguments de ces pays sont d’ordre pratique : plusieurs populations de baleines, fragilisées par la chasse du passé, ne peuvent soutenir une chasse commerciale. Selon eux, il serait impossible de réglementer et de surveiller cette chasse et le commerce qui en découle. Cette position est partagée par plusieurs groupes environnementaux. Certains s’y opposent aussi pour des raisons morales : les baleines sont des êtres "spéciaux" et la chasse est cruelle. Posent également problème les diverses menaces qui pèsent sur les baleines, comme la pollution, les changements climatiques ou les pêcheries. Peut-on prévoir adéquatement leurs effets sur les populations de baleines et gérer la chasse en conséquence?

Les pays pro-chasse considèrent que la CBI s’éloigne de son mandat original, la saine gestion de la chasse à la baleine, en acceptant des pays qui s’opposent à la chasse à la baleine pour des raisons morales ou éthiques. Ils considèrent que les baleines peuvent être chassées au même titre que n’importe quel autre animal sauvage. Ils tiennent à la chasse pour des raisons culturelles, sociales, économiques et politiques. La chasse (commerciale et de subsistance) pratiquée aujourd'hui fournit principalement de la viande pour la consommation humaine. Selon les pays et les groupes pro-chasse, elle est bien réglementée et se fait selon des méthodes qui minimisent la souffrance animale.

Les années à venir seront cruciales pour l'avenir de la chasse à la baleine. Peu importe les conflits, tout le monde s'entend sur l'importance d'éviter les erreurs du passé. Comment relèverons-nous ce défi? Le plus important sera peut-être de comprendre le débat en profondeur et de s'ouvrir aux différences culturelles.

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Chasse scientifique

L’intense chasse à la baleine nous a fourni de précieuses informations sur les cétacés. Elle a cependant conduit plusieurs espèces au seuil de l’extinction. Certains pays, comme le Japon, continuent à chasser la baleine sous la bannière de la science. En effet, la convention de Commission baleinière internationale (CBI) signée en 1946 prévoit que chaque pays membre peut s’octroyer des permis de chasse scientifique. Cette méthode est-elle encore justifiable aujourd’hui? La chasse scientifique dessert-elle vraiment la science ou cache-t-elle des intérêts commerciaux?

Le Japon et, depuis 2003, l’Islande sont les deux seuls pays à avoir des programmes de chasse scientifique. Le Japon a entrepris la chasse scientifique dès l’entrée en vigueur du moratoire en 1986. Il poursuit deux programmes de chasse. Le plus ancien est celui en Antarctique, où plus de 400 petits rorquals sont prélevés annuellement. Ce programme vise entre autres à estimer certains paramètres biologiques de l’espèce (par exemple le taux de mortalité naturel (sic)) et à étudier le rôle du petit rorqual dans l’écosystème de l’Antarctique. Le deuxième programme, entamé en 1994, prélève annuellement une centaine de petits rorquals dans le Pacifique Nord. Ce programme vise à mieux comprendre l’écologie alimentaire des petits rorquals. En 2000, les Japonais ont ajouté à ce programme le rorqual de Bryde et le cachalot et en 2002 le rorqual boréal. Comme le prévoit la convention internationale sur la chasse à la baleine, les produits des baleines chassées sont vendus sur le marché local. Les défendeurs de cette chasse soutiennent qu’elle fournit de nouvelles connaissances et des informations utiles pour la gestion des stocks de petits rorquals et des autres espèces chassées.

Mais ces programmes de chasse scientifique poursuivis par le Japon, et maintenant par l’Islande, sont fortement critiqués. Depuis quelques années, lors de leur réunion annuelle, les membres de la CBI adoptent (souvent par une faible majorité) une résolution pour encourager le Japon à abandonner leur chasse. En 2002, Phil Clapham et ses collègues, tous membres du Comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI), ont publié un article dans la revue BioScience. Ils soulignent que le programme du Japon n’inclut pas d’hypothèses à tester ou d’autres indicateurs de performance, que les données recueillies ne sont pas nécessaires pour la gestion des populations de baleines, qu’elles ne sont pas soumises à un processus de révision indépendant, que des informations plus utiles peuvent être récoltées sans tuer les animaux, et que ce programme sacrifie plus de baleines que ce que préconiserait la CBI comme quotas s’il n’y avait pas de moratoire. Ils avancent aussi que cette chasse scientifique n’est qu’un prétexte pour maintenir une demande pour les produits baleiniers et encourager la reprise commerciale de cette activité.

Si la chasse scientifique se poursuit, la CBI devrait-elle exiger que cette activité rencontre des critères d’évaluation scientifiques rigoureux? Et s’il ne s’agit que d’un paravent pour des activités commerciales, la CBI doit-elle lever le moratoire et encadrer « officiellement » ces prélèvements? Cette situation épineuse devrait trouver son dénouement lors des prochaines rencontres de la CBI.

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Chasse de subsistance

En plus de la chasse commerciale et de la chasse scientifique, il se fait, dans certains pays, de la chasse dite « de subsistance ». Selon la Commission baleinière internationale (CBI), la chasse de subsistance est une chasse menée par des autochtones qui partagent de forts liens communautaires, familiaux, sociaux et culturels liés à une dépendance traditionnelle à la chasse à la baleine et aux produits qui en découlent. Aussi, elle doit avoir pour but la consommation par les autochtones seulement, et viser à subvenir à leurs besoins nutritionnels et culturels.

