La pollution sonoreQuel est le danger pour les baleines?Malgré ce quen disait Jacques Cousteau, les océans sont loin dêtre le " monde du silence ". Le vent, les déplacements des plaques tectoniques et les appels des baleines composent une trame sonore complexe. Mais depuis cinquante ans, les activités humaines ont complètement transformé cette trame sonore. On parle même de pollution sonore, et les biologistes sinquiètent de ses effets sur les mammifères marins. Pourquoi? Dune part, les océans sont devenus très bruyants, et le niveau de bruit ne cesse daugmenter. Dautre part, les mammifères marins dépendent des sons pour se diriger, salimenter, se reproduire et socialiser. Il y avait la chasse, la perte dhabitats et la contamination chimique. Le bruit représente-il aussi une menace sérieuse pour les baleines? Des océans bruyantsLe transport maritime, les industries minière et pétrolière, les activités militaires, la thermométrie acoustique et les pêcheries contribuent tous à laugmentation implacable du niveau sonore dans les océans. Avec la mondialisation, la flotte marchande a doublé en nombre et quadruplé en tonnage. Tous ces navires (pétroliers, remorqueurs, cargos, brise-glace, etc.) remplissent les moindres recoins des océans dun constant grondement dans une bande de fréquences autour de 500 Hz. Les activités de forage sont aussi une importante source de bruit de basses fréquences. Par exemple, lexploration pétrolière nécessite lutilisation dune série de fusils à air comprimé remorquée par un bateau, causant des dizaines de milliers dexplosions. En fait, de lexploration à la production jusquà la destruction des installations à la fin de la vie dun site, toutes les étapes de lexploitation du sous-sol des océans ajoutent au niveau de bruit. Larmée américaine et lOTAN font eux aussi grimper le volume dans les océans. Afin de détecter les sous-marins devenus très silencieux, ils ont développé des systèmes de sonars à basses fréquences (Low Frequency Active sonar systems ou LFA). Ces systèmes ne se contentent pas dêtre à lécoute, ils produisent de puissants faisceaux sonores (230 décibels à la source) se propageant à des centaines de kilomètres à la ronde. Les sons de basses fréquences voyagent très loin, et cette caractéristique en fait un outil de recherche intéressant. Puisque la vitesse du son dépend de la température, on peut évaluer la température moyenne de leau en mesurant le temps que prend un son pour parcourir une distance connue. Dans le cadre du programme baptisé ATOC (Acoustic Thermometry of Ocean Climate), des chercheurs américains ont disposé dans le Pacifique deux émetteurs (l'un en Californie et l'autre dans larchipel dHawaï) et une douzaine de récepteurs afin détudier les changements climatiques. Pendant dix ans, ces émetteurs produiront des sons de 195 décibels à intervalles réguliers. Le même groupe de chercheurs envisage de disposer de tels émetteurs dans tous les océans. Enfin, les pêcheries ont aussi ajouté à la pollution sonore en tentant de régler le problème des prises accidentelles de mammifères marins dans les engins de pêche. Les pêcheurs installent des sortes dépouvantails sonores afin déloigner les baleines et les pinnipèdes. Leffet de ces sons est relativement localisé comparativement à celui des sources de bruit discutées plus haut. Cependant, ces balises sonores visent à produire un effet sur les mammifères marins et pourraient avoir des impacts importants sur lutilisation dhabitats critiques par des espèces côtières, comme le marsouin commun. un danger pour les baleines?Les effets de la pollution sonore sur les baleines dépendent entre autres de la distance de la source de bruit. Si le son est puissant et les animaux tout près, il pourra entraîner des dommages permanents aux oreilles, des blessures internes et même la mort. Des sons moins puissants peuvent tout de même entraîner des surdités temporaires, comme lont démontré des études en captivité sur des phoques, des dauphins et des bélugas. Cest un impact très préoccupant quand on sait à quel point les mammifères marins dépendent des sons. En plus des effets physiologiques, les sons dorigine humaine peuvent avoir des effets sur le comportement des cétacés. Des études ont montré que des sons relativement puissants peuvent inciter les baleines à dévier de leur trajectoire. Lexposition chronique pourrait même forcer des populations de mammifères marins à abandonner des habitats. Certaines espèces de cétacés cessent de vocaliser, pendant quelques heures voire quelques jours, quand ils sont exposés à des sons de basses fréquences. De plus, même à des milliers de kilomètres de toute source de bruit, les baleines pourraient souffrir de laugmentation du bruit de fond dans les océans, qui masquerait certains sons importants. Cet effet pourrait faire la différence entre détecter une proie ou non, échapper à un prédateur ou non, retrouver les membres de son groupe ou non. On craint dautant plus les impacts de cette forme de pollution que les bandes de fréquences utilisées par les baleines sont justement celles où les niveaux sonores ont le plus augmenté dans les océans. Malheureusement, il existe peu de données pour évaluer les véritables problèmes posés par la pollution sonore. Les études publiées traitent surtout des effets à court terme, et elles soulèvent beaucoup de questions. Que signifient réellement ces réactions pour la biologie des animaux? Quand il ny a pas de réactions apparentes, les animaux sont-ils pour autant hors de danger? Et quen est-il du reste de lécosystème? Les baleines pourraient-elles souffrir de la pollution sonore via son impact sur leurs sources de nourriture? Les biologistes nont pas encore de réponses à ces questions complexes. Réglementer la pollution sonore un défi de tailleLe suivi à long terme de l'impact de la pollution sonore sur la vie des océans en général et sur les mammifères marins en particulier est essentiel. Il faudra aussi favoriser la coopération internationale pour trouver des solutions aux problèmes soulevés et des façons pratiques dappliquer des normes visant à réduire les niveaux de bruit. Ce sont des défis de taille quand on considère la vaste gamme dactivités entraînant la pollution sonore des océans. En fait, cette forme de pollution nest quun aspect dun problème plus large, dailleurs lune des préoccupations du programme environnemental des Nations Unies : notre utilisation grandissante des océans. Pour en savoir plus Dossier "Whales and Sonar" du Natural Resources Defense Council (NRDC) Reportage de CNN : Making Waves. |