Cette définition ne fait cependant pas l’unanimité. Plusieurs contestent entre autres la définition subjective d’autochtones. Si la définition est « qui est issu du sol même où il habite » (Le Robert), alors les Norvégiens, les Islandais et les habitants des îles Féroé ne seraient-ils pas des autochtones et ne pourraient-ils pas faire de la chasse de subsistance? On questionne aussi la définition du terme « subsistance ». Si ce terme signifie « pour subvenir aux besoins essentiels » d’une communauté autochtone, comment se fait-il que des produits de la chasse de subsistance du Groenland (approuvée par la CBI) se retrouve sur le marché local? Quelle est la différence entre cette chasse et celle conduite par les Norvégiens par exemple? Et le commerce ne permet-il pas de subvenir aux besoins essentiels? Aussi, empêcher les autochtones de vendre les produits de leurs ressources ne limite-t-il pas leurs possibilités de développer leur économie? Voilà quelques arguments apportés par ceux qui remettent en question le concept de chasse de subsistance.

Quoi qu’il en soit, plusieurs pays pratiquent une chasse de subsistance. Certains, comme le Danemark (Groenland), la Russie, les États-Unis et les îles Saint-Vincent et les Grenadines des Caraïbes chassent sous des permis et des quotas de subsistance octroyés par la CBI. D’autres pays, non-membre de la CBI, le font selon leurs propres règles. C’est le cas du Canada, des îles Féroé, des îles Dominica et Saint-Lucia des Caraïbes, de l’Indonésie et des Philippines.

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Qui chasse la baleine aujourd'hui?

  • Le Japon a entrepris la chasse scientifique dès l’entrée en vigueur du moratoire en 1986. Il poursuit deux programmes annuels de chasse qui visent à étudier la biologie et l’écologie alimentaire des baleines : un en Antarctique (450 petits rorquals, auxquels pourraient s’ajouter 400 petits rorquals, 50 rorquals à bosse et 50 rorquals communs) , et un dans le Pacifique Nord (150 petits rorquals, 50 rorquals de Bryde, 50 rorquals boréals et 10 cachalots). Les Japonais font aussi la chasse aux petits cétacés : ils prélèvent annuellement environ 20 000 dauphins et marsouins dans leurs eaux côtières.
  • L'Islande, qui s'était retirée de la CBI en 1991, a réintégré la Commission en 2002 et a annoncé la reprise de la chasse commerciale en octobre 2006, chasse qui avait cessé en 1989.. Depuis 2003, l'Islande avait repris la chasse à la baleine à des fins scientifiques avec un quota de 200 petits rorquals. Le ministère islandais des pêcheries autorise la prise de 9 rorquals communs et 30 petits rorquals d'ici le 31 août 2007.
  • La Norvège a formulé une objection au moratoire de la CBI et chasse environ 800 petits rorquals chaque année dans ses eaux territoriales.
  • Le Groenland (Danemark) possède un quota annuel de chasse de subsistance de la CBI de 19 rorquals communs et d'environ 200 petits rorquals. En plus, les Groenlandais chassent près de 500 narvals et plus de 600 bélugas annuellement ainsi que des globicéphales et des marsouins communs.
  • Le peuple autochtone russe Chukotka partagent avec les Eskimos de l’Alaska (États-Unis) un quota de chasse de subsistance de la CBI de 280 baleines boréales et de 620 baleines grises entre 2003 et 2007. Ils chassent aussi le béluga et le narval.
  • En plus du quota de chasse de subsistance qu’ils partagent avec le peuple Chukotka, les Eskimos de l’Alaska (États-Unis) chassent un peu plus de 200 bélugas annuellement. Les Makah, un peuple autochtone de l’état de Washington (États-Unis), ont obtenu, en 1997, un quota annuel de chasse de subsistance de la CBI de cinq baleines grises. Mais un recours de groupes environnementalistes a eu gain de cause devant la cour fédérale, empêchant les Makah de profiter de ce permis.
  • Les îles Saint-Vincent et les Grenadines des Caraïbes chassent quelques dizaines de globicéphales tropicaux et un certain nombre de dauphins. En plus, ils possèdent un quota de chasse de subsistance de la CBI de 20 rorquals à bosse pour les saison 2003 à 2007. Deux autres îles des Caraïbes (Dominica et Saint-Lucia), non-membre de la CBI celles-ci, chassent environ 400 globicéphales tropicaux et quelques espèces de dauphins.
  • Le Canada, qui s'est retiré de la CBI en 1982, réglemente la chasse de subsistance. De 500 à 700 bélugas sont chassés annuellement par les Inuits et de 300 à 400 narvals. Aussi, environ une baleine boréale est chassée tous les deux ans (sauf dans la baie de Baffin où une prise est permise à tous les 13 ans).
  • Les îles Féroé, non-membre de la CBI, chassent annuellement en moyenne 1 000 globicéphales et quelques dizaines de dauphins.
  • L’Indonésie et les Philippines chassent aussi la baleine, mais les statistiques pour ces pays sont mal connues. On y chasserait le cachalot, le rorqual de Bryde, l’épaulard et d’autres petits cétacés.

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